‹ La question italienne en 1859Chapitre 10 sur 18 · XIII. — CONCLUSION · texte numérisé non relu

XIII. — CONCLUSION

Des divers chefs que nous venons d'énumérer, quatre appartiennent à M. de la Guéronnière; les autres viennent d'ailleurs. Dans les écrits et les disccours publiés sur la question italienne, nous ne trouvons rien de plus , si ce n'est la fameuse confédération des États italiens , placée sous la présidence du Pape dépouillé de ses propres Etats. Quelles ne seraient pas l'indépendance et la souveraine intluence d'un Pape à la tète de quatre ou cinq gouvernements italiens, tous aussi respectueux et aussi dévoués à la Papauté que l'est aujourd'hui le Piémont ! Ni hs conseils de la France, ni le livre conciliant de fianalli (2) ne persuaderont à ce dernier gouvernement de changer sa

(i) Voyez le paragraphe de TAppeûdice intitulé les Exilés et les Émigrés, (2) Le livre intitulé del Riordinamento detV Italia , considerazioni di Ferdinando Ranaili (Fireoze, 1S59), nous a paru le plus moral de tous les écrits

ligne de conduite. Laissant done ce beau projet aux hypocrites et aux badauds, nous disons que les seules réformes demandées pour les États Bomains sont celles que nous venons de faire connaître. Nous avons démontré qu'elles sont déjà réalisées , qu'elles le sont pleinementy de la manière la plus large et la plus loyale. Encore une fois j nous demandons quel nom on peut donner à celui qui ^ dans son ignorance réelle ou simulée» s^en yient les proposer comme choses entièrement nouTelles et d'une efficacité souveraine?

Nous nous étonnons que Tauteur de la brochure n'ait pas demandé que le Saint-Père daignât faire un voyage dans ses États , afin que le monde soit témoin de l'antagonisme irréconciliable qui sépare le Pape des peuples confiés à sa sollicitude par la Providence. Si Ton avait demandé cela, nous aurions pu répondre, comme pour tout le reste : C'est chose faite, et elle a eu un résultat. Le mouvement des peuples fut tel dans ces mémorables circonstances, leurs témoignages de vénération et d'amour si éclatants, leur reconnaissance si expressive , que nous ne connaissons dans les temps modernes aucun prince qui ait étéVobjetde semblables manifestations. Pendant trois mois entiers le Pape s'est trouvé chaque jour au milieu des populations, le plus souvent avec un cortège peu nombreux , presque toujours sans aucune troupe pour lui servir d'escorte , et ceux qui Tentouraient n'avaient d'autre préoccupation que de retenir l'ardeur pleine d'amour avec laquelle la multitude se pressait autour de sa personne sacrée , comme autrefois les foules autour du Christ.

Et dans ce concours de ses sujets, si grand qu'on peut dire sans exa-gération qu'il les a tous vus et que tous l'ont vu, pas un geste, pas une parole, pas une syllabe qui pût faire supposer dans Ito cœurs le moindre mécontentement contre le souverain ou contre son gouvernement. Nous avons eu ces faits sous les yeux, et Ton veut que nous acceptions les allégations de la tribune britannique et d*une foule d'écrivains étrangers, anonymes où obscurs, qui viennent nous dire que le peuple, dans les États Romain.^ , gémit sous l'oppression, qu'il est animé des

publiés sur cette question, et il est digne de la droiture connue de Fauteur. Mais il nous semble que, s'il est inofTensif, il est aussi sans conclusion pratique possible, et nous croyons que Tauteur s*y montre beaucoup plus littérateur quliomme politique (Note de la CivHtà,)

sentiments les plus hostiles, et qu'il se porterait à des extrémités désespérées si les armes étrangères ne le contenaient ! C'est Téternelle histoire de la tyrannie de quelques-uns, se moquant de la foule qu'ils oppriment. Les démonstrations des populations ne prouvent rien, et deux douzaines d'avocats mécréants, de médecins sans clients, de nobles sans quartiers ou sans cervelle , sont pour nos censeurs le peuple, la nation, toute chose ; si bien qu'à leur avis il faut sacrifier le peuple, la nation, toute chose, aux utopies fanatiques et aux ambitions impuissantes de ces gens-là.

Nous ne savons quel effet peuvent avoir les discours prononcés à la tribune britannique et les extravagances de la presse française : tout se bornera probablement à des paroles ; mais s'il est écrit dans les desseins de la Providence que la monomaoie de Tindépendance italienne doit de nouveau susciter des guerres fratricides^ que la démocratie, se mêlant encore à la lutte, doit la rendre plus ardente, afin d'en recueillir le fruit (1) ; s'il est écrit que TËglise doit subir de nouveaux outragée dans la personne de son Chef suprême, et que de nouvelles attaques doivent être dirigées contre ses droits, nous trouverons notre force dans la pierre inébranlable sur laquelle est fondée TÉglise et dans le sentiment du devoir accompli ; car c'était notre devoir d'arracher son masque à l'hypocrisie, autant, du moins, que cela dépendait de nous, afin qu'elle ne puisse pas se vanter d'avoir, sans être démasquée, attaqué ce qu'il y a de plus sacré et de plus vénérable sur la terre, la lumière. de la vérité et le droit du faible.

(1) Mazzmi, dans son nun^ro du i*"^ février (Pensi^o ed^ûone)^ enjoint à ses afOdés de prendre vigoureusement parti dans la guerre, bien qu'elle soit royale, mais en se réservant de régler les comptes après la victoire. I^es coups de feu dirigés contre Charles- Albert à Milan disent assez quels hommes peut fournir rassociation dont Mazzini est le chef. (Note de la Civiltà.)

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