LA FORÊT ET LE CLIMAT (À
La forêt a une action certaine sur le climat ; elle adoucit la température. Cette action soupçonnée depuis longtemps, n'est bien connue que depuis quelques années, grâce aux nombreuses expériences faites, tant à l’école forestière de Nancy qu’à l'étranger.
La température au sein de la forêt est beaucoup moins variable qu’à l'air libre. L'écart est moins grand entre les températures extrèmes. Inférieures, elles sont moins basses ; supérieures, elles sont moins bautes. Cet écart est surtout sensible au moment des fortes chaleurs ; il est en moyenne de 10117 à 1014” (Nancy forêt de la Haye) ea juillet, et seulement de 0°10” en hiver ; il peut même être plus important et on l’a vu dépasser 3° par de fortes chaleurs.
Cette influence se manifeste d’une manière sensible sur l'amplitude des variations diurnes du thermomètre. Cette amplitude est réduite sous bois d’une quantité variant de 3° à 5° par abaissement du maximum et relèvement du minimum. De là, une conséquence : les gelées tardives
sont moins fréquentes et moins rigoureuses dans le voisi-
(1) Huffel. Économie forestière. — Fron. Foréts, pâturages et prés-bois. — De Kirwan. Rôle des forêts sur les sources et sur les pluies (Cosmos, 11 janvier 1908). — Clerget. Le problème de l’eau et le reboisement. Revue économique internationale, 1908. — Defert et Elisée Reclus. Articles de la Revue du Touring-Club.
nage de la forêt qu’en rase campagne. M. Muttich, professeur à l’école forestière d’'Eberswald a fait à ce sujet des expériences concluantes.
Cette action des forêts sur la température se fait-elle sentir autour d'elle et a-t-elle une influence sur le climat général de la région? On peut l’affirmer. M. Woœæikoff établit qu'à une même altitude et sur le même degré parallèle, la température moyenne en juillet est de 22° à 23° dans les plaines lombardes et hongroises sans forêts, de 23° à 24° dans les steppes russes, alors qu’elle n’est que de 21° 40 ” en Croatie et de 20° en Transylvanie (1).
Il faut attribuer ce phénomène à ce fait que l’écran du feuillage et celui des feuilles mortes empêchentle sol d’absorber la chaleur solaire et de la communiquer à Pair ambiant.
L'humidité relative de l’air est plus grande sous le massif de la forêt qu’en plaine, phénomène qui tient à ce que cet air, avec la même richesse en vapeur est à une température plus basse et par suite plus voisin de son point de saturation. De là cette impression de fraîcheur, que l’on ressent dans la saison chaude en entrant sous bois ; de là aussi des rosées beaucoup plus fréquentes qui conserveat la fraicheur aux pelouses voisines.
On a constaté également qu'il pleut davantage en forêt qu’en plein champ. Ceci a été établi d’une manière indiscutable grâce aux observations recueillies par M. le professeur Mathieu de 1867 à 1899 dans la forêt de la Haye (7,000 hectares) près de Nancy.
Il plaça trois pluviomètres, l’un en pleine forêt, l'autre en
lisière, le troisième dans une région purement agricole. Il
(1) Huffel. Économie forestière.
constata alors que la moyenne annuelle d’eau tombée était de 650%/%6 en plaine, alors qu’elle s'élevait à 796m/"8 en lisière et à 848 "/"7 en forêt.
Lorsqu'il tombe sous bois un mètre cube d’eau, il n’en tombe que 0,760 en plein champ. Des observations plus récentes faites en Prusse, où l’on établit cent ving-deux stations de pluviomètres, en Suisse, en Russie près d’'Ekaterinaslow ont donné lieu aux mêmes conclusions. Il pleut plus en forêl qu’en terrain découvert, et la différence est d'autant plus grande que l’année est plus pluvieuse et que le massif forestier est plus élevé (4).
On a constaté également que la pluviosité s'accroît à mesure que l’on reboise. Dans la région de Lunenbourg (Hanovre), le taux de boisement était en 1877 de 3 pour 100; il tombait 64/5 de pluie pour 100 en prenant pour base de comparaison les résultats obtenus à l’observatoire de Brême ; en 1890 le taux de boisement s’étant élevé de 80 pour 100, il tombe alors 101%/"6 pour 100 d’eau.
En outre les arbres régularisent le régime des pluies ; les chutes d’eau sont plus fréquentes, moins abondantes et plus régulières.
On à même attribué aux forêts le pouvoir d’empêcher la grêle ; le fait est que dans certaines régions, où ce fléau était inconnu, on a vu parfois les récoltes ravagées après le déboisement des régions supérieures. M. Rincker conclut de certaines observations faites en Suisse que jamais un orage ayant passé sur une montagne couverte de sapins ne produit de grêle. Des constatations analogues ont été faites à Nancy, mais des observations entièrement pro-
bantes manquent encore.
(1) Huffel. Economie forestière.
La forèt exerce une influence bienfaisante sur les régions qui l’avoisinent, en modérant l’action des vents violents, ainsi que celle des vents persistants, secs, ou fortement desséchants.
D’après les constatations de M. Murat, directeur de l’Inslitut météorologique de Roumanie faites dans une région très ventée, une forêt de 70 hectares modère la violence
du vent jusqu’à 100 mètres (1).