‹ La question forestière en FranceChapitre 10 sur 28 · AUTRES AVANTAGES DES FORÊTS · texte numérisé non relu

AUTRES AVANTAGES DES FORÊTS

L'arbre embellit les paysages. N'est-ce pas à lui que nous devons de maintenir le charme de nos montagnes et de nos vallons? Il suffit de regarder les merveilleux horizons de nos grandes chaînes pour être séduit et char-

mé par le contraste entre les sommets étincelants de la blancheur des neiges et les pentes boisées par les sombres sapins éternellement verts s’éclairant plus bas des feuillages des hêtres et des chênes, où les arbres fruitiers viennent jeter leur note gaie âu printemps.

Si l’on remonte dans l’histoire par les légendes, par les faits certains des tradilions et des historiens, l'arbre apparaît intimement lié à l’histoire de la terre et à celle de l’homme. Les poètes ont constamment dans leurs chants célébré les arbres. Sous leur voûte les druides accomplissaient les rites de leur culte, et vingt siècles plus tard, c’est par la plantation des arbres de la liberté que nos pères ont marqué le progrès de l'esprit humain vers la liberté complète.

« Poésie, religion, légende, histoire, dans toutes ces grandes et belles formes des manifestations de l'esprit humain, nous retrouvons l’arbre et la forêt » (DeRoquette Buisson) (1).

Aujourd'hui encore le prestige de l'arbre semble revivre dans les fètes de l'arbre, chaque année plus nombreuses.

Au point de vue économique, de beaux sites, de belles forêts sont également fort utiles. Ils font la richesse du pays en y attirant les touristes. La prospérité de la Suisse vient uniquement de ce qu’elle a su sauvegarder ses

beautés naturelles.

(1) Grégoire. Histoire des arbres de La liberté (Paris, Havard, 1833). — Huffel. Économie forestière. — Paul Buffault. Le culte des arbres. ler congrès international de l'A. C. A. M. (1907). — Onésime Reclus. Le salut des sites par la protection des forêts. T. C. F., juin 1905. — De Roquelte-Buisson. Les arbres et l'arboriculture fruitière dans les Pyrénées. Ier congrès de l'A. C. A. M. (1905).

Au point de vue social (1), les massifs forestiers ont leur importance. En mettant à la disposition des classes populaires de belles futaies, en les y attirant le dimanche, on les éloigne des cabarets et on développe chez elles le sentiment de l’art et le goût des plaisirs sains.

Aussi presque dans tous les pays on a aménagé près des agglomérations urbaines des promenades boisées. Paris a une magnifique ceinture de bois. Vienne projette de s’entourer de forêts et de prairies ; le projet englobe 4,400 hectares et prévoit une dépense de 55 millions. Berlin a son Grunnenwald.

Enfin les forêts facilitent la défense nationale (2); en cas d’invasion elles opposent un obstacle à l'ennemi, ralentissent sa marche et permettent de rassembler des forces. En cas d'échec elles sont un solide point d'appui.

On voit par ce rapide aperçu quel rôle multiple et bienfaisant remplissent les forêts. Elles sont un élément de prospérité et de progrès. Leur destruction exagérée rompt l'harmonie de la création et rend les régions inhospita- ‘lières à l’homme.

(1) Beauquier. Proposition de loi tendant à créer des réserves nationales boisées en vue de l’hygiène et de la conservation des sites. Journal officiel ; 1908, S. O., no 1899, p. 647.

(2) De Kirwan. Les forêts protectrices de nos frontières. Cosmos, 30 mai 1908.

La richesse forestière de la France. — Étendue des forêts françaises. — Leur situation. — Principales essences forestières. — Divers modes de culture. — Taillis et futaies.

La production des forêts françaises. — Son insuffisance. — [mportations et exportations.

La production mondiale du bois. — Europe. — Pays importateurs et

pays exportateurs. — Les pays exportateurs de l’Amérique du Nord. — Amérique du Sud. — Afrique. — Asie.

Les forêts françaises occupent 9,623,522 hectares, elles sont réparties entre l’État, les communes et les particuliers dans la proportion suivante :

Bois appartenant à l'État . . . . 1.169.820 (1)

Bois appartenant aux communes et

établissements publics :

1° Soumis au régime forestier . . . 1.938.760 (1)

ÉPANON SOUISRME LULU TETE 297.852 (2)

Bois appartenant à des particuliers . 6.217.090 (2) 9.623.522

(4) Annuaire des Eaux et Forêts, 1904.

(2) Statistique agricole de 1892.

La superficie de la France étant de 53,640,000 hectares, le taux de boisement atteint 18 pour 100. C’est peu ; et encore beaucoup de parcelles comptées comme forêts ne le sont que de nom.

Les massifs forestiers sont très inégalement répartis. Plus de la moitié de nos départements, quarante cinq sur quatre-vingt-six, ont un taux de boisement inférieur à la moyenne.

C’est dans les sols médiocres des régions de plaines, que les forêts sont les plus nombreuses : 56 pour 100 sont en terrain calcaire et seulement 5 pour 100 en terrain d’alluvion. Pour laltitude elles se répartissent ainsi: 60 pour 100 sont à moins de 400 mètres, 19 pour 100 entre 400 et 800 mètres, et 21 pour 100 à une altitude supérieure à 800 mètres.

La région du Nord est pauvre en forèts (1), les trois départements du Nord, du Pas-de-Calais et de la Somme n’ont pas un laux de boisement supérieur à 7 pour 100.

La Normandie est également peu boisée ; de même la région du Maine et de l’Anjou, sauf toutefois le département de la Sarthe où l’on rencontre le célèbre massif de Bercé.

Paris est entouré de toute une ceinture de vieilles forêts, Fontainebleau, Rambouillet, Marly, Chantilly, Compiègne, pour la plupart propriété de l'État. On trouve également de belles futaies dans les vallées de l'Oise et de l'Aisne, entre la Loire et la Seine : forêt de Blois, forêt d'Orléans.

Les douze départements de la région de l'Est : bassin

(1) Pour la description torestière : Huffel. Économie forestière. —

Briot. Nouvelles études d'économie alpestre. — Lair. Les forêts françaises. Revue économique internationale, juillet 1908.

de la Moselle, Franche-Comté, Bourgogne et Nivernais renferment 1,900,000 hectares de forèts, le cinquième du domaine forestier de la France. C’est un pays très riche en forêts de toutes sortes.

On rencontre des taillis très courts dans les Ardennes. La chaîne des Vosges est couverte de 80,000 hectares de résineux, en grande partie propriété des communes. Le Jura possède nos plus belles sapinières : les forêts de Joux et de Levier. La Haute-Saône a des chénaies remarquables ; dans ce département cinq cent soixante-dix communes sur cinq cent quatre-vingt-trois sont propriétaires de bois. La Bresse possède de nombreux taillis. Les

hêtres du Morvan approvisionnent de bois Paris. Le bassin de la Saône compte des sylves jadis renommées : forêt de Citeaux.

Dans le centre le Bourbonnais possède 20,000 hectares de hètres et de chênes. La forêt la plus connue est celle du Tronçais, dont le bois est très recherché pour fabriquer les fûts de cognac.

Le Massif Central et les Cévennes sont énormément dénudés ; on y rencontre d'immenses étendues de bruyères et de genets qui ont succédées à d’antiques forêts et que broutent aujourd’hui les chèvres et les moutons.

L’Auvergne ne compte plus que 26,000 hectares de bois et son taux de boisement n’est que de 13 pour 100.

Le Nord-Ouest, c’est-à-dire la Bretagne et tous les pays depuis l'Océan jusqu'à l'Auvergne forment la région la plus pauvre en forêts. Dix-sept départements renferment 818,000 hectares de bois, maigres taillis pour la plupart.

Le Sud-Ouest est mieux favorisé c’est là que l’on rencontre la fameuse pineraie landaise, la plus grande forèt française, 800,000 hectares de pins d’un seul tènement,

LUS CHAPIERE M

moouvrent les département des Landes (42 pour 100), de la Gironde (33 pour 100) et du Lotet-Garonne, Plus au SR où rencontre de vastes étendues de chènes lèges. Les Pyrénées, dénudées de vieille date, ne renferment que des mas d'un faible rendement et offrant de nombreux vides.

La rogion Méditerranéenne est assez riehe en bais de toutes sortes : chènes verts (800,000 hectares) ; chènes lèges et pins maritimes dans la chaîne des Maures et de Esterel.

En les Alpes sont boisées d'un façon ès inègale, Nos sept départements alpins ne renferment que SOQ,Q0O hectares, ce qui cornxpond au faible coefficient de boisement de LE pour 100. Ce coellicient va en décrois- Sant à mesure que l'on desvend du Non au Sud,

Dans les Alpes-Maritimes, les fondts sont ruinées par des incendies fréquents. Dans les Basses Alpes l'état de dlabrement est pire encore, Ce n'est que dans les Alpes Dauphinaises et surnont dans les Alpes Savoisiennes que l'en trouve de heaux massiss. |

Toutes êes forèts sont peuplées d'arbres d'essences Hs diverses, que l'on peut ranger en deux catégories, les Feuilles et les résineux.

Ex nous basant sur les chiffres fourmis pour les forèts domaniale, les seules sur lesquelles on a des données exactes, On vail que les arbres feuillus sont de beaucoup les plus nombreux. Is entrent pour S0 pour 100 dans la constitution de nes bois,

Les Ruillus les plus répandus sont : le ehène (rouvre et patonoule) qui peuple 29 pour 100 de nes forêts, le hètre (19 pour 100), le charme (16 pour 100), le bouleau, le chhtaigmier, le tilleul, le noyer, le peuplier, le frène. Tous ces arbres fournissent des bois d'œuvre de premier

LA HICHESS VOEWTIÈRE 37

ordre, Ils croissent dans toutes les régions de Va Vrance, mais seuls le chêne, le hétre et le charme forment des massifs homogènes,

Certaines essences ne poussent que dans les régions chaudes du Midi : le chéne yeuse où chéne vert, extrémenent dur et difficile à travailler, le chéne tausin, le chêne liège qui ne croit que sur le littoral de la Méditerronsée et du Golfe de Gascogne,

Les essences résineuses les plus communes sont : le sapin (7 pour 100), le plus beau des conifères, cpsence purement montagneuse ; le pin sylvestre (4,5 pour 100) trés répandu, sauf dans la partie montagneuse du Jura où il manque totalement (c'est une bonne espèce de boisement, on l'a planté avec succis en Sologne), lé pin noir d'Autriche, qui pousse dans les sols les plus secs, surtout calcaires, Le pin maritime trés répandu artificiellement préfère les bords de Va mer et craint les températures trop basses, L'épicéa et le mélèze sont les essences des hautes alüitudes, Le premier croit jusqu'à 2,400 mètres, on rencontre des massifs du second jusqu'à 2,900 métres et jamais au-dessous de 500 mètres (1).

Les forêts françaises renferment encore en moins grande quantité : le pin d'Alep, arbre des lerrains méditerranéens ; le pin Laricio, originaire de Ja Corse ; le pin de Montagne ; le pin Weymouth et Le pin Cembro,

Depuis quelques années on s'efforce d'acclimater en France certains arbres exotiques el plusieurs semblent vouloir donner de bons résultats, nous citerons : parmi les feuillus le chêne cerris, le chêne rouge, le noyer noir d'Amérique ; parmi les résineux le douglas et le cédre du Liban,

(1) Statistique forestière publiée par le Ministére de l'Agriculture

Nos forêts ne se distinguent pas entre elles uniquement par les essences qui y croissent mais aussi par la méthode de culture qui leur est appliquée (1). Elles peuvent être soumises à différents régimes. On peut considérer le régime de la futaie, le régime du taillis et un régime mixte dit taillis sous futaie.

Dans le régime de la futaie la forêt est constituée par semis ou par plantation. On laisse les arbres atteindre un âge avancé et on obtient ainsi des bois de grandes dimensions. C’est la futaie qui produit les gros bois destinés à la charpente, à la fabrication des tonneaux. Toutes les forêts résineuses et un certain nombre de forêts feuillues sont traitées en fulaies.

Ce qui caractérise le taillis c’est son exploitation à courte révolution, au maximum quarante ans. Il ne donne donc que des bois de faible dimension qui n’ont pas d'aussi nombreux débouchés que les gros arbres : bois de feu, fagots, piquets, charbon de bois, etc.

Le taillis sous futaie comprend un taillis à faible révolution et au-dessus un élément futaie recruté par sélection dans l'élément taillis. |

En France les forêts se répartissent ainsi(2) : on compte à peu près 3,630,000 hectares de taillis et 3,430,000 hectares de taillis sous futaie ; pour seulement 2,370,000 hectares de futaies pleines.

(4878). — Lair. Les forêts françaises. — Fron. Forêts, pâturages et prés-bois. — De Bélinay. Le reboisement dans la Corrèze Ile congrès de l’A. C. A. M. (1906).

(1) Fron. Forêts, pâturages et prés-bois.

(2) Lair. Les forêts françaises.

Nous venons de voir quelle est l’étendue du domaine forestier en France, reste à savoir s’il est suffisant pour produire le bois nécessaire à la consommation.

La production annuelle française est difficile à établir (1), du moins pour les forêts particulières qui ne sont soumises à aucun contrôle.

D’après la statistique agricole, les forêts domaniales produisent annuellement 2,800,000 mètres cubes de bois d’une valeur de 26 nullions de francs, soit à l’hectare Jen.

Les forêts communales donnent 4,793 000 mètres cubes et 2m 3 à l’hectare. Mais les bois de feu forment la majeure partie de la production : 64 pour 100 dans les forêts de l'État, 76 pour 100 dans les bois communaux.

Les bois des particuliers fournissent actuellement, d’après M. Huffel, 800,000 mètres cubes de bois d'œuvre, 3,500,000 mètres cubes de perches et étais de mines, et 14,000,000 de mètres cubes de bois de feu.

On arrive ainsi à une production totale de 26 millions de mètres cubes dans laquelle le bois d'œuvre entre seulement dans la proportion de 26 pour 100. Le produit argent de ces bois ne ressort certainement pas à un chiffre supérieur de 200 à 250 millions de francs.

C’est un rendement bien faible, aussi est-il absolument

insuffisant. La France ne produit pas assez de bois pour

(1) Huffel. Economie forestière. — Lair. Les forêts françaises. — Audiffred. Rapport sur la proposition de loi lendant à favoriser le reboisement. Sénat, 1909, no 185.

assurer ses besoins, elle doit en acheter à l’étranger et cela depuis fort longtemps (1).

Nous produisons en quantité, bois à brüler, perches et étais de mines ; il y a même surproduction pour ces bois de faible valeur. De 1903 à 1907 nous avons eu pour les perches un excédent annuel d'exportation de soixante-cinq mille tonnes.

Mais en revanche nous manquons de gros bois, et nous devons chaque année en acheter à l'étranger. De 1904 à 1908 la France a importé annuellement 1,124,665 tonnes de bois à construire contre 36,228 tonnes exportées. On importe également de plus en plus des merrains nécessaires à la fabrication des tonneaux.

Si nous considérons en bloc la valeur des bois importés etexportés nous voyons que les importations en 1907, 1908 et 1909, ont été respectivement de 178, 190, 192 millions de francs et les exportations de 69, 64 et 61 millions. Ce qui fait un tribul annuel de 115 millions payé à l'étranger du fait du bois. Et ceci n’est pas particulier à ces dernières années. Depuis 1850 l'excédent des importations n’a jamais été inférieur à 109 millions.

Un produit du bois a vu son chiffre d’importations s’accroître dans des proportions énormes, nous voulons parler de la pâte de cellulose ou pâte à papier. En 1897 nous en importions 115,000 tonnes valant 20 millions ; en 1904, 211,000 tonnes valant 37 millions. Enfin en 1908 le chiffre des rentrées a été de 314,000 tonnes d’une valeur de 59 millions. Quant aux exportations elles sont insignifiantes.

(1) Les chiffres des importations et exportations sont ceux donnés par les stalisliques de l’£conomiste français.

Où la France prend-elle le bois qui lui manque ? Nos voisins ont-ils mieux su conserver leurs richesses foresüères ? Malheureusement non; tous les pays civilisés de l'Europe et de l'Amérique, sauf sept, ne peuvent pas fournir le bois nécessaire à leur consommation. Et encore sur ces sept l'Autriche - Hongrie, la Russie et la Suède sont les seules nations qui ne dépassent pas leur possibilité forestière, c’est-à-dire qui ne prélèvent chaque année sur leurs forêts qu’un volume de bois sensiblement égal à celui dont les forêts se sont accrues par la végétation. Les autres : Norvège, Finlande, États-Unis et Canada gachent leurs réserves forestières.

Aussf a-t-on envisagé comme possible, le manque de bois, le moment où les dernières réserves viendraient à être épuisé, il en résulterait une crise dont souffriraient particulièrement l'industrie du livre et le journalisme. Déjà certains symptômes se manifestent, notamment l’élévation constante des prix du bois.

Nous allons voir rapidement quelles sont les ressources forestières dont dispose notre globe, Le domaine forestier de l'Europe (1) est d’environ 274 mullions d'hectares soit 29 pour 100 de sa superticie. Les pays gros producteurs du Nord : Russie et Scandinavie en possèdent à eux seuls 207 millions d'hectares.

La Russie (2) (150,000,000 d'hectares ; 36 pour 100),

(4) Lair. Les forêts françaises. — Huffel. Economie forestière. — Revue des Eaux et Foréts.— Economiste français. (2) Clerget. Les forêts de Russie. La Géographie, 15 février 4908.

avec le Caucase (7,828,000 hectares ; 16 pour 100), possèdent de vastes ressources forestières encore mal exploitées par suite du manque de voies de communication, pourtant elle garde jalousement cet immense domaine et reboise même certaines régions des steppes. Le chiffre des exportations de la Russie s’accroit rapidement 277 millions en 1906 contre 205 en 1904.

De l'empire russe dépend la Finlande (1) (20,000,000 d'hectares ; 63 pour 100) cette contrée la plus boisée de l'Europe exploite sans ménagement ses bois. Elle a exporté, en 1906, 37,400 tonnes de bois et 13,300 de cellulose ; en 1907 par suite de la fabrication sur place de la pâte à papier, 26,000 tonnes de bois et 30,300 de cellulose.

Les États Scandinaves, Suède (18,200,000 hectares ; 40 pour 100) et Norvège (6,820,000 hectares ; 21 pour 100), apportent annuellement sur le marché 8 millions de mètres cubes de bois et pour 50 millions de francs de pâte de bois. Mais, tandis que la Suède exploite avec méthode, la Norvège le fait sans ménagement (2). Les gros arbres s’y font rares et certaines régions sont déjà entièrement déboisées.

Dans le centre et le Midi, la monarchie austro-hongroise : Autriche (9,710,000 hectares ; 32 pour 100) ; Hongrie (9,050,000 hectares ; 28 pour 100) ; Bosnie-Herzégovine (2,500,000 hectares ; 50 pour 100) est le seul État important dont la production suffise à la consommation. Les exportations l’emportent sur les importations de 6 millions de mètres cubes ; elle doit cela à une réglementation sévère et intelligente. A côté d’elle, la petite Roumanie, avec ses 2 millions d'hectares de bois (15 pour 100) accuse

(1) Journal scientifique, 15 août 1908.

(2) Fournier. Les forêts norvégiennes. Cosmos, 24 août 1907.

aussi un excédent d'exportation de 90,000 mètres cubes.

Toutes les autres nalions doivent avoir recours à l’imporlation pour satisfaire leurs besoins. L’Angleterre a acheté en 1907-1908 pour 642 millions de bois, l’Allemagne pour 375 nullions (1), non compris la pâte à papier.

La Belgique (2) (534,917 hectares ; 18 pour 100), la Hollande (248,000 hectares ; 5 pour 100) importent plus qu'elles n'exportent. En Suisse (847,284 hectares ; 20,50 pour 100)les importations sont six fois supérieures aux exportations.

Il en est de même pour tous les États du Sud : Espagne (6,500,000 hectares ; 13 pour 100), Portugal (472,000 hectares ; 5 pour 100), Italie (4,093,000 hectares ; 14 pour 100), Grèce (830,000 hectares ; 13 pour 100), Turquie et États balkaniques. Aucun ne produit une quantité suftisante de bois pour satisfaire ses besoins.

En considérant l’ensemble de l’Europe, on constate, comme l’a établi M. Mélard dans son ouvrage : Znsuffisance de la production des bois d'œuvre dans le monde, qu'il y a actuellement un déficit annuel de bois, représentant une valeur de 475 millions de francs (3).

D'où l’Europe tire-t-elle done le bois qui lui manque ? C'est l'Amérique septentrionale qui est presque l’unique fournisseur.

Le Canada, avec ses 337 millions d’hectares(38 pour 100) de forêts, et les États-Unis (280 millions d'hectares ; 25 pour 100), sont les plus gros producteurs de bois du

(1) Journal scientifique, 45 septembre 1908.

© (2) La Géographie, 15 juin 1908.

(3) Mélard. Znsuffisance de la production du bois dans le monde (Paris, 1900).

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monde. Mais là on coupe le bois sans compter, et il est certain que ces magnifiques réserves s’épuiseront rapidement.

Aux États-Unis surtout, la consommation et la production du bois augmentent avec une énorme rapidité. En vingt ans, de 1880 à 1900, la consommation du bois s’est accrue de 94 pour 100. La production a passé de 510 millions de mètres cubes en 1880 à 990 en 1900. Aujourd’hui elle dépasse le milliard. En 1905, on estimait à 5 milliards et demi la valeur des arbres abattus. Ce rendement est trois fois supérieur à celui que donnerait une exploitation rationnelle.

Le commerce du bois augmente avec la mème rapidité. D'après les statistiques américaines, l'exportation des produits forestiers a passé de 367 millions de francs en 1903 à 464 millions en 1906, et l’importalion de 386 à 518 millions ; il faut dire que dans ces derniers chiffres le caoutchouc rentre pour 45 pour 100. Néanmoins les États-Unis commencent à manquer de bois et ils doivent de plus en plus avoir recours à leur voisin le Canada, surtout pour la pâte de papier.

On avait compté sur les régions nouvellement exploitées pour combler le déficit, mais il faut bien en rabattre. L'Amérique du Sud et l'Amérique centrale n’ont que quelques forêts sur les contreforts des Andes en Argentine. Les forêts vierges du Brésil, riches en lianes et arbres exoliques manquent de bois d'industrie (1).

En Afrique, les vastes forêts de la zone équatoriale, no-

(1) Obolski. Les forêts du Nord-Amérique. Journal scientifique, 16 juin 1906. — Clerget. Les forêts des Élats- Unis. La Géographie, 15 avril 1908. — Revue des Eaux et Forêts, 1907.

tamment celles du Soudan français, pourront fournir de beaux bois à condition d’être exploitées rationnellement. L'Afrique septentrionale et l'Afrique australe n’ont qu’une faible quantité de bois.

L’Asie est un pays usé, pauvre en forêts. La Chine est particulièrement déboisée ; c’est une conséquence de la forte densité de la population, aussi y constate-t-on un énorme accroissement dans l'importation du bois (1).

On ne rencontre des massifs forestiers importants que dans le Nord. Le Caucase est très boisé, mais ses bois disparaissent rapidement sous la hache. La Sibérie renferme 125 millions d'hectares de forêts, mais ses produits ne peuvent être transportés en Europe qu'à grands frais, par suite du manque de voies de communications. Le Japon (2) possède un beau domaine forestier de 16,200,000 hectares, soit 45 pour 100, protégé par une législation rigoureuse ; néanmoins il demande annuellement à l’importation 3 millions de mètres cubes de bois.

Les Iles Océaniennes ne sont guère plus boisées. Dans l'Australie (3), les massifs des côtes ont été détruits et l'intérieur n’est qu'un désert. Elle ne possède plus que 11 nuillions et demi d'hectares de forêts.

On voit combien minimes sont les ressources forestières de notre globe. Nous sommes menacés, et la France en particulier, d’une diselte de bois. Il serait imprudent de

croire que nous pourrons toujours nous procurer le bois

(4) Clerget. Le commerce de la Chine. La Géographie, 15 septembre 1908.

(2) Gonnard. La production agricole au Japon. Revue économique internationale, avril 1907.

(3) Richesses forestières de l'Australie. Revue des Eaux et Forêts,

d'œuvre nécessaire à notre consommation. Il viendra un moment, si l’on n’avise, où même à prix d’or nous ne pourrons en acheter. Il importe donc de parer à cette crise menaçante en prenant résolument dès à présent les mesures propres à mettre ‘en pleine valeur nos forêts existantes et à transformer en forêt une partie des 6 millions d'hectares de terres incultes que notre pays renferme encore (1).

(1) Pour la richesse forestière de l'Amérique, de l'Asie, de l'Afrique et de l'Océanie : Melard. Znsuffisance de la production du bois dans le monde. — Cazal. Insuffisance de la production du bois. Bulletin de la Société géographique de l'Est.

Des Gaulois aux Carlovingiens.

Les forêts de la Gaule avant la conquête romaine. — Les premiers défrichements. — Situation juridique de la propriété forestière. — Les forêts Res nullius. — Période d’anarchie du troisième siècle à l'avènement des Carlovingiens. — Les forêts perdent leur caractère de Res nullius.

Des Carlovingiens aux premières ordonnances forestières (huitième siècle à 1518.)

Le domaine foreslier de la France au début du huitième siècle. — Les moines défricheurs du Moyen-Age. — État lamentable du royaume jusqu’au treizième siècle. — Période de défrichements de 1200 à 1348. — Absence de législation forestière. — La propriété forestière sous le régime féodal. — Communalisation des forêts au treizième siècle. — Arrêt des défrichements pendant la guerre de Cent Ans. — Réaction nobiliaire. — Période de grands défrichements à partir de 1450. — Ordonnances sur l’administration des forêts royales.

Ji Les premières ordonnances forestières /1518-1669).

La situation forestière au début du seizième siècle. — Les premières interventions du pouvoir royal. — Institution du quart de réserve. — Efforts des prédécesseurs de Louis XIV pour enrayer la défores-

{ation.

L'ordonnance de 1669 (1669-1789).

L'ordonnance de Colbert. — Causes qui déterminèrent sa création.—

Son application de 1669 à 1790. — Les grands défrichements de la fin du règne de Louis XVI.

Période révolutionnaire (1789-1799).

Dévastation des forêts pendant la période révolutionnaire. — Leurs causes. — Mesures qui là favorisent. — Efforts impuissants faits

pour les protéger.

Du Consulat au code forestier (1799-1827).

Renaissan *e de l’idée forestière. — Lois protectrices du Consulat et du Directoire. — Premières atteintes au principe de l’inaliénabilité des forêts domaniales en 1814 et en 1817.

Des Gaulois aux Carlovingiens (1).

La France n’a pas toujours été le pays déboisé que nous connaissons, le défrichement a été l’œuvre de longs siècles. Depuis longtemps également on a reconnu un rôle utile aux bois et le pouvoir central s’est efforcé de les protéger. Nous allons parcourir les principales étapes du déboisement et de la législation forestière.

A l’aube de l’histoire chez les premiers peuples nomades, la forêt fournit à l’homme tout ce dont il a besoin : des temples pour ses dieux, des fruits et du gibier pour sa nourriture, des glands et des pâturages pour ses trou-

peaux, du bois pour construire sa demeure, fabriquer des

(1) Huffel. Economie forestière. — Dalloz. Répertoire de législation de doctrine et de jurisprudence (Paris, 1849). — Maury. Les forêts de la Gaule (Paris, Lactrange, 1867). — Madre. De la mise en

rapport des forêts de l'État (Paris, 1898). — Teissier. L'idée forestière dans l’histoire. Ter congrès de l'A. C. A. M. (1905).

armes, se chauffer. Répandue avec profusion la forêt forme avec l’air, la lumière, l’eau des fleuves et des mers le patrimoine commun de l'humanité naissante.

A l’époque de la conquête romaine, la Gaule ne comptait guère que 6 millions d'habitants, aussi était-elle couverte de forêts.

C'est la région du Nord-Ouest qui était la plus boisée. L’immense forêt Charbonnière, et celle des Ardennes couvraient tout le Nord. Entre la Seine et la Loire se trouvalent aussi d’épais massifs : la forêt des Carnutes recouvrait la Beauce, l’Orléanais, le Gatinais, le Perche et le Blaisois. Dans le centre et le Midi la culture des céréales faisait de rapides progrès. Les Gaulois avaient le culte des grands chênes ; les druides cultivaient à l’intérieur des sombres massifs le gui sacré qui devait avoir poussé sur un robur (chêne rouvre).

Les Romains après la conquête font abattre dans un but stratégique certaines étendues de forêts pour pouvoir mieux surveiller les turbulentes tribus gauloises. Ces défrichements amènent des protestations de la part des populations et Tacite prête ces paroles à Galgacus excitant ses compatriotes contre Rome (1) : « [ls vous frappent et vous insultent en vous forçant à détruire vos vastes forêts. » En même temps la culture des céréales s'étend; partout sous l'influence civilisatrice du conquérant, l'arbre doit céder la place au froment.

Les lois romaines ne contiennent aucune disposition relative à la conservation des bois. En Gaule comme ailleurs. personne n’attribue aucune valeur à ces 1mmenses éten-

dues boisées dont les produits continuent à être regardés

(1) Tacite. Annales. MOREL. 4

comme es nullius. Elles deviennent propriété soit du fisc, soit des gros propriétaires; d'autres situées à proximité d'agglomérations d'habitants forment de véritables forêts communales. Mais cette propriété est purementnominale, partout colons et habitants des villages continuent à prendre sans contrôle tout le bois dont ils ont besoin.

Durant toute la période de la paix romaine le défrichement fut rapide. La Gaule est à cette époque une des provinces les plus prospères de l'Empire. Mais à partir du troisième siècle, accablés d'impôts, voyant leurs maisons sans cesse dévastées par la guerre, beaucoup de paysans quittent leurs champs malgré les sévères mesures prises pour les retenir et la forêt reprend son empire.

« En Gaule, dit Lactance (1), pendant le déclin de l’empire romain si nombreux étaient ceux qui recevaient en comparaison de ceux qui payaient, si lourd était le fardeau, que le laboureur succomba sous la tâche, les champs furent abandonnés et des forêts s’élevèrent là où la charrue avait passé. » Ce sombre tableau est certainement exagéré, pourtant il est certain que les ravages répétés de certaines hordes barbares : Huns, Vandales, les guerres civiles continuelles, accumulèrent beaucoup de ruines. On rapporte que la ville Magdunum (Meung) fut rasée par les Vandales et qu’une forèt s’éleva à sa place.

Durant cette période de luttes incessantes qui va du troisième siècle à l'avènement des Carlovingiens, la situation juridique des forêts ne change guère. Les forêts du fise passent aux mains des souverains Frances.

Pourtant à celte époque elles perdent leur caractère de

lies nullius. Cerlains textes permettent de croire que dans

(4) Bolland. Act. S. S. III jun., p. 300.

» ; x L HISTOIRE FORESTIERE DE LA FRANCE o1

les royaumes barbares qui s’organisèrent sur les débris de l'empire d'Occident, le principe exclusif du droit du propriétaire sur son domaine s’étendait aux forèts, mais ces idées nouvelles n'étaient pas encore acceptées généralement. Les populations continuèrent à considérer les forêts comme communes, quant à leurs produits inférieurs.

Dans la loi salique et dans Ja loi Gombette se trouvent les premiers textes relatifs aux forêts; ces lois punissent d’amendes assez fortes le fait d’avoir coupé ou brûlé dans les bois d'autrui des arbres propres aux constructions et au chauffage.

Du huitième siècle aux premières ordonnances forestières (1).

A l’avènement des Carlovingiens, la France est encore très boisée. Tous les anciens massifs subsistent : forêt charbonnière et forêt des Ardennes au Nord; les Vosges, la Champagne, toutes les régions montagneuses sont couvertes d'arbres. La région la moins boisée est la Bretagne.

Pourtant les forêts n’ont plus la cohésion de l’époque de

la conquête, elles sont coupées de routes et de nombreuses

(1) Dalloz. Répertoire de législation, de doctrine et de jurisprudence. — Pardessus. Les ordonnances des rois de lu troisième race. — Maury. Les forêts de la Gaule. — Huffel. Economie forestière. — d’Avenel. Histoire économique de la propriété, des salaires et des priæ en général de 1200 à 1800 (Paris, 1894). — Teissier. L'idée forestière dans l'histoire. — Madre. De la mise en rapport des forêts de l’État.

parcelles ont été défrichées pour subvenir aux besoins de la population. Pourtant le taux de boisement est excessif, il en résulte de nombreuses famines. La faute en est au roi et aux seigneurs qui conservent jalousement leurs forêts dans un but de chasse (1). Heureusement à cette époque les abbayes vinrent agir en sens inverse et provoquer les défrichements. Les moines obtenaient une concession du roi ou du seigneur, s’établissaient en plein bois et défrichaient autour d’eux, groupant les populations près des monastères.

L'institution monastique commence à se développer dès le sixième siècle avec Columban, qui fonde les premiers monastères aux pieds des Vosges (Anegray, Luxeuil, Fontaines). Puis ce sont les Bénédictins, les grands défricheurs du Moyen-Age ; on leur doit dans le département du Rhône le déboisement du côteau de Sainte-Foy, et de la forêt de Salles.

Ce mouvement se continue dans les siècles suivants. Au onzième siècle Robert d’Arbrissel s'établit au centre de la forêt de Craon et la défriche ; ses disciples créent des monastères dans l’Anjou et la Bretagne. L'ordre de Citeaux, fondé vers la même époque par saint Robert, bâtit aussi des monastères dans les massifs forestiers : Abbaye de Sauvelade (sylva lata) fondée en Béarn en 1150; Abbaye de Sauvebénite (sylva benedicta) en Velay. Chartreux, trappistes agissent de même.

Aussi peut-on dire que c’est au clergé régulier que la France du Moyen-Age doit de n’être pas morte de faim faute de champs à cultiver.

(1) Pecquet. Lois forestières de France, commentaire historique et raisonné (Paris, 1753).

Après le règne prospère de Charlemagne, le royaume fut plongé pendant de longues années dans la ruine et la misère. Les incursions des Normands, les guerres incessantes qui arment les seigneurs féodaux les uns contre les autres, dépeuplent les campagnes. Les paysans pillés, rançonnés, voyant leurs récoltes continuellement dévastées par les gens de guerre ou les barbares, abandonnent leur charrue et leur chaumière et se réfugient derrières les remparts des villes ou des châteaux forts.

A la guerre s’ajoutent d’autres calamités, la peste et la famine. Au onzième siècle sur une période de soixantetreize ans, on compte quarante-huit années de famine. Aussi, durant ces quatre siècles, la forêt s'accroît et la population diminue.

Cet état de choses disparaît peu à peu à partir du treizième siècle. Les guerres privées deviennent moins nombreuses, grâce à l’accroisement du pouvoir royal et aux croisades, grâce surtout à l’Église. Elle s’efforce de supprimer les luttes intestines entre seigneurs et d'en atténuer les effets déplorables ; elle parvient à limiter la guerre aux nobles, à leurs soldats et à leurs châteaux et à empêcher la destruction des récolles.

Aussi la France recouvre-t-elle sa prospérité. L’agriculture renaît partout et les défrichements se multiplient. Les États généraux convoqués en 1356, à l’occasion de la captivité du roi Jean, font entendre les premières doléances sur le défrichement de la France, mais elles furent sans écho. La guerre étrangère, la désorganisation du royaume absorbent l'attention des pouvoirs publics.

Durant toute celte période, on ne trouve aucun règlement général relatif aux forêts. Certains auteurs ont voulu voir dans les capitulaires de 800 et de 819 dus à Charlemagne

et à son successeur Louis, des mesures générales prises pour favoriser le défrichement et empêcher des plantations nouvelles de bois. IL semble plutôt que ces capitulaires concernaient uniquement l'administration des bois du domaine royal.

L’implantation du régime féodal ne modifie pas profondément les rapports de l’homme et de la forêt. Le paysan a les mêmes droits d'usage et, pour se dédommager des taxes nouvelles qui l’accablent, il puise davantage dans la forêt et la saccage. Souvent même trop pressé il fuit le domaine du maître.

On voit alors les seigneurs pour reteuir les cullivateurs et en attirer d’autres, concéder les droits d'usage les plus étendus. Ces concessions se multiplient’ encore lorsqu'ils quittent leurs donjons pour de lointaines croisades. Aussi les droits d'usage sont si nombreux qu'ils ruinent les forêts.

Lorsqu’'au treizième siècle le mouvement communal fit reculer la puissance féodale, beaucoup de forêts passèrent aux mains des municipalités. Certaines sont communalisées par les chartres, d’autres sont l’objet de cantonnenements ; le plus souvent les communalisations se produisent par des évolutions, précipitées par les embarras financiers des seigneurs.

Les rois Capétiens publièrent de nombreuses ordonnances forestières, mais toutes concernent uniquement l'administration des forêts royales et n’ont guère d’autre intérêt que de nous révéler l'existence de grands maîtres des eaux et forêts.

La peste de 1348 fut le signal d’un mouvement de dépopulation quine fit que s’accroître surtout à partir de

1400. La première moitié du quinzième siècle n’est qu’une

? x L HISTOIRE FORESTIÈRE DE LA FRANCE 55

longue série d'année de famine: on voit le blé s’élever au prix de 50 francs l'hectolitre. En mème temps la guerre civile et la guerre étrangère sévissent ; des bandes d’aventuriers meltent à sac les provinces. Aussi les campagnes se vident et les villes regorgent d'habitants. Ce fut l'ère la plus triste de notre histoire.

Les nobles profilent de ce désarroi pour reconstituer leurs seigneuries et mettre la main sur les forêts. Prétextant que les paysans ont usurpé les droits d’usage sur les domaines seigneuriaux, ils imposent aux usagers des cantonnements qui ne laissent à ces derniers que le tiers ou le quart de la surface ; réelle usurpation dans beaucoup de cas, car presque tous ces usages élaient nés d’un véritable contrat bilatéral.

La concentration de la propriété n'empêche pas à la paix les défrichements de reprendre dans des proportions jusqu'alors inconnues, surtout à partir du règne de Louis XIT. Le paysan s'attaque parfois aux forêts sans utiliser les terres en friches : « Le défrichement alla plus vite que le peuplement » dit M. G. d’Avenel.

Les droits d'usage, malgré les efforts faits pour les restreindre, sont innombrables. Gros et petits usagers puisent dans la forêt tout le bois dont ils ont besoin pour se chauffer, bâtir, clore leurs terres. Ils absorbent souvent la moitié du rendement. En même temps l'introduction de grandes quantités de bestiaux empêche le repeuplement.

Néanmoins le pouvoir royal ne fit rien pour protéger nos massifs forestiers, il se contenta de réglementer l’exploitation des bois du domaine royal : (Ordonnances de 1346, de 1376 et de 1402). Les rois protègent leurs bois surtout pour le gibier ; dans toutes les ordonnances c’est

le droit de chasse qui a la place principale.

IT

Les premières ordonnances forestières (1318-1669) (1).

Lorsque François [* monta sur le trône en 1515, il trouva la France en pleine prospérité, grâce à la paix intérieure des règnes précédents. De toute part les forêts cèdent la place aux terres arables ; celle qui restent sont dévastées par des droits d'usage excessifs et par l’abus du pâturage.

C’est dans le centre et le nord-est que le déboisement est le plus avancé. Rabelais dans Gargantua parle de la Beauce « où à présent il n’y a plus de bois ». Certaines forêts ont diminué d’étendue, celle d'Orléans ne compte plus que 40,000 hectares au lieu de 60,000 ; d’autres ont complètement disparu comme la forêt de Faye en Saintonge. Ce qui prouve la continuité de la déforestation c’est que la forêt est la seule espèce de sol dont la valeur ait sans cesse augmenté depuis le Moyen-Age.

La cause première de ces défrichements fut la nécessité de nourrir une population sans cesse grandissante, mais on alla au delà du but ; la production des céréales dépassa la consommation et il en résulta un grand avilissement des prix au début du seizième siècle.

De plus le bois étant à cette époque le seul combustible, la seule matière employée à la construction des navires, l'industrie et le commerce naissant en font une consommation croissante.

(1) Dalloz. Répertoire de législation, de doctrine et de jurisprudence. — D'Avenel. Histoire économique. — Teissier. L'idée forestière dans l'histoire. — Madre. De la mise en rapport des forêts de l'Etat.

Par contre le roi et les seigneurs protègent les forêts pour se livrer aux plaisirs de la chasse, considérée comme l'un des privilèges de la noblesse. C’est à cette passion que les anciennes forêts de la capitäinerie de Senlis, ChanlHilly, Halatte et Ermenonville, doivent d’avoir conservé leur intégrité depuis le Moyen-Age (1).

En outre la possession d’antiques futaies est un signe de noblesse ; les tribunaux peuvent infliger comme peine aux gentilshommes le rasement, on disait alors la dégradation de leurs bois. Aussi les grands seigneurs conservent-ils avec un soin jaloux leurs forêts.

Au début du quinzième siècle la déforestation rapide de la France émut le gouvernement et François E* intervint en faveur üe la conservation des forêts.

En 1518 il autorise les seigneurs et les ecclésiastiques à appliquer à la police de leurs bois les ordonnances en vigueur dans les siens et il ajoute : « admonestons les dits princes, prélats, etc, de donner tel ordre et provision à l’entretènement de leurs bois et forêts, en ayant égard à nos ordonnances, que par leur faute et négligence n’en advienne inconvénient à la chose publique ».

Cette admonestalion resta sans effet, mais elle est la première proclamation de ce principe que la forêt est une propriété d’un genre spécial, à laquelle toute autorité soucieuse de l'intérêt public doit veiller. C'est par application de ce principe que le roi, par l'ordonnance de 1537, fit défense aux évêques et aux abbés'de faire des coupes extraordinaires dans leurs bois de haute futaie sans nécessité urgente ni autorisation.

Puis un édit de 1543 vint soumettre les bois des parti-

(1) Guillemot. Les forêts de Senlis (Paris, 1904).

culiers à la juridiction et à la surveillance des maîtres des eaux et forêts. Ce contrôle qui reconnait comme étant d'utilité publique la conservation des forêts ne disparaitra plus de notre législation que momentanément pendant la tourmente révolutionnaire.

Les successeurs de François [* persistèrent dans la mème voie. Henri II en 1558 interdit aux églises et à tous les gens de mainmorte de couper leurs hautes futaies.

Après lui les guerres de religion vinrent encore semer la désolation dans les campagnes et arrèter pour un temps les démolisseurs de forêts. Mais déjà on ne défriche plus uniquement pour cultiver, les navires et les constructions demandent de plus en plus de bois, par suite les gros bois prennent de la valeur et l’abaltage des futaies se fait dans un but de spéculation.

Certains esprits éclairés déplorent cet état de choses. Bernard Palissy dit à ce propos : «Il semble qu'aujourd'hui les hommes ne s'estudient qu'à rompre, couper et déchirer les belles forêts que leurs prédécesseurs avaient si précieusement gardées. » En 1606 les États de Provence font entendre des doléances sur le déboisement.

La crainte de manquer de gros bois provoque l'institution du quart de réserve : Charles IX, par une ordonnance de 1561, prescrit de laisser croître en futaie le tiers des taillis appartenant au roi et aux gens de mainmorte. Une seconde ordonnance de 1573 réduit cette réserve au quart.

En même temps d'autres mesures sont prises pour protéger les massifs forestiers. Un édit de 1563 défend aux particuliers de couper leurs taillis de moins de dix ans sous peine de confiscation et d'amende et les oblige à réserver un cerlain nombre de baliveaux dans les taillis de plus de dix ans lors de leur exploitation.

Puis l’ordonnauce de Moulins proclame l’inaliénabilité du domaine royal el des forêts. Mais, pressé par le besoin d'argent, Henri IT rapporte l'ordonnance, et fait de nombreuses aliénalions.

En même temps les forêts continuent à être dévastées ; les coupes extraordinaires se succèdent, les droits d'usage se multiplient, les usagers mésusent des forêts au mépris des règles fixées, et les officiers royaux sont les premiers à commettre des exactions.

Henri IV essaie de réagir contre cet état de choses ; dans’ les ordonnances de Folembray 1596 et de Rouen 1597 il interdit toute coupe extraordinaire, révoque tous les droits d’usage concédés à titre gratuit depuis François [®r, ordonne Ja révision de ceux concédés à titre onéreux et diminue le nombre des officiers des eaux et forêts par la suppression de toutes les charges créées depuis Charles IX.

Mais ces ordonnances ne furent qu'incomplétement appliquées et les abus persistèrent. Les officiers dont les charges avaient été supprimées n'étant pas remboursés continuèrent d’administrer les forêts dans leur propre intérêt. Il fallut toute l'habileté et la ténacité de Colbert pour

créer une législation vraiment efficace.

De l'ordonnance de 1669 à la Révolution (1669 1789 (1).

Le dix-septième siècle, comme les précédents, fut un

siècle de déboisements et de défrichements. On puise sans

(4) Dalloz. Répertoire de législation, de doctrine et de jurispru-

ménagement dans les futaies de la plaine et dans les sapinières pour les constructions maritimes. L'industrie naissante demande à la forêt tout le combustibledontelle a besoin, les forges, dont le nombre‘ira sans cesse grandissant, surtout dans le siècle suivant, consomment une énorme quantité de bois; elles s’élablissent à proximité des massifs forestiers et les saccagent. En 1775, les seules forêts du Nivernais entretiennent le feu de deux cent cinquante forges (2).

Le prestige des hautes futaies ne les protège plus ; Les seigneurs, qui ont besoin d'argent pour briller à Versailles, les vendent sans ménagement. C’est à cette époque que les forêts, jusque là propriété exclusive du roi, des seigneurs et des gens de mainmorte, commencent à passer aux mains de simples particuliers (3).

Le déboisement commence à faire sentir ses funestes effets ; les rivières s’ensablent. Les ingénieurs de Vauban réclament le reboisement des versants Alpins pour empécher l’envasement du Rhône, leur appel reste sans écho. On méconnait l'utilité des forêts, mais on les protège néanmoins pour en lirer le bois nécessaire à la marine. Louis XIV ambitionnait l’empire des mers et la crainte de voir la France manquer un jour de bois pour construire ses flottes amena Colbert à prendre des mesures rigoureuses pour arrêter La dévastalion des forêts.

Ce fut l’ordonnance de 1669, véritable code forestier.

dence. — Tessier. L'idée forestière dans l'histoire. — D'Avenel. Histoire économique. — Commentaire de l'ordonnance de 1669 (Lyon, Barret, 1782). — Rougier de la Bergerie. Les foréts de France (Paris, Bertrand, 1817).

(1) Cornu. Les forêts du Nivernais (Paris, 1903).

(2) Huffel. £conomie forestière.

Elle resta en vigueur jusqu’à la Révolution et beaucoup de ses dispositions ont été reproduites en 1827.

L’ordonnance de Colbert fixe définitivement : les attributions des officiers et des juridictions créées sous les règnes précédents, grands maîtres, maîtres particuliers, tables de marbres (titre 1 à 14) ; les mesures destinées à l’exploitation rationnelle des forêts de la couronne : adjudication des coupes, balivage.…. (titres 15 à 18.)

Les droits d'usage donnaient lieu à de grands abus. L'’ordonnance défend formellement le pâturage dans les bois non défendables (titre 19, art. 1%) ou incendiés (arrêt du 29 juin 1728). Elle interdit à tous usagers « ayant droit de passage dans nos forêts et bois ou en ceux des ecclésiastiques, communautés et particuliers d’y mener ou envoyer bêtes à laine, chèvres, brebis et moutons », (chap. 19, art. 13.)

Tous les droits d'usage sont sévèrement réglementés dans les forêts royales. Les chauffages et autres usages de bois «tant à bâtir qu'à réparer », sont supprimés, et il est interdit d'en concéder de nouveaux (titre 20).

Les bois des communautés et gens de mainmorte sont soumis au régime forestier d'alors (titre 24) ; réserve du quart (art. 2) ; défense de couper les taillis de moins de dix ans et obligation, lors des coupes, de réserver seize baliveaux par arpent (art. 3) ; interdiction de couper aucun arbre de futaie ou baliveau sur taillis, ni de toucher au quart sans autorisation ; interdiction de défricher (art. 4) ; vente des coupes par adjudication.

Les mêmes règles s'appliquent aux bois, prés, etc., appartenant aux communautés et habitants des paroisses (titre 25).

L’ordonnance s’occupe également des bois des particu-

où CHAPITRE M

hors, Les Ris ne peuvent être exploités qu'à dix ans et on y doit réserver seire baliveaux par arpent. Les propriélaires sont également tenus de réserver dix baliveaux dans les exploitations de Ritaies, Ts ne peuvent disposer de ces réserves que lorsqu'elles ont atteint l'âge de quarante ans pour les taillis et de cent vingt pour les fataies (litre LT, ant, 1),

Enlin ceux qui possèdent des bois de haute futaie, à dix lieues de la mer et à deux lieues des rivières navigables « ne peuvent les vendre ou les faire exploiter qu'après en avoir donné avis au contrôleur des finances et au ataad-maîre, À peine d'amende et de confiscation » (ant, 4) Cette mesure fut dans la suite étendue à tous les bois du royaume (nglement du L* mars 1757).

Entin dans le but de fournir du bois à la marine, l'ordonnance de Colbert apporte une grave dérogation aux droits des propriétaires. Le grand maître ne peut retenir dans les adjudieations le bois nécessaire pour les maisons royales et les bâtiments de mer ; el si ceci est insuffisant « le grand-maître en pourra marquer et faire abattre dans nos Fonds à lieux moins dommageables ; et s'il ne s'y en trouvait pas, les fera choisir et prendre dans les bois de nos sujets tant ecclésiastiques qu'autres » (titre 21, ant. à).

L'ondonnance de 1669 resta en vigueur jusqu’à la Révolation sans modifications importantes. Nous signalerons seulement un certain nombre d'arrèts du Conseil, interdisant le défrichement sans autorisation pour tous les bois (RS des LÀ mai LS, 16 mai 1720).

Ces mesures sévères rulentirent la déforestation à la fin du dix-septième siècle, Pourtant la construction des flottes du grand roi détruisit beaucoup de beaux arbres : ce sont

les sapinières des Pyrénées (1) et les futaies de la vallée de la Saône qui en souffrirent le plus.

Le dix-huitième siècle est une époque de grands déboisements. Dès 1709 Ja crainte de la famine amène le gouvernement à autoriser les défrichements. Peu nombreux d'abord, ils se multiplient à partir de 1762. Pour parer aux mauvaises récoltes qui se succèdent, on rase les forêts afin d'augmenter les terres arables. Le gouvernement de Louis XVI encourage les cultivateurs dans cette voie. Une déclaration d'août 1766 exempte pour quinze ans de tailles, de dîmes, de vingtièmes, de droits d’enregistrement et de francs-fiefs, tous ceux qui ont été défriché depuis 1762.

Aussi pendant les trente années qui précèdent la Révolution, les défrichements se multiplient. Les physiocrates ont mis l’agricullure à la mode et on considère les forêts comme une forme surannée de l’utilisation du sol. En même temps la consommation croissante du bois favorise ces destructions : la seule ville de Paris, qui brülait en 1730 366,000 mètres cubes de bois, en consomme 749,000 en 1784 (2).

Necker (3) dans son ouvrage, Compte rendu des Finances, estime que de 1766 à 1780 les autorisations de défricher portèrent sur 950,000 arpents (475,000 hectares).

Les forêts les moins maltraitées furent celles des communautés religieuses. Les moines, après avoir élé les

grands défricheurs du Moyen-Age, conservèrent jusqu'à la

(1) Rabot. Déboisement de la vallée d’Aspe et son influence sur le régime des eaux. La Géographie, 15 mars 1905.

(2) Rougier de la Bergerie. Les forêts de France.

(3) Necker. Compte rendu des finances, 1781.

64 CHAPITRE IIL

Révolution les belles futaies dépendant de leurs monastères.

Les économistes de cette époque ne sont pas d'accord sur l'étendue des forèts françaises, à la veille de la Révolution (1). Mirabeau père, en 1750, les estime à 12,669,000 hectares, Arthur Young d’après la carte de Cassini à 9,713,000 hectares ; Varenne-Fenille (1791), à 7,409,900 hectares ; M. d’Avenel, dans son Æéstorre économique des prix, adopte le chiffre de 12,500,000 hectares (2).

Ce chiffre nous semble être celui qui se rapproche le plus de la vérité. La France devait posséder 10 à 12 millions d'hectares de forêts, lorsqu’éclata la tempête révo-

lutionnaire.

Époque révolutionnaire (1789-1799) (3).

La Révolution accumula les ruines dans les forêts françaises. Sitôt après la nuit du 4 août, où sombrent les privilèges de la noblesse, les paysans qui souffrent depuis longtemps de la surcharge d'impôts, aigris par plusieurs années de famine, se ruent sur les forêts. Ils Les considè-

rent, comme le symbole de leur dépendance, la cause de

(1) Paul Leroy-Beaulieu. Traité de la Science des Finances (Paris, 1906).

(2) Varenne-Fenille. Mémoire sur l'Administration forestière (1791).

(3) Dalloz. Répertoire de Législation, de Doctrine et de Jurisprudence. — Madre. De la mise en rapport des forêts de l'État. — Tessier. L'idée forestière dans l'histoire. — Becquet et Laferrière. Répertoire de droit administratif, au mot « forét» (Paris, Dupont, 1900).

leur misère ; ils les accusent de tenir indûment la place des terres arables. [lsles saccagent, les défrichent, les incendient, car la cognée leur semble trop lente pour leur œuvre de destruction.

Michelet, dans son histoire (1), décrit ainsi la situation :

« A la Révolution toute barrière tomba, la population pauvre commença d'ensemble cette œuvre de destruction. Ils escaladèrent, le feu et la bêche à la main, jusqu'aux nids d’aigles, cultivèrent l’abime pendus à des cordes. Les arbres furent sacrifiés aux moindres usages, on abattait deux pins pour faire une paire de sabots. En mème temps, le petit bétail se multipliant sans nombre, s'établit dans la forêt, blessant les arbres, les arbrisseaux, les jeunes pousses, dévorant l’espérance. La chèvre surtout, la bête de ceux qui ne possèdent rien, bête aventureuse qui vit sur le commun, fut l'instrument de cette invasion démagogique, la terreur du désert. »

On s'attaque à Lous les bois, quels qu’en soient les propriétaires. Les forêts communales et nationales ne sont pas plus respectées que celles des particuliers. « Il n'y a plus de propriété publique, dit Taine (2). Chaque commune ou particulier s’en approprie ce qui lui convient, produit ou sol. Les déprédateurs vont jusqu’à dire que puisque le gouvernement ne les réprime plus, il les autorise. Tel village, près de Fontainebleau, s’est partagé et a défriché un morceau entier de la futaie. À Rambouillet, du 10 août à la fin d'octobre, la perte est de 100,000 écus et les agi-

tateurs demandent avec menace le partage de la forêtentre

(4) Michelet. Histoire de France, tome II, p. 53. (2) Taine. Les Origines de la France contemporaine, tome I.

les habitants. Partout les dévastations sont énormes, prolongées pendant des mois entiers et telles, dit le ministre, que cette source de revenus publics est pour longtemps tarie. »

Les officiers forestiers ayant vu leurs charges supprimées restent impuissants. Une proclamation du 3 novembre 1789 place les forêts sous la protection des municipalités ; celles-ci se croient investies du droit d’administrer les forêts à leur guise et en abusent.

Divers décrets autorisent la mise en vente des biens nationaux, mais en exceptent heureusement les forêts (21 décembre 1789, 25 juillet 1790, 3 août 1790), sauf les boqueteaux de moins de 100 arpents et éloignés des massifs de plus de 100 toises.

La Constituante essaie d’enrayer ce mouvement dévastateur : décret du 11 décembre 1789 sur la répression des délits forestiers ; décret du 26 mars 1790 pour empêcher les abus dans les forêts domaniales et ecclésiastiques.

Deux lois tentent une réorganisation de l’administration forestière : loi du 19-25 décembre 1790 et loi du 15-29 septembre 1791. La première supprime la juridiction d’exception de l’ancien régime et donne la connaissance des délits forestiers aux tribunaux de districts. La seconde organise une nouvelle administration composée de conservateurs, d'inspecteurs, d’arpenteurs et de gardes ; elle soumet au régime forestier les bois du domaine et des communes, mais elle commet l'énorme faute de laisser aux particuliers la liberté absolue pour l’administration de leurs bois. Le résultat fut la destruction complète, durant les douze années qui suivirent, de 383,000 hectares.

La tourmente révolutionnaire ne permit pas d'organiser la nouvelle administration ; l'anarchie la plus complète ne

cessa de régner, aggravée encore par certaines dispositions prises par l’Assemblée législative : loi du 31 juillet 1792, qui décide la mise en vente du quart des réserves des forêts ecclésiastiques ; décret du 28 août 1792 autorisant la réintégration des communes dansles biens et droits d'usage perdus pendant les siècles précédents.

La Convention qui succède à la Législative ne s'occupe guère des forêts que pour y ordonner des coupes, afin d’approvisionner les arsenaux. Un décret du 13 pluviôse an IT ordonne une coupe par anticipation dans tous les bois de la France; l'administration est autorisée à la pratiquer dans les bois des particuliers, au cas où ceux-ci négligeraient de le faire.

En 1793, un décret ordonne le partage des biens communaux, mais excepte les forêts dans un but de défense nationale. Un décret du 10 juin 1793 attribue le soin de juger toutes les réclamations relatives aux droits d'usage à des arbitres ; ceux-ci de parti-pris donnent toujours raison aux communes, aussi les forêts du domaine national sont-elles mises en coupes réglées.

La dévastation fait rage, les arbres des grandes routes et des places publiques ne sont pas épargnés. De toute part, les administrateurs des départements se plaignent des défrichements. Celui de l'Isère attribue au défrichement la pénurie des récoltes. Celui de la Moselle signale la conduite des habitants d’Autherne et de Sarembéry, qui, en masse, ont défriché plus de 150 arpents de forêts, ont tout brûlé sur place et ont vendu la cendre (1). Aussi, dès la chute de Robespierre, voit-on se dessiner un mouve-

ment de renaissance forestière. Il s’accentue davantage

(1) Rougier de la Bergerie. Les Forêts de France.

encore dans les années suivantes : l'arbitrage est supprimé en matière d’usages forestiers ; un décret du 16 brumaire an III ordonne la revision de toutes les sentences arbitrales favorables aux communes ; les coupes extraordinaires doivent être autorisées ; on met en vigueur bon nombre de mesures prohibitives de l'ordonnance de

Du Consulat au code forestier (1799-1827) (1).

Les premières années du dix-neuvième siècle furent employées à réparer tous les écarts des dix années de révolution. En matière forestière, toute une série de lois vint réprimer les abus et sauvegarder ce qui restait de nos massifs. Un projet de code forestier fut même présenté au conseil des Cinq-Cents, mais il resta dans les cartons.

Une nouvelle administration forestière est organisée (loi du 16 nivôse an IX). Les forêts domaniales sont exemptées d'impôts (loi du 19 ventôse an IX). On rétablit le droit de martelage pour la marine dans les forêts particulières. Les usurpations des communes sont réprimées. On remet partiellement en vigueur l'ordonnance de Colbert. Les bois des communes sont soumis au même régime que les forêts du domaine (loi du 17 ventôse an X). Enfin une loi du 9 floréal an XI, oblige les propriétaires parti-

culiers à faire une déclaration préalable, lorsqu'ils veulent

(1) Dalloz. Répertoire de législation, de doctrine et de jurisprudence. — Becquet et Laferrière. Répertoire de droit administratif. — Tessier. L'idée forestière dans l'histoire.

défricher leurs bois; cette loi n’était faite que pour une durée de vingt-cinq ans.

Cette législation décousue et incomplète dura jusqu’en 1827. Sous l'Empire, les guerres détournèrent ailleurs l'attention du gouvernement, aussi pendant cetié période ne lrouve-t-on aucune mesure importante concernant la propriété forestière.

Les événements de 1814 et 1815 furent désastreux pour les forêts. On fit des coupes extraordinaires pour la défense des places fortes. Le service militaire éloigna les gardes forestiers de leur poste, aussi les deux invasions furent-elles accompagnées d’une « épouvantable dévastation » (1).

On vit même à cette époque se manifester un recul de l'idée forestière. La Restauration viola le principe de l’'inaliénabilité et de l'imprescriptibilité des grandes masses forestières proclamé el respecté par la Révolution.

Une loi du 23 septembre 1814, ordonna qu’il serait vendu jusqu'à concurrence de 300,000 hectares de bois pour être affectés au payement et à l'amortissement des obligations du trésor royal. Puis la Loi de 1817 affecta les bois de l'État à la caisse des amortissements et autorisa l’aliénation de 150,000 hectares. Sous l'empire de ces deux lois 145,000 hectares furent aliénés de 1814 à 1827 pour la somme de 114 millions de francs.

En même temps une ordonnance des 47-22 mai 1817, voulut par mesure d'économie, supprimer l'administration forestière et la rattacher à l’enregistrement et au domaine; le résultat fut déplorable. Aussi dès 1820 l’ancienne admi-

nistration fut-elle rétablie, puis réorganisée en 1824.

(4) Baudrillart. Dictionnaire des Eaux et Foréts, p. 79.

L'idée forestière reparaît alors victorieuse. L'école de Nancy est créée en 1824, et un code forestier est définitivement voté en 1827.

Le déboisement de la France au dix-neuvième siècle.

La France se déboise. — Défrichements. — Exploitations abusives. — Sociétés d'exploitation. — La déforestation prouvée par l’exportation. — Déplantation des routes.

IT Causes du déboisement au dix-neuvième siècle.

Causes naturelles : ouragans, avalanches, incendies. — Les distractions du régime forestier. — Aliénations de forêts domaniales. — Les forêts communales distraites du régime forestier. — La propriété forestière et la propriété privée. — Incompatibililé de la petite propriété et de la forêt. — Mauvaise exploitation des forêts particulières. — Cause qui incitent les particuliers à déboiser. — Surcharge d'impôts. — Manque de routes. — Droits d'usage. — Servitudes occultes. — Hostilité du montagnard contre la forêt. — Importance du bétail dans la vie du campagnard. — Extension des pâturages. — Causes de la dégradation des montagnes. — Imprévoyance des habitants. — Mauvaises méthodes pastorales. — Pâturage en forêt. — Surcharge des pâturages. — Bestiaux des régions montagneuses : espèce bovine, espèce caprine, espèce ovine ; la transhumance. — Absence de culture pastorale. — Nécessité d’un prompt remède à celte situation. — L'industrie destructive des forêts. — Besoin croissant de bois. — Divers emplois du bois. — Bois de feu, charpente, ébénisterie et menuiserie. — Étais de mines. — Traverses de chemin de fer. — Poteaux. — Pavage. —

m2 CHAPITRE VI

Distillation du bois : acide gallique. — Les emplois du bois sous forme de pâte de cellulose : le papier. — Conséquence : la hausse du prix des bois.

Nous avons vu que:pendant les diverses périodes de son histoire, la France a été sans cesse se déboisant de plus en plus sous l'influence de causes diverses. Ce mouvement s'est-il arrêté durant la période contemporaine ? Malheureusement, non.

Sous la Restauration on estimait le domaine forestier de la France à environ 9 millions d'hectares ; la statistique forestière de 1892 l’évalue à 9,521,568 hectares, soit une augmentation d’un demi million d'hectares. Mais dans cet intervalle on a reboisé, dans les Landes 705,000 hectares, en Sologne 200,000 hectares, dans la Champagne 80,000 hectares, environ 125,000 hectares de dunes ont été plantés de pins. Les travaux de reboisement en montagne de 1860 à 1892 ont porté sur 125,000 hectares. Notre domaine forestier devrait done être d’au moins 10,210,000 hectares. S'il est inférieur c’est à la déforestation qu’il faut l’attribuer.

Si l’on compare les chiffres des statistiques décennales de 1882 et 1892, on voit qu’à la fin de 1892, l'aire forestière de la France était en voie de «régression manifeste ». On compte en effet pendant ces dix dernières années 179,047 hectares dénudés pour 115,106 reboisés (1\.

Depuis l’année 1827, les demandes de défrichement sur lesquelles Padministration a émis un avis favorable ont portées sur 485,000 hectares.

(1) Fabre. L'exode montagneux en France (Paris, 1909).

Aujourd'hui le déboisement se fait d'une manière méthodique et scientifique. Comme les lois entravent le défrichement, on tourne la difficulté en soumettant la forêt à une exploitation abusive qui ne laisse que quelques baliveaux sans valeur. La coupe rase remplace le défrichement. La forêt n'est pas détruite, mais sa production restera nulle pendant de nombreuses années ; il faudra attendre au moins trente ans pour que le massif se recons-

titue et puisse fournir du petit bois d'œuvre, et ce n’est pas avant un siècle qu'on pourra retrouver des grands arbres, à supposer qu’on les laisse croître.

Il semble que depuis quelques années, à mesure que des efforts sont faits en vue d’une restauration forestière, les coupeurs de bois redoublent d’activité et d’audace, mettent la main partout où ils peuvent sur nos beaux massifs.

Dans la Haute-Harne, les forêts particulières ont diminué de 10,000 hectares durant ces dernières années. En Auvergne, les pentes se dénudent de leurs bois pour laisser place à la vigne, comme s’il n’y en avait pas déjà assez (1). La société Ader met à sac les massifs de l'Aude; les forêts de Counozols, de Tabanet pour ne citer que les principales sont coupées à blanc (2).

En Corse (3) la destruction des châtaigniers qui font la richesse du pays est « effroyable et désastreuse » (Saint- Saens).

En novembre 1908, on estimait à 60,000 hectares les

(4) Defert. Commission des pelouses et forêts, Revue du T.-C.F.,

octobre 1906.

(2) Revue du T.-C.F., novembre 1907.

(3) Saint-Saens. Le déboisement de la Corse. 1er congrès de l'A.

forèls particulières soumises à des coupes à outrance (1). Partout sur le Plateau Central, dans les Alpes, dans les Pyrénées, dans le Jura même, en montagne comme en plaine, partout ou subsistent quelques forêts, des spéculateurs en quête de bois coupent à tort et à travers, tout ce que particuliers et communes leur abandonnent, sans même respecter les réserves imposées.

Nos plus beaux massifs ne sont pas épargnés ; en 1907 la forêt de Marchenoir est vendue 7 millions et 3,500 hectares d'arbres séculaires sont abattus. Celle d’Amboise, ancien domaine de la couronne, n'échappe à la hache que grâce à une amie des arbres M" Hirch qui la rachète (2). Si la forêt d’Eu, propriété du duc d'Orléans, est encore debout c’est qu’elle est formée de hêtres, bois moins recherché (3).

De toute part se constituent des sociétés, dites forestières, dont l’objet est lexploilation en grand de nos forêts (4). L'une, dont le siège est à Nancy, accapare 4,000 hectares de bois qu’elle livre à la hache.

Les affiches parisiennes du 31 décembre 1907 publiaient les statuts d’une société d'exploitation forestière au capital de 1,600,000 francs pour réalisation et exploitation de forêts en France et à l'étranger. Cette société, dit l'annonce, possède un outillage perfectionné : scies à ruban, verticales, circulaires et à lames multiples, chemin de fer

Decauville, trucs, etc. ; tout un arsenal de destruction.

(1) David. Rapport sur les projets de loi, no 1526, 1331 et 343. Ayant pour but d'empêcher le déboisement de la France : Documents parlementaires, Chambre, 1908, no 1993, p. 27.

(2) De Kirwan. La déforestation. Le Correspondant, 10 octobre 1908.

(3) Rapport David, 1908, no 1993, p. 4.

(4) De Kirwan. La déforestation. 7.-C. F., janvier 4908.

Eafin les Allemands, de plus en plus franchissent la frontière pour meltre en coupes réglées nos massifs de l'Est.

Ce qui prouve la dévastation de nos forêts, c’est le chiffre de nos exportations de chênes en grumes et de sciages de chênes (1). Alors que de 1898 à 1902 l’exportalion moyenne étaii de 26 millions de francs et l’importation de 65 millions 5, en 1905-1906 l'exportation a passé à 57 millions 2 et l'importation à 44 millions 8. Comme en même temps la consommation s’est accrue, la diminution des entrées et l'augmentation des sorties ne peut s’expliquer que par une surproduction momentanée due à des exploitation abusives dans les forêts particulières. On extrait de celles ci par an en ce moment au moins 200,000 mètres cubes de gros chêne de plus qu'il y a dix ans, c'est-à-dire que l’on détruit annuellement 12 à 15,000 hectares.

Malheureusement les particuliers ne sont pas les seuls à déboiser ; les pouvoirs publics se mettent souvent de la partie et donnent le mauvais exemple. Sans parler des funestes aliénations de forêts domaniales d'avant 1870 ; on à vu souvent, pendant ces dernières années, des Conseils généraux et des Conseils municipaux décider l'abattage des arbres qui font l’ornement de nos routes. En 1906 les Conseils généraux de la Seine-Inférieure et de la Seine-et Marne demandent la destruction de peupliers bordant les routes, sous prétexte qu'ils gènent les riverains (2). Dans l'Ain on remplace de belles avenues

(1) Huffel. Les forêts particulières en France. Economiste français,

1908 \ (2) Aèevue du Touring-Club, septembre 1906.

d'arbres par des chemins de fer départementaux qui génent la circulation.

On le voit donc l'aire forestière de la France n’a pas cessé de diminuer durant tout le dix-neuvième siècle. La fièvre du déboisement continue à faire rage. Sur le chiffre de 9 millions et demi d'hectares de forêts attribuées à notre pays bon nombre ne le sont plus que de nom et, d’après M. Paul Leroy-Beaulieu (1), nous ne possèderions guère à l'heure actuelle que 8 millions d'hectares de bois. Cette diminution est due à une foule de causes, dont la plupart

demandent un prompt remède.

IT

Causes de déboisement au dix-neuvième siècle. CAUSES NATURELLES.

Souvent les forces de la nature s’attaquent aux forêts ; il ne se passe pas d’année sans que l’incendie, l’ouragan ou l’avalanche ravage quelques cantons forestiers.

Souvent de grands vents, véritables cyclones, renversent en quelques instants des quartiers entiers de forêts. Les forêts résineuses, aux arbres de grande dimension y sont spécialement exposées.

En 1896 de terribles ouragans ravagèrent les sapinières du Jura. Dans la forèt communale de la section de Vaux (Ain), plus de 11,000 arbres furent jetés à terre en une

seule nuit.

(4) Paul Leroy-Beaulieu. Traité de la science des finances (Paris, 1906).

Uu autre fléau de la forêt de montagne dans les Alpes et les Pyrénées est l’avalanche. On à constaté que dans certaines régions : Haute Maurienne et Haute Tarentaise, l’avalanche fait sans cesse reculer la forêt (1) ; elle à des couloirs bien déterminés (dévaloirs dans les Alpes, rillières dans les Pyrénées). Chaque printemps ces couloirs s’élargissent, la neige entraîne quelques sapins et aucune replantation ne peut arrêter ce mode de dégradation. A la longue la forêt est réduite à l’état d’arbres isolés qui périssent.

Cet état avancé est déjà réalisé dans certaines régions des Alpes : dans la vallée de Bonneval, désignée jadis du nom de Vallée noire, la forêt a complètement disparu ; en Tarentaise le bassin du val d'Isère est fortement compro- MIS.

L’incendie est aussi un grand destructeur de forêts ; chaque année quelques milliers d'hectares deviennent la proie des flammes. C’est la région des Maures et de l'Estérel et après elle les Landes qui sont le plus souvent éprouvées par ce fléau. Toute une législation a été faite pour protéger ces massifs ; malgré cela les incendies sont fréquents. De 1899 à 1907 la région des Landes a perdu 80,000 hectares de pins maritimes par le feu. L'été exceptionnellement sec de 1906 peut être marqué d'un signe noir dans les annales forestières ; à part Les départements de l'Est, toutes nos régions forestières payèrent leur tribu au feu ; on estime à 60 millions la valeur des bois détruit

cette année-là par l'incendie (2).

(1) Girardin. Phénomènes actuel et modifications du modelé de la Haute Maurienne. La Géographie, 15 juillet 1905. (2) Defert. Communion de pelouses et forêts. T.-C.F., janvier 1907.

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