LA FORÊT ET LES SOURCES
L’eau condensée dans les nuages tombe sur le sol ; là une partie, lorsqu'il y a une pente, s’écoule immédiatement par ruissellement, une autre va nourrir les plantes, le reste s’infiltre dans le sol pour former les nappes souterraines qui donnent naissance aux sources et forment les rivières.
La situation est différente en montagne et en plaine ; dans le premier cas le ruissellement est capital; en plaine au contraire l’eau reste stationnaire, et l’infiltration ne dépend que de la plus ou moins grande perméabilité du sol.
Aussi pour définir l’action des forêts sur l'alimentation des sources et cours d’eau convient-il de faire une distinction.
En montagne et sur les terrains en pente le ruissellement joue un rôle tellement prépondérant que partout où
(1) La Nature, L4 septembre 1907.
(2) Huffel. Economie forestière. — De Kirwan. Rôle des forêts sur les sources et sur les pluies (Cosmos, 11 janvier 1908). — Articles de
M. Henry dans la /èevue des Eaux et Foréts.— Revue du Touring- Club.
il est favorisé par la nature du sol et les allures de la pluie, les sources sont mal alimentées, et les cours d’eau prennent un caractère lorrentiel. L'action de la forêt sur le ruissellement est énorme ; elle arrive à le supprimer à peu près complètement.
Cette action s’exerce par les cimes des arbres qui brisent la vitesse de la pluie ; par les mousses et la couverture morte qui absorbent une grande quantité d’eau, avant de la laisser s’écouler : l’humus peut absorber jusqu’à 538 pour 100 de son poids desséché (M. Henry) (1) ; par les racines qui forment des obstacles multiples à la cireulation rapide des eaux.
Ces racines facilitent également la pénétration à de grandes profondeurs, et lorsqu'elles viennent à disparaître par la pourriture, elles laissent des trous où l’eau pénètre facilement de l’extérieur.
En plaine où l'alimentation de la nappe souterraine dépend uniquement de la perméabilité, la forêt favorise l'infiltration par son sol essentiellement meuble et par les racines des arbres. Pourtant les auteurs ne sont pas d’accord sur le rôle de la forêt en terrain plat. D’après certains elle nuirait à l'alimentation de la nappe souterraine ; ils se basent sur ce fait que le niveau de l’eau est toujours plus bas sous un massif qu’en terrain découvert. Les faits également sont contradictoires : on a vu des sources taries par suite du déboisement et d’autres séchées par le reboisement. +
En résumé, l'influence de la forêt sur les sources en plaine est mal connue, mais celles-ci sont peu nombreuses
(4) Henry. Faculté d’imbibition de la couverture morte. Revue des Eaux et Forêts, 1904.
et de faible débit ; en montagne où elles sont nombreuses et importantes l’état boisé leur est favorable.
D'après M. Henry, pour qu'il y ait source, 1l faut : pente suffisante, pluviosité, surface d’alimentation ; ces deux derniers facteurs dépendent de la forêt.
Le sol forestier constitue un filtre qui assainit les sources. M. Maréchal, professeur à l'Université de Besançon, après avoir analysé de nombreuses eaux de provenances diverses à établi que tandis que les sources dont le bassin d’alimentation est jalonné d’entonnoirs cultivés renferment le bacille de la fièvre typhoide à l’état virulent, celles dont le bassin est boisé, dépourvu d’habitation et non cultivé ne renferment que des bacilles ayant
perdu leurs qualités pathogènes.