I. — RAISON DE S'JEH OCCUPER
Entre les graves appréhensions de guerres probables et de perturbâtions publiques qui ont commencé à émouvoir l'Europe dès les premiers jours de cette année ^ ritalie^ nous le savions , devait être comptée pour quelque chose. Mais que Fou en fût venu à faire de la puissance temporelle du Pontife le nœud principal de la difGculté qui constitue un commun péril ; qu*il. ffûlle voir là désormais la pomme de discorde et dire que notre malheureux pays est cause, par ses agitations perpétuelles, ou plutôt par $es aspirations. incessaQtes et stériles y que le monde ne peut rest;er, en paix p qu'il est exposé à un bouleversement universel, c'est là ce que nos lecteurs, assurément, n^auraient jamais supposé ; et encore bien qu'q^ leur qualité d'Italiens, dont ils s'honorent sans trop de prétentions et d'emphase, ils doivent savoir quelque chose de leurs propres affaires , ils ne laisseront pas que d'être fort étonnés de la nouvelle qu'ils reçoivent de nous les premiers. Et cependant, au delà des Alpes et de la mer, on n'en fait . nul doute; la tiibuue d*Angleterrç , tout aussi bien que la presse . française, 1 ont déclaré très-nettement depuis quelques jours. Au^si ^
ces quelques millions d'Italiens , qui , sans s'estimer trop heureux de
leurs gouvernements, savent cependant s'en contenter el ne leur demandent autre chose que de les faire jouir du premier des biens qu'ils puissent donner, c'est-ù-dirc de lu paix au dehors et de ta tranquillité au dedans, cesquelques millions d'honnêtes gens doivent demenrerstui:éfaits et tomber des nues en apprenant que l'on s'apprête à mettre le uioiidc sen.s dessus ilessous pour combler des vœux qu'ils ne connaî»- Kent pt'ut-ùtre pas, qu'à coup sûr ils ne forment pas, et qu'ils seraient désoles de voir par malbeur satisfaits chez un fort petit nombre d'individus , qui s'y laissent aller comme à une sorte d'ivresse et de folie.
Si la chose pouvait rester snr le terrain de la seule politique , la CiviUà callùïim ne croirait pas qu'il lui appartint de s'en occuper ; mais quelle est la question politique qui , par un càtiî ou par un uuti'C, ne louclie à la morale? Quel est le point de vue moral qui ne puisse et parfois ne doive être une règle de jngement pour un écrivain calholique ? Et, par-dessus tout, comment la Question italienne pourrait-dle être indinërcntc à l'Église catholique et à nous, étant liée aussi intimement qu'elle l'est À l'indépeadance fiohtique du Chef suprême de ri'glise et à sa souveraineté temporelle? Ajoutons que sons CL'ttc dénomination insidieuse les haines anticatlioliqnes se cachent uvec d'autant plu^ d'effervescence et de succès qu'elles paraissent moins, cl l'on comprendra que ce ne serait pour nous ni le moment ni le lieu de garder le silence, i^ moins de déserter lùchement el de trahir la glorieuse b.1nmêre qui se déploie sur nous. Nous avons d'ailleurs à ri^pondre à la juste attente de notre pulilic; nous hésiterons d'autant moins à mettre sous ses yeux les accusations et les projets dans toute leur étendue que nous sommes plus sûrs de nos preuves ; nos réponses seront en effet asseï catégoriques pour dissiper toute ignorance volontaire et pour ne laisser subsister une opinion différente que chez les hommes qui ont d'avance un parti pris. Puisse ce travail servir à désillusionner bien des gens ! Eh quoi ! la Qutttion itaUmtir, qui , débattue en 1848 sur les places publiques et sur les champs de hatniltc, a donuc carrière à tant d'iniquités, tant d'ambitions et tant de ruines, cette même question , relevée par les discusla presse en 1859 , comme si elle devait fatalement être dehors des voies régulières, a présenté aussitôt des faits
telleaient défigurés, des droits si complètement méconnus et des piretentions tellement exorbitantes, qu'il suffirait de Tignorer pour être exposé à jeter les autres dans Terreur ou à les y entretenir. Aussi crojons-nous extrêmement utile à. nous et à tous les hommes de bonne foi de contribuer autant que possible à bannir sur ce point toute espèce d'ignorance. Et que l'on ne ^'imagine pas que cette question se renferme dans des limites trop étroites ; elle nous semble , à nous, présenter le plus ample aspect, puisqu'elle se rattache à la paix de l'Europe et à l'intérêt le plus élevé peut-être que l'Église catboli* que ait sur la terre. D'autres articles pourront montrer la même question sous d'autres points de Tue*