‹ La question italienne en 1859Chapitre 4 sur 18 · III. — FAITS SUPPOSlâs AEtATTVEMEltT AU GOUVERlfEMENT · texte numérisé non relu

III. — FAITS SUPPOSlâs AEtATTVEMEltT AU GOUVERlfEMENT

PORTIFIGAL.

Le fait capital que Ton croit pouvoir alléguer en cette matière , domme s'il était d'une évidence incontestable, est que , dans les États

Pontificaux, le gouvernement clérical, des institutions surannées qui ne répondent plus aux besoins nouveaux d'une civilisation toujours progressive, le désordre de Fadministration, et cent autres raisons pareilles , ont établi un antagonisme incessant entre les gouvernants et les gouvernés ; c'est que , pour maintenir un ordre tel quel dans ce gouvernement décrépit et sans consistance (nous employons l'expresirion fort peu délicate de l'homme d'État anglais), il n'y a de possible' que la force; et il se trouve, en outre, que, vu la faiblesse du gouvernement lui-même, cette force doit être étrangère(I), témoin les forcés autrichiennes à Bologne et les troupes françaises à Borne. Or ce n'est pas là une situation durable pour l'Europe, et moins encore pour ritalie et pour les États Pontificaux. Si ceux-ci ne peuvent se suffire à eux-mêmes, c est une preuve évidente qulls n'ont pas les conditions nécessaires pour constituer l'être politique ; et c'est pour leur donner ces conditions que nous voyons à l'œuvre la tribune de Westminster

(1) But the présence of those armies (française et autrichienne) is for the

parpose, by their joint action, of maintaining a décrépit ahd inconsistent Government. Telles sont lei paroles de M. Pisraéli.

et la presse parisienne. Si Ton ajoute qu'étant chef de l'Église le Souverain Pontife ne peut donner son concours à la cause de l'indépen* dance italienne , comme il pourrait et devrait le donner en sa qualité de prince italien, on se convaincra que c'est tout particulièrement de Borne que vient la cause de tout le malaise de l'Italie et le plus grand danger qui menace la paix du monde.

11 est vrai que, jusqu'à présent, on avait cru reconnaître que la puissance temporelle des Papes était la condition la plus sûre de la paix universelle; et cela n'a peut-être jamais été mieux senti qu'à l'époque si orageuse de 48 et 49. Or voyez quels progrès nous avons faits : dix années ont suffi pour nous amener à cette étrange découverte que , si la puissance temporelle du Pontife romain n'est pas par elle-même un péril imminent pour l'Europe, elle en est un tout au moins pour les institutions administratives dont elle s'entoure. Et il est si vrai que le vice réside dans les institutions que, pour ce qui est de la personne auguste du Prince providentiellement dépositaire de ce pouvoir temporel , les écrivains et les orateurs qui ont traité de la question italienne n'ont pu trouver assez d'éloges pour exalter son mérite. Quant au personnel même des ecclésiastiques appelés à prendre part au gouvernement , pas un mot ne s'est fait entendre pour mettre en doute soit leur droiture, soit leur capacité. Que si l'on veut attribuer ce silence à la politesse innée chez les Français, on ne pourra du moins se dispenser de le trouver très-significatif de la part des Anglais. Voyez donc quelle influence fatale s'attache à ces institutions, que , même sous la main vénérée de Pie IX et confiées à des ecclésiastiques tout à fait irrépréhensibles, elles n'en réduisent pas moins les peuples à un état violent et voisin du désespoir ; tellement que, si ce n'était la présence des bataillons français et autrichiens , il n'est rien que l'on ne fit pour se débarrasser d'un tel joug ! De là le droit qu'a l'Europe de modifier ces institutions; de là, par conséquent, les projets de modification à introduire. Sur ce point les deux orateurs anglais s'accordent complètement avec les écrivains français , quoiqu'ils diffèrent tout à fait quant à là question de nationalité en face de la domination étrangère : ici leur langage devient vraiment conforme à la justice. Mais tout, en définitive, repose sur une supposition radicalement fausse , et c'est ce que nous allons démontrer. Quand il sera

devenu évident que le besoin d^une armée, et d'une armée étrangère, ne prouve rien contre le Gouvernement, il n'y aura plus Heu de parler des droits que l'on iuvoque et des remèdes que Ton prétend devoir appliquer.

IV. — LE B£80I1T d'une FORGE ARMEE If£ PROX]V£ RIEH COKTRE LE

GOUVEBlTEMEirr.

T^e gouvernement pontifical serait-il, par hasard, le seul au monde qui eût besoin d'armes et de soldats pour empêcher les séditions et les révoltes? On peut dire, au contraire, qu'il a été le dernier à faire rexpcrience de ce nouveau besoiq de notre civilisation perfectionnée. Jusque dans ces dernières années , en dehors de ce petit nombre d'hommes qui sont plutôt des agents de justice que des soldats, la force militiire ne se composait que d'un faible corps de troupes destinées plutôt à rehansser l'éclat des fêtes qu'à comprimer des manifestations, hostiles. Quel besoin avait-on , à Rome et dans les États Romains, de bataillons, d'escadrons et d'artillerie? Le peuple était contenu par sa conscience; les malfaiteurs, heureusement très-rares, Tétaient par la crainte des familles auxquelles ils étaient tentés de s' attaquer; on était plus tranquille et l'on payait moins. Mais, dès que le démon des révolutions eut été déchaîné sur le monde (on sait par où il a commencé !); dès que les idées nouvelles, s'infiltrant dans toutes les classes de la société, eurent changé la législation et altéré jusqu'aux habitudes de la vie domestique , aussitôt une force armée imposante devint une des conditions indispensables de la tranquillité publique dans les grands centres de population. Le besoin de soldats ne constitue donc pas une situation exceptionnelle pour Rome ; s'il y a une différence sous ce rapport entre cette ville et les autres capitales, elle est toute en ce que Rome a éprouvé ce besoin plus tard que toutes les autres, qu'elle Ta éprouvé et l'éprouve encore d'une manière moins sensible. Si Ton a égard à sa population de 190,000 habitants , auxquels se joint un grand nombre d'étrangers , qui s'élève quelquefois jusqu'à 30,000 , on verra qu'il ne lui faut guère que le tiers de ce qui est nécessaire à d'autres ; et enfin ce n'est pas elle qui a fait naître et entretenu ce besoin. A coup sûr, si l'on éloi-

gnait de Paris les 80,000 hommes de troupes qui s'y trou veut d'oiv dinaire et qui font respecter Tordre, ce ne seraient pas les Allemands que Ton y verrait entrer le lendemain, comme la brochure le dit de Bome pour le cas où le corps d'occupation viendrait à se retirer , mais ce serait la Révolution qui envahirait bientôt la capitale de la France et la mettrait aux mains des socialistes. Tout le monde est d'accord là-dessus. Et cependant nous n'allons pas en conclure que la France soit mal gouvernée. De quel droit donc viendrait-on tirer cette conséquence contre uç gouvernement qui est exposé à un péril bien moins grand et moins certain?

11 est bien vrai que M. de la^Guéronnière distingue en Italie l'élément national de l'élément révolutionnaire, Nous les distinguons également , avec la précaution cependant de ne confondre ni Tun ni l'autre avec la nation. Maintenant , si l'on ne vient pas dire que l'épée de la France est à Bome pour comprimer l'élément national, supposition que n'admettrait pas l'élément national lui-même et que repousserait d'ailleurs la générosité française , il faudra dire que la répression n'atteint que Vêlement révolutionnaire. Mais en quoi cet élément se lie-t-il à des institutions trop peu de notre âge et au prétendu mécontentement des citoyens ? Croirait-on à la possibilité d'établir des institutions tellement parfaites et de procurer une satisfaction tellement générale qu'il n'y eût plus aucun prétexte à une faction incorrigible qui a juré haine au bien et considère la tranquillité publique comme un malheur pour elle ? Il y a d'ailleurs, pour les États Bomains, une raison particulière et péren^ptoire qui les signale à la secte révolutionnaire comme le point où il lui importe de concentrer ses forces et ses moyens d'action , ainsi qu'elle Va fait depuis un certain nombre d'années : c'est qu'elle est bien persuadée que^ ce pivot de la société moderne une fois ébranlé et détruit, tout le reste tombera bientôt sans effort Aussi, loin de nous étonner d'y voir des éléments de trouble et d'agitation , nous avons bien plutôt lieu d'admirer qu'en quarante-quatre ans les soldats étrangers aient à peine paru une fois à Bome , et deux ou trois fois seulement dans les provinces, sans qu'il en faille aujourd'hui beaucoup pour garder deux villes et deux ports ; car, pour ce qui est des Bomagnes, M. de Mazade s'est trompé en croyant y voir des Allemands. Sur trois fois

as

qae de mémoire d'homme les Souverains Pontifes ont été obligés de quitter leurs Ét^ts, une seule fois la cause en est venue d*une révolution qui, après tout, était italienne, et non pas romaine ; dans les deux autreis circonstances les populations n'ont pris de part à ce qui se passait que pour déplorer les attentats sacrilèges et protester par tous les moyens de leur dévouement et de leur fidélité à leur chef légitime.

Mais, quoi qu'il en soit du passé, admettons encore que, s'il n'y avait une force toute prête à la comprimer, la révolution éclaterait dans les États Bomains; un Français, moins que tout autre, aurait droit dé s*en étonner, après avoir vu, en un demi-siècle presque, sa patrie passer trois fois sous des dynasties différentes et traverser une douzaine de révolutions où le sang n'a pas été épargné. Qui peut douter d'ailleurs de la perfection de cette administration française que Ton voudrait imposer aux autres comme un obstacle aux révolutions? Et avec tout cela, quand on entend le chef lui-même de Tempire français, dans son discours d'ouverture de la session , le 7 février dernier, parler de la France comme « d'une société bouleversée par tant de révolutions, « il devrait être permis de ne pas avoir une excessive confiance dans cette administration si parfaite.

Si donc Bome pouvait changer de dyaasUe ou subir d'uue manière quelque peu stable le joug d'une révolution, il faudrait se consoler de ce scandale en disant qu'il est arrivé là une fois lEin un demi-siècle ce qui se passe dix fois ailleurs dans le même espace de temps. Hais comme la puissance pontificale est telle que l'inlérêt du monde entier exige qu'elle soit conservée à tout prix^ comment s'étonner que la Providence se soit servie des armes catholiques pour la rétablir et pour en assurer l'exercice ? Les puissances qpi ont ainsi soutenu la Papauté en ont elles-mêmes retiré quelque gloire ; mais nous ne voyons -pas qu'il soit bien généreux à celui qui prèle son appui de rappeler si souvent la faiblesse de celui qui la reçoit, surtout quand ceux qui remplissent ce rôle de. défenseurs ont encore plus besoin de se défendre eux-mêmes, et quand il n'y a en définitive contre tous que cette seule différence que les uns, étant depuis bien plus long* temps exposés au même péril et plus habitués à le combattre , se trouvent avoir entre ks mains plus de moyens de le conjurer. Il n'en

reste pas moins évident que le besoin d*une force armée est loin de prouver que Ton ait mal gouverné; ou bien il faudra jeter le même blâme sur tous les États de l'Europe moderne , qui tous, sans exception, éprouvent le même besoin.

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