‹ La question hongroiseChapitre 3 sur 6 · NAPOLÉON I" ADRESSAIT AUX HONGROIS · texte numérisé non relu

NAPOLÉON I" ADRESSAIT AUX HONGROIS

DE SCHCENBRUNN, au mois de mai 1809.

Comme tout ce que Napoléon T' a fait et a dit, doit vivement intéresser tous les bons Français, je saisis cette occasion pour remettre de nouveau en lumière la célèbre proclamation, oubliée depuis, qu'il adressa à la Hongrie, il y a déjà cinquante ans. La voici :

« HoNG&ois !

« L'empereur d'Autriche, infidèle à ses traités, méconnaissant la générosité dont j'ai usé envers lui, après Irois guerres consécutives, et notamment après celle de 1805, a attaqué mes armées. J'ai repoussé cette injuste agression. Le Dieu qui donne la victoire et qui punit l'ingrat et le parjure, a été favorable à mes armes. Je suis eutré dans la capitale de l'Autriche, et je me trouve sur vos frontières.

C'est l'empereur d'Autriche, et non le roi de Hongrie, qui m'a déclaré la guerre. Par vos cons-

autre Napoléon leur adressait une pareille pro* clamatioUy cette fois ils se soulèveraient tous, sans f3xeeption.

Quelle grandiose perspective s'ouvre ici à ua grand homme d'État français, qui porte au loip ses regards d'aigle !

Dans la grande route par laquelle il peut dominer dans toute la partie méridionale de FEurope jui^'à Constantinople, il ne manque que ce vaste espace qu'on appelle la Hongrie. La France a déjà, en principe, émancipé l'Italie, c'est elle aussi qui a rendu, de fait, la liberté aux Principautés Danubiennes. Voilà la raison pour laquelle c'est la France seule qui a aujourd'hui de l'autorité et de l'influence morales dans ces deux contrées. Mais pour aller de l'Italie aux Principautés Danubiennes, il faut traverser toute la Hongrie. Eh bien, si l'on rendait à ce pays le même service politique, ce qui pourrait se faire avec moins de sacrifices, car la Hongrie, avec ses 15,500,000 habitants, a plutôt besoin d'un appui moral que d'une aide matérielle : la puissance morale de la France ressemblerait alors à un fil électrique qui, commençant à Paris, irait sans interruption à travers ritedie, la Hongrie, les Principautés Danubiennes jusqu'à Constantinople, c'est-àrdire jusqu'en Orient, où doit se décider le sort du monde.

En effet, nous voyons par l'histoire que ht France, dans le long cours des siècles, a toujours eu une grande mission d'intérêt universel à remplir. Alors même que, comme nation, elle

n'était pa3 libre dans un sens absolu, la Providence, la plaçait dans une foji;e main, ccanme c'est le cas aujourd'hui, s'en servait comme d'un glorieux instrument pour changer la face de TEOTope, La France a été également grande par ce qu'elle a détruit, comme par ce qu'elle a bâti; tantôt elle a déraciné les vieux préjugés qui enchaînaient la vie et le libre développement de toute la société hiunaine, tantôt elle a proclamé une idée nouvelle qui, comme un phare, projetait sa brillante lumière sur tout l'avenir. C'est ainsi qu'elle a vaincu le système féodal du moyen âge, d'abord en établissant la monarchie absolue^ ensuite en proclamant, lors de la grande révolution, l'égalité civile et politique ; c'est ainsi qu'elle a détruit le vieil empire germanique, dit romain, qui, par ses décombres, obstruant le chemin du progrès, ne demandait plus que le coup de grâce.

Mais si, parmi les peuples de l'Europe, la mission particulière des Français est d'exécuter des pensées historiques, qui font des époques et qui sont devenues des nécessités inévitables, oserionsnous porter un jugement définitif sur la grande politique de Napoléon III, agissant au nom de la France, avant qu'il ait accompli son œuvre? L'époque actuelle ne serait-elle pas pour la France une de celles où une nation doit s'effacer personnellement pendant quelque temps, pour remplir le grand rôle qui lui est assigné dans l'histoire générale de l'humanité ?

En tout cas, si nous ne savons pas deviner ce que l'avenir mystérieux nous voile encore, avouons franchement que jusqu'ici l'Empereur des Français a rempli chaque page de son programme inconnu, par des faits et des événements d'une telle portée que, s'il continue ainsi, les penseurs patients peuvent s'attendre à voir changer entièrement la face de l'Europe.

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