‹ La question mexicaine et les intérêts françaisChapitre 7 sur 10 · PREMIÈRE NOTE · texte numérisé non relu

PREMIÈRE NOTE

de IYI. LIND, Agent confidentiel du Gouvernement des Etats-Unis au Mexique.

Instructions. — (Mexico). Appelez très sérieusement l’attention des personnes qui actuellement ont autorité et influence au Mexique sur les conseils et considérations qui suivent :

u Le gouvernement des Etats-Unis considère qu’il ne peut pas rester plus longtemps inactif en présence de ce fait qu’il devient de jour en jour plus évident qu’aucun progrès n’est réalisé dans la tâche assumée d’établir au Mexique un gouvernement fort et respecté.

« Le gouvernement des Etats-Unis ne se trouve pas dans la même situation que les autres pays au sujet de ce qui se passe ou de ce qui se passera probablement au Mexique. Nous offrons nos services, non seulement pour remplir le rôle d’ami, mais aussi parce que les Puissances mondiales attendent de nous que nous agissions ainsi en notre qualité de nation la plus rapprochée du Mexique.

« Nous voulons, dans les circonstances présentes, agir sous l’inspiration de l’amitié la plus vive et la plus désintéressée. Dans cette situation angoissante, nous sommes fermement résolus non seulement à respecter, avec le plus grand scrupule, la souveraineté et l'indépendance du Mexique — les lois de l’honneur et du droit nous y obligent d’ailleurs, — mais encore à prouver par tous les moyens possibles que nos actes ont pour unique mobile l’intérêt du Mexique, et non celui de personnes ou de groupes ayant des intérêts spéciaux dans ce pays et qui se croient le droit d’exiger leur protection. Notre seul objet est de conseiller le Mexique pour son propre bien et dans l’intérêt de la paix ; nous n’avons pas d’autre but. Le gouvernement des Etats- Unis se croirait discrédité s’il nourrissait tout autre dessein,

dans une question où sont en jeu la paix, le 'bonheur et la prospérité de tout un peuple. Il agit non pas dans des vues intéressées et égoïstes, mais1 poussé par son amitié pour le Mexique.

•opositions des Etats-Unis.

« La situation actuelle au Mexique est incompatible avec l'accomplissement de ses obligations internationales, les progrès de sa propre civilisation et l’existence de conditions politiques et économiques tolérables au Centre-Amérique. Ce n’est donc pas une circonstance ordinaire qui pousse les Etats-Unis à offrir leurs conseils et leur aide. L’Amérique tout entière réclame un arrangement.

« Pour arriver à une solution satisfaisante, les conditions suivantes nous semblent requises :

« a) La cessaction immédiate des hostilités sur toute l’étendue du Mexique, un armistice définitif, solennellement concerté et observé scrupuleusement ;

« b) Garantir une prompte et libre élection, à laquelle tout le monde prendra part d’un consentement mutuel ;

« c ) L’engagement, de la part du général Huerta, de ne pas se présenter ^comme candidat aux prochaines élections présidentielles, et,

« d) L’engagement général de se soumettre mutuellement au résultat des élections et de coopérer, avec toute loyauté, à l’organisation et au soutien de la nouvelle administration ;

(( Le gouvernement des Etats-Unis accepterait avec plaisir un rôle quelconque dans cet arrangement ou dans la façon de le mettre à exécution, à condition que cet accord soit fait conformément aux préceptes du Droit international. Le même gouvernement s’engage à reconnaître et à aider, de tous les moyens possibles et convenables, le gouvernement qui sera élu et établi au Mexique de la façon et aux conditions susindiquées.

« Prenant en considération les conditions actuelles, le gouvernement des Etats-Unis ne conçoit pas qu’il y ait des raisons suffisantes, de la part de ceux qui exercent actuellement l’autorité au Mexique, de repousser les services amicaux offerts de cette façon. Le Mexique peut-il donner au monde civilisé une raison satisfaisante pouvant justifier le rejet de nos bons services ? Si le Mexique peut nous indiquer un meilleur moyen de lui témoigner notre amitié, de servir le peuple mexicain et de remplir nos obligations internationales, nous sommes tout disposés à faire bon accueil au moyen proposé.

(Signé) WOODROW WILSON.

RÉPONSE DE M. EEEERICO &AMBOA,

Ministre des Affaires étrangères de la République des Etats-Unis du Mexique.

« Mexico, 16 août 1913. — Monsieur : Le 6 courant et à la suite d’ordres télégraphiques de son gouvernement, le chargé d’affaires des Etats-Unis d’Amérique voulut bien notifier verbalement à M. Manuel Garza. Aldape, faisant fonctions de ministre des affaires étrangères, de votre arrivée prochaine au Mexique, comme porteur d’une mission de paix. Comme il n’y avait alors, pas plus qu’il n’y a maintenant, d’état de guerre entre les Etats-Unis d’Amérique et les Etats-Unis Mexicains, mon gouvernement demeura fort surpris qu’on qualifiât de pacifique la mission dont vous étiez porteur. C’est ce qui explique essentiellement que mon gouvernement crut devoir déclarer, dans sa note sans numéro, du 6 courant, adressée au chargé d’affaires des Etats-Unis, que si vous ne pouviez justifier dûment de votre u caractère officiel », votre séjour ne pouvait nous être agréable, dans le sens diplomatique attaché à ce mot.

« Heureusement, dès la première entrevue que j’eus le plaisir d’avoir avec vous, votre caractère d’agent confidentiel fut amplement établi, puisque la lettre que vous me montrâtes, bien qu’impersonnellement adressée, portait la signature, digne de tout notre respect, du Président des Etats-Unis d’Amérique.

(( Il n’y a pas lieu, M. l’Agent confidentiel, de rappeler ici toute notre première conversation ; je me permettrai cependant de déclarer que je trouvai en vous un esprit éclairé et désireux de faire cesser la tension existant entre votre gouvernement et le mien, au moyen d’une solution prompte, en même temps que satisfaisante pour tous.

« Dans notre seconde entrevue, de même que dans la précédente, tenue à mon domicile privé la nuit du 14 courant, vous voulûtes bien, après un long et loyal échange d’idées sur les situations de nos deux gouvernements respectifs, qui n’aboutit à aucun accord, me faire remise du pli contenant vos instructions et portant également la signature de M. le Président des Etats-Unis d’Amérique. C’est â ces instructions que je vais avoir l’honneur de répondre

en détail, dûment autorisé par le Président de la République mexicaine, d’accord avec tous les membres de son cabinet.

gouvernement du général Huerta est accepté par le pays.

« Le gouvernement américain a pris en considération les conseils et les observations des Etats-Unis, pour trois raisons principales : premièrement, parce que, comme il a été dit plus haut* la personnalité de son Excellence M. Woodrow Wilson est digne de tout son respect ; deuxièmement, parce que plusieurs gouvernements européens et américains, avec lesquels le Mexique entretient d’amicales relations, ont bien voulu, de la façon la plus délicate et la plus respectueuse — ce dont le Mexique est profondément reconnaissant, — interposer leurs bons offices pour que le gouvernement mexicain vous reçût comme porteur d’un message privé du Président des Etats-Unis ; et, troisièmement, parce que le gouvernement mexicain était désireux, non pas de justifier l’attitude qu’il a assumée dans les circonstances actuelles auprès des habitants de la République qui, dans leur majorité, et dans des manifestations aussi importantes qu’ordonnées, lui ont témoigné leur adhésion, mais parce que la justice de sa cause éclate à tous les yeux et partout.

« Elle n’est pas exacte l’imputation formulée dans le premier paragraphe, d’après laquelle les efforts ont échoué jusqu’à aujourd’hui pour établir dans la capitale du Mexique, un gouvernement obéi et respecté par la nation mexicaine. Contre une imputation lancée sans preuve aucune, j’ai la satisfaction d’opposer, M'. l’agent confidentiel, les faits suivants, numériquement éloquents et qui frapperont vos yeux. La République est formée de vingt-sept Etats, trois Territoires et un District Fédéral, où réside le Pouvoir Suprême de la République. Sur ces vingt-sept Etats, dixhuit d’entre eux, les trois Territoires et le District Fédéral (ce qui constitue vingt-deux unités), se trouvent sous le domaine absolu du gouvernement actuel, qui dispose, en outre, de la presque totalité des ports et, par conséquent, des douanes y établies. La frontière méridionale du Mexique est fibre et en paix. Il faut ajouter à cela que mon gouvernement dispose d’un effectif de 80,000 hommes sous les armes, qui n’ont d’autre mission que d’affermir la paix de la République, seule aspiration nationale, que le président actuel a pris rengagement solennel d’imposer au pays. On ne peut donc mettre en doute que mon gouvernement ait droit- au respect et à l’obéissance de la nation mexi-

caine, car il a su les gagner au prix des plus grands sacrifices et malgré les influences les plus nuisibles.

« Mon gouvernement n’a pas compris ce que celui des Etats-Unis a voulu dire en affirmant qu’il ne se trouve pas dans le même cas que les autres Puissances mondiales au sujet de ce qui se passe actuellement et se passera probablement au Mexique. La situation dans laquelle se trouve ce pays n’est malheureusement un secret pour personne : il est déchiré par une lutte intestine de près de trois ans et que je me permettrai de qualifier ici de foncièrement injustifiée. Quant à ce qui peut survenir au Mexique, ni vous, Monsieur l’Agent Confidentiel, ni personne ne peut le prédire, puisque « on ne peut qualifier un fait qui n’a pas eu lieu ». Du reste, mon gouvernement est reconnaissant des bons offices de celui des Etats-Unis d’Amérique dans ces circonstances ; il reconnaît qu’ils sont inspirés du noble désir de remplir un rôle amical, comme c’est également le désir de tous les gouvernements de voir les Etats-Unis se comporter comme l’ami le plus voisin du Mexique. Mais, si ces bons offices doivent être de la nature de ceux qu’on nous offre aujourd’hui, nous devrons les refuser de la façon la plus catégorique et définitive.

Ce que les Etats-Unis pourraient faire au nom de l’amitié désintéressée.

« Puisque les Etats-Unis veulent nous témoigner l’amitié la plus désintéressée, aucune occasion ne sera plus favorable que celle qui se présente. Il leur suffirait d’empêcher tout appui matériel et moral prêté aux rebelles qui se réfugient et s’approvisionnent d’armes, de munitions et de vivres au delà de la frontière ; et d’exiger de leurs autorités inférieures et locales la plus stricte observation des lois de neutralité, pour que la complète pacification du pays soit, Monsieur l’Agent Confidentiel, l’œuvre d’une durée relativement courte.

La souveraineté du Mexique.

Je passerai sous silence votre allusion relative à la ferme résolution des Etats-Unis de scrupuleusement respecter la souveraineté et l’indépendance du Mexique, car, Monsieur l’Agent Confidentiel, il y a des choses qui, sur le terrain de l’idée pure, n’admettent pas de réponse par écrit.

Le Mexique tient ses engagements.

et Son Excellence M. Wilson a commis aussi une grave erreur en déclarant que la situation actuelle au Mexique est

incompatible avec l’exécution des obligations internationales, avec le développement de sa propre civilisation et le maintien, exigé, de certaines conditions politiques et économiques tolérables en Amérique Centrale. Je crois en effet qu’il y a erreur, car, jusqu’à présent, il n’a été reçu aucune réclamation d’un gouvernement étranger nous accusant d’avoir manqué à nos engagements. Nous continuons de payer ponctuellement tous nos créanciers ; nous continuons d’avoir des missions diplomatiques, qui sont cordialement traitées, dans tous les pays du monde, et nous continuons d’étre invités à nous faire représenter à toutes sortes de congrès et conférences internationales. Quant à notre développement intérieur, il suffit d’une seule preuve : en vertu d’un contrat qui vient d’être signé avec des capitalistes belges, le réseau ferré du Mexique va s’augmenter de 5,000 kilomètres. Enfin, nous ne parvenons pas à nous rendre compte des mauvais résultats — nuisibles seulement pour nous-mêmes — que notre état de guerre intestine peut avoir pour l’Amérique Centrale. Où je suis d’accord avec vous, Monsieur l’Agent Confidentiel, c’est sur le fait que toute l’Amerique aspire au prompt règlement de nos troubles ; car c’est un sentiment très naturel que de s’affliger en voyant un pays hier prospère en proie subitement à de grandes calamités intérieures.

n ne peut négocier avec des bandits.

« En conséquence, le Mexique ne peut un seul instant prendre en considération les quatre conditions que Son Excellence M. Wilson veut bien lui proposer par votre respectable entremise. Voici pourquoi :

(( \ — XJne cessation immédiate de la lutte au Mexique, un armistice définitif « solennellement conclu et observé scrupuleusement » n’est pas possible, car il faudrait pour cela qu’il se trouvât quelqu’un capable de les proposer, sans outrager d’une façon flagrante la civilisation, aux nombreux bandits qui, s’affublant de tel ou tel prétexte, maraudent dans le sud et y commettent les déprédations les plus inqualifiables. Je ne connais aucun pays, y compris les Etats- Unis, qui se soit jamais abaissé à entrer en arrangements ou à proposer des armistices à des individus qui, peut-être par suite d’un accident physiologique, se placent, sous toutes les latitudes, hors des lois divines et humaines. Les bandits, Monsieur l’Agent Confidentiel, ne s’amnistient pas. On commence par essayer de les corriger et si, par malheur , on ne peut y parvenir, on les extermine, dans le but biologique et fondamental de faire croître et fructifier les épis utiles.

Les rebelles ont refusé le bénéfice de la loi d’amnistie.

« A l’égard des révolutionnaires qui se qualifient eux-mêmes de « constitutionnalistes » et dont un représentant quelconque a été entendu par les membres du Sénat des Etats-Unis, nous ne demanderions certes pas mieux que de les voir convaincus du grave péril où nous entraîne leur passion de vaincus, réagir et abandonner leurs rancunes pour venir joindre leurs efforts aux nôtres, afin d’entreprendre ensemble la tâche énorme, formidable, de reconstruction nationale... Par malheur, ils refusèrent de profiter de la loi d’amnistie promulguée par le gouvernement intérimaire au lendemain de son arrivée au pouvoir. Bien plus : des révolutionnaires avérés, qui exerçaient dans la République des fonctions électives ou y jouissaient d’emplois rémunérés, ont abandonné le pays sans que personne ne les inquiétât, bien que le gouvernement fût certain que plusieurs d’entre eux iraient travailler contre lui à l’étranger, à la tâche ingrate de mettre en lumière les misères et les défauts qui nous affligent, comme cela arrive à tout groupement humain.

<( Si nous concertions avec eux rarmistice indiqué, nous reconnaîtrions ipso facto leur belligérance, et cela ne peut être pour une foule de raisons qui ne doivent pas échapper à la clairvoyance du gouvernement des Etats-Unis d’Amérique, lequel, jusqu’à présent, de même que le nôtre, ne les a considérés, au moins publiquement, que comme des rebelles. Et c’est une doctrine admise que l’on ne concerte pas d’armistice avec des rebelles.

Aveu de la légalité du Gouvernement mexicain.

« L’assurance que l’on demande à mon gouvernement de convoquer promptement à de prochaines et libres élections est la preuve la plus éloquente et l’aveu le plus évident que le Gouvernement des Etats-Unis d’Amérique le considère comme légalement et solidement constitué et exerçant comme tous les gouvernements les actes nécessaires au bon fonctionnement civique des nations souveraines. Comme, d’autre part, nos lois exigent une telle assurance, il n’est pas à craindre qu’il y soit fait infraction dans la lutte électorale qui s’approche, lutte destinée à ce que l’actuel gouvernement intérimaire cède, par essence, le pas au gouvernement définitif élu par la nation.

« Il ne doit donc être tenu aucun compte de la demande faite au général Victoriano Huerta de s’engager à ne pas être candidat à ces élections ; en outre de ce que cette demande a de singulier et d’attentatoire, elle risque d’être interprétée comme un acte d’hostilité individuelle. C’est à

l'opinion publique manifestée dans les comioes qu’il revient de résoudre ce point.

« Quant à rengagement de tous les partis de se soumettre par avance aux résultats de l’élection et de coopérer de la façon la plus loyale à soutenir et à organiser l’administration nouvelle, il est à supposer et à désirer que, bien que tacitement, tous les partis politiques en lutte le prennent, renseignés qu’ils sont maintenant sur ce que cet état de guerre intestine représente de pertes d’existences et de ruines financières. Mais il serait téméraire de donner aucune affirmation à ce sujet, même dans les pays les plus expérimentés en civisme, car personne ne peut prévoir les erreurs et les excès auxquels peuvent se livrer les hommes emportés par les. passions politiques.

s gouvernement du général Huerta est inattaquable en

ce qui concerne sa légalité.

« D’avance, nous sommes très reconnaissants aux Etats- Unis d’Amérique de s’engager, dès aujourd’hui, à reconnaître et à aider la future administration que les Mexicains éliront pour régir nos destinées. Par contre, nous regrettons beaucoup la tension des relations qui nous sépare actuellement de votre pays, — tension qui s’est produite sans que le Mexique en ait fourni le moindre prétexte. Le gouvernement de M, le général Huerta est inattaquable en ce qui concerne sa légalité. En effet, selon l’article 85 de notre Constitution Politique : « Si, au commencement d’une période constitutionnelle, ni le Président, ni le vice- Président élu ne se présentaient, ou si l’élection n était pas faite et proclamée le 1er décembre, le Président sortant n’en cessera pas moins d’exercer ses fonctions. Le Secrétaire des Affaires Etrangères assumera immédiatement le Pouvoir Exécutif en qualité de président intérimaire.^ A son défaut ou en cas d’empêchement, la Présidence intérimaire sera confiée à l’un des autres ministres, suivant

I l’ordre légal qui en établit le nombre. Il sera procédé de la môme manière lorsque , en cas de défaut absolu ou temporaire du Président, le vice-Président ayant été autorisé à abandonner ses fonctions, s’il les exerçait, ne se présentait pas et si , dans le cours de sa période , les deux fonctionnaires venaient à faire absolument défaut. » Or, les faits se passèrent comme suit : démission du Président et du Vice-Président constitutionnels, MM. Francisco I. Madero et José Maria Pino Suarez ; une fois ces démissions acceptées, M. Pedro Lascurain, Ministre des Affaires Etrangères, prit charge, en vertu de la Loi , du Pouvoir Exécutif qui était vacant et, dans l’exercice de ses facultés, nomma le général

Victoriano Huerta, Ministre de l’Intérieur. Comme M. Lascurain démissionna peu après et que la Chambre accepta également sa démission, le général Victoriano Huerta, également en vertu de la Loi , se chargea du Pouvoir Exécutif, avec le caractère d’intérimaire et avec l’obligation constitutionnelle, qu’il a déjà remplie, de convoquer à des élections extraordinaires. Comme on le voit, il ne s’agit exclusivement ici que d’un point de Droit Constitutionnel, dans lequel aucune nation étrangère, si respectable et si puissante soit-elle, n’a le droit d’intervenir, si peu que ce soit.

La situation diplomatique créée par les Etats-Unis est aussi anormale qu’injustifiée.

« Au reste, mon gouvernement considère qu’il ne s’agit pas, dans ce cas, de la reconnaissance du gouvernement du général Huerta de la part des Etats-Unis d’Amérique, car les choses qui existent d’elles-mêmes ne sont et ne peuvent être susceptibles de reconnaissance. Il s’agit uniquement d’une suspension de relations — suspension aussi anormale qu’injustifiée ; anormale parce que l’ambassadeur des Etats-Unis d’Amérique, dans l’exercice de ses hautes fonctions diplomatiques et en sa qualité de doyen du Corps diplomatique étranger accrédité auprès du gouvernement de la République, félicita M. le général Huerta de son avènement au pouvoir, assista à ses actes officiels, tels que l’ouverture du Congrès, continua de correspondre avec ce Ministère au moyen de notes protocolaires et, à son départ, accrédita, comme Chargé d’Affaires par intérim, le premier secrétaire de l’ambassade des Etats-Unis d’Amérique, qui continue parmi nous le libre exercice de ses fonctions. La suspension est immotivée parce que, je le répète, nous n’y avons pas fourni le moindre prétexte.

<t Monsieur l’agent confidentiel peut croire que c’est uniquement à cause de la sincère estime que le peuple et le gouvernement du Mexique éprouvent pour le peuple et gouvernement des Etats-Unis d’Amérique, et à cause de la considération qu’il professe pour toutes les nations amies (spécialement, dans ce cas, à l’égard de celles qui ont bien voulu offrir leurs bons offices) que mon gouvernement a consenti à prendre en considération et à répondre le plus brièvement que l’affaire le permet, aux demandes dont vous êtes porteur. Autrement, et vu leur caractère impératif et anormal, à peine tolérable dans un traité de paix qu’impose un vainqueur, il les aurait repoussées sans examen, comme l’aurait fait toute nation qui se respecte. Et mon gouvernement, confiant en la justice de sa cause, justice évidente dès qu’on l’examine avec sérénité et lar-

geur de vue, est persuadé que le Président actuel des Etats- Unis d’Amérique, — dont la rectitude et le sens moral sont absolument hors de cause, — renoncera à ses exigences et fera tous ses efforts pour faire renouer, sur des bases plus solides encore, les relations de sincère amitié et de bonne intelligence que nous imposent pour des siècles notre voisinage géographique — voisinage auquel il est impossible de renoncer, lors même que nous le voudrions les uns ou les autres — ainsi que notre intérêt mutuel et notre tâche proportionnelle dans la cause commune de la prospérité, du bien-être et de la civilisation, tâche dans laquelle, je me plais à le reconnaître, vous avez sur nous une avance enviable.

« Heureusement, la partie finale des instructions de M. le Président Wilson, que je me permets de reproduire ici, est ainsi conçue : « Si le Mexique peut indiquer quelque « moyen meilleur de lui démontrer notre amitié, qui puisse (( être utile au peuple mexicain et qui soit compatible avec « nos obligations internationales, nous sommes plus que « désireux de l’examiner. » Cette conclusion, dis-je, m’amène à proposer l’ arrangement suivant, également honorable pour les deux pays :

« I. Que notre ambassadeur soit agréé à Washington.

« II. Que les Etats-Unis d’Amérique nous envoient un nouvel ambassadeur, sans conditions préalables.

es Etats-Unis et le Mexique sont sur le pied d’une entière égalité devant le Droit et la Justice.

« Et de cette façon, cette situation menaçante et angoissante aura heureusement pris fin. Il ne sera plus question des causes qui, si la tension persistait, pourraient nous conduire à je ne sais quelles extrémités dont les conséquences seraient incalculables pour deux peuples ayant l’inévitable obligation de continuer d’être amis, pourvu que cette amitié repose toujours sur le respect mutuel, indispensable entre deux nations souveraines, qui sont sur un pied d’une entière égalité devant le Droit et la Justice.

[ « Il ne me reste plus, Monsieur l’Agent Confidentiel, qu’à

vous renouveler l’assurance de ma parfaite considération.

(( Le ministre des Affaires Etrangères de la République, Federico Gamboa.

« A M. John Lind, agent confidentiel du Président des Etats-Unis d’Amérique. »

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