LA GRISE MAROCAINE H
chérifiennes comme à la veille de se dissoudre par suite des déser lions qu*entralae le non-payement de la solde. C'est afin de pouvoir retenir quelques troupes auprès de lui que le Sultan, malgré les effets déjà déplorables de la crise monétaire, a demandé la livraison à crédit de nouvelles quantités de monnaies d'argent. Recourant à un expédient plus dangereux encore, il vient d'envoyer dans tous les ports de TEmpire des fonctionnaires spéciaux ayant pour mission de faire verser des sommes par les gouverneurs des tribus les plus prospères et les moins indociles du littoral. Faute de pouvoir être appuyée par la force, il est vraisemblable que cette tentative n'aboutira qu'à ranimer et à généraliser l'agitation, notamment dans la région qui intéresse le plus directement les étrangers. »
Doc. n« 140, p. 120.
Le contrat d'emprunt (62 millions et demi) est signé à Fez le 12 juin 1904. — Voir plus loin, 2« Partie, chap. III.
Ces rapports concordent avec l'exposé que M. Saint-René Taillandier présentera au Makhzen en 1905 pour justifier le programme économique de la France au Maroc :
«... Actuellement tout concourt à augmenter les difficultés et rinsécurité des opérations commerciales ; mauvaise organisation de l'embarquement et du débarquement des marchandises, absence de moyens de communication sur la côte, insuffisance des installations dans les ports, crise monétaire déterminée par des frappes inconsidérées. De là une situation qui devient chaque jour plus intolérable pour le commerce général et qui motive des doléances de plus en plus pressantes.. . »
Doc. no 270, Annexe, p. 233.
\ s. — Insécarlté des Earopéens an Maroc. — Interventions néeessalreA des pulssanees.
Souveat précaire dans les pays musulmans, la situation des Européens l'est tout spécialement au Maroc, non seulement à raison de Texaltation du sentiment religieux local, mais à cause de Tétat d'inorganisation politique de l'Empire chérifien. Les puissances européennes ont dû maintes fois recourir à des procédés d'intervention coer* citive pour assurer la protection de leurs nationaux on pour obtenir réparation des torts subis par eux. L'insécurité des Européens sur le territoire marocain, notamment dans les ports et à Tanger même» s'est encore accrue pendant ces dernières années, à la faveur des troubles internes du Maroc, et sans doute aussi par suite de l'incertitude de sa situation internationale.
a) Insécurité des Européens au Maroc.
Avril 1901. — Meurtre du Français Pouzet dans les eaux du Gap del Âgua.
Doc. noB 3 et 4, p. 4 (et les documents suivants pour le règlement de l'affaire).
Octobre 1902. — Assassinat de M. Cooper, missionnaire anglais à Fez.
Doc. n* 33, p. 48.
LA CRISE MAROCAINK 13
18 mai 1904, — Enlèvement de MM. Perdicaris, citoyen américain et Varley, sujet britannique, par le brigand Raissouli, dans leur maison de campagne aux abords mêmes de Tanger. Vive émotion dans la colonie étrangère.
Doc. no 160, p. 135.
Après de laborieuses négociations entre la France, le Makbzen et le brigand Raissouli, par l'intermédiaire du chérif d'Ouezzan, et au prix de conditions onéreuses (Voir § 1 , b), les deux prisonniers sont relaxés (24 juin 1903)
Doc. no« 161, 163. 164, 165. 167, 174, pp. 135, 137, 139 et 154.
«... Les tribus sont calmes, mais quand elles auront vu le Sultan subir toutes les exigences de Raissouli, elles apprendront que l'enlèvement d'un Européen est pour elles le plus puissant des moyens de pression. Cette idée vient déjà de se faire jour dans un conciliabule tenu entre plusieurs tribus. »
(M. Saint-Bené Taillandier à M. De/cassé, 2 juin 1904.) Doc. no 165, p. 138.
D'après le rapport du chérif d'Ouezzan Moulay-Ali, € Raissouli s'est montré très irrité d avoir à renoncer aux garanties étrangères qu'il aurait en vue et faute desquelles plusieurs avantages obtenus par lui deviennent illusoires... Raissouli, parlant à Moulay-Ali, a menacé nominativement plusieurs personnes de nationalité anglaise, entre autres le consul d'Angleterre. Moulay-Ali prévoit en outre que le succès de Raissouli lui suscitera des imitateurs. La question de la sécurité à Tanger s'impose donc plus que jamais à l'attention de tous ». (M. Saint-René Taillandier à M. Delcassé, 21 juin 1904.) Doc. no 175, p. 154.
Décembre 1904. — Progrès de l'insécurité dans la campagne de Tanger.
Octobre 4904. — '^ La ville de Larache se trouve menacée par les indigènes du Sahel. Les gens du Sahel tirent des coups de fusil
sur la viUe et sur un bateau de commerce aliemaod mouillé dans le fleuve. Les colons européens de Larache réfugiés à TAgence consulaire de Belgique, qui a paru le lieu le plus sûr, réclament de Taîde ...»
Doc. n« 198, p. 170.
€ Les troubles de Larache ont le même caractère que ceux qui se sont produits, & la faveur d'une anarchie croissante, sur tant de points du pays. C'est une querelle intestine entre deux groupes de populations... »
(A#. Saini'René TaiUandier à M. Delcané, 81 octobre 1904.)
Doc. n» 200, p. 171.
Octobre 1905. — Capture de deux officiers d'un transport anglais échoué à proximité de Geuta par les partisans du chef de bande Yalienle^de la tribu des Andjera, — alors incarcéré à Tanger à la suite des réclamations de PEspagne. L'Espagne consente rechange de Valiente et de deux de ses cousins avec les officiers anglais capturés. Le chéri f d*Ouezzan, protégé de la France, intervient pour présider à réchange des prisonniers.
Doc. Q0« 356, 359, 360, 361, 362, pp. 312, 315-317.
En dehors de la libération immédiate de Valiente et de ses complices, ses partisans ont exigé du chérif d'Ouezzan qu'il s'entremit pour obtenir l'élargissement d'une dizaine d'autres membres de la tribu. Ils ont exigé aussi dix fusils et dix mille cartouches.
« Cette solution,qui encourage tous les attentats et fournit les moyens de les commettre, n'a pas apaisé les alarmes des Européens. »
(itf . de Saint-Aulaire à M, Bouvier, 23 octobre 1905.) Doc. Qo 363, p. 317.