‹ La question marocaine d'après les documents du livre jauneChapitre 11 sur 19 · CAUSES BT CONDITIONS DE L ACTION FRANÇAISE AU MAROC · texte numérisé non relu

CAUSES BT CONDITIONS DE L ACTION FRANÇAISE AU MAROC

ques de l'Algérie et du Maroc (1), la France était désignée, parmi les autres puissances, pour jouer un rôle prépondérant dans la direction de la politique européenne au Maroc. La crise marocaine et le retentissement de cette crise sur la sécurité et le développement de l'Algérie ont encore accru les légitimes intérêts de la France au Maroc. S'il est vrai en effet, comme cela résulte des faits multiples énumérés ci-dessus, que nos territoires oranais et sahariens restent incessamment exposés aux attentats des tribus marocaines et que l'insécurité de nos confins s'accroît par suite, de Tétat d'anarchie de TEmpire chérifien, malgré Tœuvre organisatrice et pacificatrice que nous poursuivons activement sur nos propres territoires, il est certain par là même que le voisinage du Maroc constitue, tant que dure la crise marocaine, un obstacle primordial à l'organisation définitive de nos colonies de TAfrique du Nord ; que par suite la France, sans aucune pensée d'expansion territoriale au delà de ses frontières de l'Ouest, sans aucune intention de porter atteinte à l'indépendance du Sultan et du Maroc, avait un intérêt vital à poursuivre la solution de la question marocaine. C'est donc à juste titre que nos hommes d'Etat, tout en affirmant vis-à-vis du Maroc une politique de non-intervention (Voir plus loin, chap. II), ont toujours proclamé et revendiqué les

(1) 11 n'est pas inutile de rappeler que le «i droit de contiguïté » {right of eontiguity) a été plus d'une fois invoqué par les puissances civilisées pour justifier leurs expansions coloniales, — notamment par les Etats-Unis dans le Far West (Voir Travers-Tvvriss, The Oregon question — W. Mowry, The territorial growth of the United States),

A plus forte raison le droit de contiguïté justifie-t-il la politique d'influence pacifique que la France a revendiqué de poursuivre au Maroc.

intérêts et les droits supérieurs de la France dans l'Afrique Nord-Occidentale.

Instructions adressées par M. Delcassé à M. Saint- René Taillandier ^ après r ambassade marocaine à Paris, 21 juillet 1901 :

J'ai fait comprendre à Ben-Sliman « quelle est notre force militaire, industrielle, financière, et comment elle est décuplée, au regard du Maroc, par la situation géographique qui fait de cette région une enclave de nos possessions africaines.... x> De « cette situation unique » ... " découlent pour nous des intérêts et des droits hors de pair »...

Doc. n* 21, p. 20.

M. Saint-René Taillandier à M. Delcassé, 19 mai 1903 :

La crise politique de TEmpire chérifien « peut léser et alarmer les diverses puissances dans la proportion où se sont développés au Maroc les intérêts de leurs nationaux; mais il concerne en première ligne et hors de toute proportion la puissance gui a civilisé et qui gouverne le reste de la Berbéne... ».

Doc. n» 72, p. T7.

Rapport de M. Saint-René Taillandier, en ambassade à Fez, à M. Delcassé (18 mars 1905) :

« J*ai montré [au Conseil] que la contiguïté de nos possessions et de l'Empire chérifien nous place vis-à-vis de ce dernier dans une situation unique, à tel point que les puissances plus particulièrement intéressées, après nous, aux affaires du Maroc, nous ont reconnu le droit et par là même imposé le devoir d*y inspirer seules les réformes nécessaires. . .

«... Après avoir insisté sur Tanomalie qu^offre une frontière qui sépare deux régions dont Tune s^organise chaque jour davantage, grâce à nos efforts et à nos sacrifices, tandis que, dans Tautre, s'aggrave un état d*anarchie dommageable pour notre commerce et dangereux pour notre sécurité, j'ai énuméré les attentats qui se multiplient sur nos confins, sans que rien soit fait pour les réparer et en

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prévenir le retour. On devait donc comprendre les impatiences et les exigences de TAlgérie en présence d'une pareille situation... »

Doc. n» 230, p 201.

«... Rien ne peut faire que les i.WO kilomètres de frontière commune que nous avons avec le Maroc ne nous donnent une situation qui nous rend, plus que d'autres, intéressés au maintien de Tordre dans le pays... »

{Entretien de M. Hovvier avec le Prince de Badolin, iO Juin 1905.)

Doc. no 269, p. 232.

Considérations exposées par M. Saint-René Taillandier au ministre chéri fien Ben-Stiman (Juin 1905) :

«... La France, plus que toute autre puissance, souffre de cette situation [La crise marocaine]. Son commerce et celui de T Algérie représentent des intérêts supérieurs à ceux de toute autre Puissance.

< Elle se préoccupe surtout des moyens de ramener au Maroc, avec

la prospérité, Tordre à défaut duquel le voisinage de ce pays est un

danger perpétuel pour l'Algérie... »

Doc. n» 270, Annexe, p. 234.

«... La France s'est bornée à demander qu'on voulût bien reconnaître que sa situation de pays limitrophe du Maroc ^ ayant avec lui une grande étendue de frontières communes, rend légitime le souci particulier qu'elle prend du maintien de Tordre dans l'Empire, de la bonne administration du pays et de sa prospérité... »

[Note de M. Bouvier au Prince de Badolin, 21 juin 1905.)

Doc. n» 272, p. 237.

Déclaration de AL Bouvier à la Chambre des députés, le iO juillet i9Q^:

«... Nous désirions, notamment, acquérir la certitude que le gouvernement impérial [allemand] appréciait comme nous Vintérêt spécial qu'avait la France, en raison de sa situation de pays limitrophe, au maintien de Vordre dans r Empire chéri/ien.,. »

' Doc. no 287, p. 251.

(Voir aussijplus loin (3« Partie) l'accord franco-allemand du 8 juillet 1905, Doc. n» 287, pp. 251-252.)

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