‹ La Question Minière à Madagascar: Depuis la ConquêteChapitre 22 sur 32 · SES CAUSES. —— SES EFFETS · texte numérisé non relu

SES CAUSES. —— SES EFFETS

Get arrêté du 3 juin 1905, qui ne devait pas être longtemps en vigueur, est très intéressant à étudier, d’abord parce qu'il fut promulgué dans une période mouvementée de l'industrie minière à Madagascar, puis, parce qu'il renfermait une législation malheureuse, bien différente de celle établie jusque-là, et qui, par sa sévérilé excessive, élait amenée à disparaître fatalement, à moins que l’extraction de l'or ne vint prendre dans la grande île un prodigieux développement. Il fut élaboré peu après l’affolement qui se produisit sur le marché de Lyon relativement aux valeurs du Syndicat Lyonnais et s'explique un peu par le grand espoir qu’avaient conçu à ce moment de puissants financiers dans l'avenir aurifère prochain de notre colonie,

La Bourse de Lyon revoyait en avril 1905 des jours presque aussi spéculatifs que ceux qui précédèrent

Trésoret IL

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le krac de l’Union Générale ; ils étaient dûs à la découverte d’un filon d’or dans la région de Beforona, à proximité de la voie ferrée et à quelques kilomètres de Fanaovana. Ce filon était situé sur les gisements du Syndicat Lyonnais de Madagascar, qui comprenait 42 concessions. Les prospections faites laissaient évaluer à 92 millions sa valeur, et comme on setrouvaiten présence de quartziles mélangées de sulfures d'or, minerais fréquents dans l'ile, on en concluait avec un emballement exagéré que la plupart des quarlzites étaient aurifères. Les actions du Syndicat émises à 200 francs au nombre de 2.200 montèrent par sauts brusques de 1.000 francs jusqu’à 11.900 et la Société d’Anasaha, filiale du Syndicat, dont les actions avaient été émises à 20fr. atteignit le cours de 1.450 francs.

Dans les milieux d’affaires sérieux, on voyait avec appréhension la spéculation se porter sur ces valeurs, car la hausse des titres ne reposait guère que sur des données très vagues: les agents malgaches de M. Boussand, directeur du syndicat, peu compétents en matière de mines d'or, avaient écril qu'ils venaient de découvrir un filon extrêmement riche dans les terres d’Anasaha ; on télégraphia aussitôt de le faire reconnaître, et M. Lacroix,contrôleur des mines, délégué par le général Galliéni pour en faire l'étude, en évalua l'or à 28 millions. On ne possédait pas de renseignements plus précis. .

Le mouvement s’accentuait dans les premiers jours de mai et l’agence Fournier annonçait que plusieurs financiers anglais étaient à Lyon pour s'entendre avec le syndicat dans le but d'introduire sur le marché de Londres les actions des mines de Madagascar. Dans l'île également, l’affolement avait eu sa répercussion: une telle découverte avait allumé la convoitise de tous ; les grands commerçants décidaient de joindre à leurs opérations commerciales une branche d’affaires qui leur laissait entrevoir de brillants bénéfices ; des agents de change de Lyon et Paris offraient même des capitaux à de petits groupes, comme celui de MM. Pochard, Bell et Villedieu, pour mettre leur entreprise en société.

Les belles espérances fondées sur les concessions du Syndicat Lyonnais ne devaient pas tarder à être déçues. La cote de la Bourse et de la Banque annonçait le 29 janvier 1906 que le dernier rapport de l'ingénieur, M. Chabert, ne constatait aucune amélioration dans la teneur du filon et que l'allure des travaux faisait même craindre sa disparition: le 14 mars 1900,la Cote Européenne nous informait que le Conseil de l’'Anasaha et du syndicat avait décidé la suspension des travaux de recherches, dont les résultats étaient insignifants, pour ne s'occuper que des alluvions, dont l'exploitation élait en pro-

gression.

Il était trop tard et lé gouvernement de la métropole, qui jugeait la législation minière trop clémente pour la recherché et l'exploitation dés métaux précieux, profita des récentes découvertes pouf abroger brusquement le décret de 190%: La décision prise paf le ministre des Cvlonies le 28 mai et câblée immédiatement à M. Lepreux, gouverneur intérimaire de l’île, avait un double objet : empêcher l’afflux des prospecteurs d'or, qui déjà s'étaient abattus sur Madagascar, vers des régions où la tranquillité n’était pas encore rétablie et où l’on signalait précisément l'existence de gisements aurifères ; sauvegarder d’autre part vis-à vis de ces mêmes prospecteurs les droits de l'État et de la colonie, que ne réservait pas suffisamment le décret de 1902 sur le régime minier. On interdisait ainsi jusqu'à nouvel ordre aux particuliers toute prospection des mines d’or. Seules pouvaient exploiter, les sociétés déjà pouvues d’une concession régulière, à la condition qu'elles limitassent leurs recherches aux terrains concédés. On crut même que le gouvernement transformerait en service de l'État l’exploitation des mines, le régime de la propriété du sol dans les colonies, lui permettant de revendiquer les richesses minières qui y sont découvertes.

Un tel arrêté violant d’une façon aussi manifeste les intérêts du plus grand nombre des colons devait

soulever les plus vives protestations. L'Écho de

Madagascar publia un appel aux colons (1) et dans son numéro du 6 juin commentait avec la dernière violence une mesure aussi arbitraire : « Le ministre disait-il, informe la colonie qu’il prépare ou fait préparer un décret modifiant la loi minière en ce qui touche principalement l'étendue des périmètres de recherches et les droits soit à la sortie, soit pour la pose des signaux ; prenant ainsi tout à coup Madagascar pour le Pérou, le ministre désire que l’on ramène, comme en ce pays, les périmètres à la grandeur d’un mouchoir de poche et qu’on fasse payer le

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