LA PUISSANCE TEMPORELLE DES PAPES
Un autre chef qui fait croire à l'auteur de l'opuscule que la puissance temporelle du Pontife romain constitue une antilogie inconciliable à laquelle il faut apporter remède^ c'est ce que Ton appelle la question nationale^ parce que^ comme souverain, il doit soutenir la cause de l'indépendance, et comme Pontife il doit condamner la guerre faite à l'Autriche. Voilà donc le devoir politique qui est en lutte avec le pouvoir spirituel, et qui place le Chef suprême dans la « redoutable alternative d'immoler le Prince au Pontife ou le Pontife au Prince. » Et cette terrible alternative est tellement vraie pour M. de Mazade que, dans la Revue des Deux-Mondes^ il a vu déjà consommé le sacrifice du Prince au Pontife par le concordat passé entre l'Autriche et le Saint-Siège, la Papauté s'étant faite ainsi « solidaire de la domination étrangère^ en lui abandonnant le droit dHndépendance et reprenant délit en échange les droits de V Église. »
Yoilà^ certes^ de quoi mettre dans l'embarras une quantité de
grands politiques et d'hommes d'État qui ne manqueront pas de se laisser prendre h de tels arguments.
Ce sophisme repose uniquement sur la fausse supposition que le Pontife, comme prince italien, et par cela seul qu'il est prince italien, a droit de £aire la guerre a rAutriche per fas et nefas^ afin de don* uer riudépendance à la nation. Si Ton ne suppose pas ce droit, l'antagonisme prétendu disparait aussitôt. En effet, si ce droit était réel , indubitable, appuyé de cette évidence et de cette gravité qui sont indispensables pour que l'on puisse raisonnablement recourir au ter* rible expédient des armes, qui vous a dit que le prince trouverait dans son caractère de Pontife un obstacle à l'accomplissement de son devoir? Est-ce donc que jamais les Papes, même les plus saints, n'ont fait la guerre? et ne se sont-ils pas mis même à la tête des coalitions offensives contre les véritables barbares qui menaçaient de dominer le monde ? Malheur à l'Europe s'ils ne l'avaient pas fait depuis les premières expéditions des croisades jusqu'à la victoire de Lépante, sous saint Pie V ! Mais, d'un tiutre côté, si ce droit n'existait pas, nous ne voyons pas trop comment ce qui serait interdit par le Pontife pourrait être juste et louable chez le prince. Si donc un acte est réelle^ meut permis ou interdit aux deux caractères du Pontife-Boi, selon que cet acte est conforme ou opposé aux principes de la justice, où vst V antagonisme élabli entre Iq misêion du Chef de l'Église et celle du Prince ? Npus ne voyons là, au contraire, qu'une admirable harmonie, puisque l'un et l'autre doivent nécessairement gouverner en tout et pour tout selon la règle de l'éternelle justice. Le concordat autrichien n*est donc pas un vil trafic de droits, comme se le figure pitoyablement l'auteur de l'article de la Revue; c'est simplement une loyale et généreuse reconnaissance des droits de l'Eglise que fait l'empereur à l'égard des Pontifes, attendu que les Pontifes n'ont jamais méconnu et ne méconnaîtront jamais les droits de l'empereur ni d'aucun autre souverain de la terre.
Nous n'avons nul besoin que M. de la Guéronnière nous rappelle la lettre écrite par Pie IX à l'empereur le 3 mai 1848; nous l'avons présente à l'esprit, et nous nous souvenons aussi qu'elle était toute conlidentielle et accordée à raison de circonstances impérieuses. Mais il devrait bien de son côté se rappeler la courageuse allocution
da 29 avril delà même année. Quand lord Palmerston, en 1848, reniant les traités, soufflait la guerre et la révolte en Italie, et quand ensuite, en 1859, il vient protester h la chambre des Lords qu'il faut à tout prix respecter le droit de rAutriche , fondé sur les traités qui sont la base du droit public européen, nous nous en tenons à la dernière opinion émise par le vieux diplomate, et nous nous félicitons! qu'une étude nouvelle et consciencieuse lui ait fait mieux envisager la question. Mais, quant au Pontife » les deux actes dont nous parlons , la lettre du 3 mai et Tailocution du 29 avril , loin de se contredire, présentent au contraire uneliarmonie où se résume l'ex* pression parfaite des trois caractères les plus augustes qu'il y ait au monde : lu paternité , la royauté et le sacerdoce. Ne trouvez-vous pas que ce soit chose touchante et digne d*un père qui voit ses fils en désaccord d'engager Tainé à céder de son droit pour le bien de la paix, en lui laissant cependant à lui-même à juger s'il peut ou s'il doit faire cet abandon ? Ne trouvez-vous pas qull soit noble de la part d un prince de respecter, pour ainsi dire seul, un droit qui semblait méconnu par lopinion et oublié par ceux qui avaient lu force entre les mains ? Et que pourrait offrir le Pontife suprême de phis agréable à Dieu qu'une couronne, un sceptre et les applaudissements de la terre, pour l'accomplissement d'un devoir sacré ? - *
IX. — DE LA PR¥T£fITION d' ANNULER LE DROIT ECRIT PAR LE DROIT