AU MAROC
§ t. — «•Udarlté territoriale de l'Algérie et du Maroe.
La solidarité des territoires algérien et marocain tient :
l^' Aux conditions géographiques et climatologiques de l'Afrique du Nord, naturellement compartimentée en zones parallèles à la mer, si bien que toute frontière politique tracée du littoral vers l'hinterland scindra artificiellement les régions successivement traversées ;
2* A l'existence de tribus nomades adonnées à la vie pastorale, tribus qui ont sans doute leurs territoires de parcours propres, mais des territoires aux limites assez imprécises et assez instables ;
3^ A Texistence de populations guerrières, fanatiques et pillardes,
qui de leurs qçour se lancent en incursions soudaines et lointaines
vers les routes des caravanes et vers les postes européens.
Dans ces conditions, la France a considéré jusqu ici que toute dé-
limitation politique précise et définitive serait factice et illusoire : elle aurait un caractère unilatéral, puisque les populations autochtones répugneraient à respecter la frontière idéale que le gouvernement français s'abstiendrait lui-même de franchir (i).
La solidarité territoriale de TAIgérie et du Maroc est telle que le gouvernement marocain a dû fréquemment solliciter du gouvernement français l'autorisation de faire passer ses contingents militaires par le territoire algérien, par nos ports et nos "voies ferrées, pour tenter de soumettre les tribus des districts frontières, et que des tribus marocaines ont cherché asile en'Algérie.
a) Impossibilité ou inopportunité d'une délimitation territoriale précise.
Instructions adressées par M. Delcassé à M, Saint-René Taillandier^ 21 juillet 1901. — Passages relatifs à l'ambassade marocaine à Paris et aux négociations du protocole du 20 juillet 1901.
Le Makhzen aurait voulu une ligne de démarcation précise au sud de Teniet-es-Sassi. l^e gouvernement français a jugé cette délimitation difficile et inopportune :
c... Il ne pouvait d'ailleurs aucunement me convenir de me départir des principes posés dans le traité de 1845 et de mettre en oubli les diverses raisons, d*ordre géographique et ethnographique, qui nous dissuadent de poursuivre au sud de Teniet-es-Sassi une délimitation proprement dite... La création d'une frontière, au sens précis du mot, accroîtrait probablement la fréquence et sûrement la gravité » des incidents locaux qu'il s'agit de prévenir.
«... Nous avons obtenu [la reconnaissance par le Maroc de notre
(1) Le traité de 1845 motivait assez mal la non-délimitatioa des territoires algériens et marocains au-delà du Teniet-es-Sassi, en déclarant (art. 4) que « dans le Sahara (désert) », — c'est-à-dire plus exactement au sud du Teniet-es-Sassi — t il n y a pas de limite territoriale à établir entre les deux pays, puisque la terre ne se laboure pas... > et qu'au sud des ksour (art. 6) toute délimitation était « superflue » parce que le pays était privé d'eau et inhabitable.
CAUSÉS Et CONDITIONS DE L*ACTION FRANÇAISE AU MAROC 19
installation dans les oasis sahariens]... sans Tacheter par aucun abandon des principes qui nous ont toujours détourné de nous donner dans ces régions une frontière rigide incompatible avec la nature même des lieux et des populations... »
Doc. n* 21, p. 10 et 20.
Voir les dispositions du Protocole du 20 juillet 1901 (art. 4 et 5) (Doc. n« 20, Annexe) pour la solution du problème de la délimitation.
b) Transit des contingents et armements marocains par le territoire algérien,
5 avril iOOÎ. — Le ministre chérifien Ben-SIiman demande à M. Saint-René Taillandier que le nouvel amelde Figuig et sa suite, et d'autre part 310 soldats marocains avec 3 canons, soient admis à s'embarquer pour un port algérien, d'où ils gagneraient Figuig par la voie ferrée.
Doc. no 26, p. 31.
21 juillet i902. — Le gouvernement français autorise Tembar* quement à LArache pour Oran du contingent marocain à destination de Figuig.
Doc. no 29, p. 45.
Juin 1903. — Guebbas, délégué marocain en Algérie, demande que le gouverneur général autorise renvoi à Oudjda des contingents marocains à destination de Figuig et actuellement à Oran. — Autorisation accordée sous réserves.
Doc. n»» 92, 96, 97, 102, pp. 90, 92, 95.
Avril 1903. — Pressé par le Prétendant, l'amel d'Oudjda emprunte le territoire algérien pour regagner Oudjda, avant de demander aux autorités algériennes l'autorisation de se réfugier à Marnia.
Doc. no 69, p. 73.
Juin 1903. — Si Mohammed Torrès, représentant du Sultan à Tanger, demande,'qu'un envoi de 500 fusils, 50.000 cartouches, etc., destiné à la mission marocaine
Rekina, soit accueilli à Nemours. — L'autorisation est donnée sous condition que fusils et munitions ne soient pas distribués à des éléments irréguliers.
Doc. no« 86. 92, 95, 96, 100, pp. 86, 89, 91, 94.
Juin 1903. — Si Mohammed Torrès demande rauiorisaiion de faire passer sur le territoire algérien, pour être embarqués à Nemours à destination de Tanger, les insurgés qui auraient été capturés en territoire marocain.
Réponse de M. Deicassé à M. Saint-René Taillandier, 25 juin 1903 :
c . ..Je verrais des inconvénients au point de vue politique en même temps que des difficultés au point de vue des principes généraux de notre droit public, à laisser supposer aux autorités chérifiennes qu*il leur sera loisible de faire passer sur le territoire oranais, pour les ramener au Maroc, des insurgés capturés sur le territoire marocain ...»
Doc. n« 97, p. 92.
Si Torrès demande également qu'une nouvelle troupe marocaine soit autorisée à gagner Oudjda à travers le territoire algérien, après débarquement à Oran ou Nemours. — Autorisation accordée sous réserves. — Embarquement des troupes marocaines à Tanger, etc.
Doc. n»- 95, 97, 102, 106, 109, liO, pp. 91 à 100.
Septembre 1903. — Le représentant du Sultan de Tanger demande à la légation de France de faciliter le transport de Tanger à Piguig, par Oran, d'un détachement de 100 hommes.
Doc. n» 188, p. 165.
c) L'Algérie^ territoire d'asile pour les contingents et les tribus marocaines.
Avril 1903. — Après les succès du Prétendant, Moulay- Arafa, oncle du sultan, demande Tautorisation de se réfugier sur notre territoire avec sa suite. L'amel d'Oudjda demande aussi à s'installer à Marnia pour y attendre les