‹ La Question Minière à Madagascar: Depuis la ConquêteChapitre 7 sur 32 · CRÉÉES POUR L'EXTRACTION DE L'OR · texte numérisé non relu

CRÉÉES POUR L'EXTRACTION DE L'OR

Compagnie occidentale de Madagascar — Les premiers colons se firent céder par le gouvernement d'immenses concessions de terrains pour l’exploitation des alluvions aurifères soupçonnées dans la plupart des vallées que nous venons de détailler. La Compagnie Occidentale de Madagascar n’est que la continuation de l’ancienne « Compagnie Coloniale et des Mines d’or de Suberbieville ». L'histoire de cette grande Société, dont l’origine est antérieure à la conquête, a été mouvementée (1). Elle embrassait un immense ensemble d’affaires : exploitations agricoles, élevage, usines de toutes espèces, lransports tluviaux et terrestres, recherches minières dont

la direction très difficile en pays nouveau ne pouvait

1. Voir : 1° Le décret du 28 mars 1809 portant concession de terres et de mines à la Compagnie Coloniale et des mines d’or de Suberbieville et de la côte ouest de Madagascar ;

2° Le cahier des charges de cette concession;

3 Le rapport du 22 mai 1904 présenté par le ministre des Colonies au Président de la République ;

4 Le décret du 22 mai 1904 portant concession de terres en toute propriété à la Compagnie Occidentale ;

5° La cahier des charges de cette concession.

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être convenablement assurée. Des dissensions intérieures rendirent impossible l'accord qui eût été nécessaire pour aboutir à des résultats pratiques et l'exploitation des gisements aurifères fut notamment négligée. Après bien des incidents, elle est entrée dans une voie où elle parait devoir trouver une meilleure utilisation de ses forces ; son objectif sera moins vaste, mais plus proportionné à ses moyens et se résumera surtout dans l'extraction de l'or, que renfermeraient abondamment les milliers d'hectares de sa concession.

En 1904, la Compagnie obtenait du gouvernement une modification de son contrat : elle acquérait la propriété pleine et entière de 100.000 hectares de terres délimitées depuis, et la prolongation jusqu’au 17 janvier 1919 du privilège d'exploitation des mines alluvionnaires dans toute l’étendue de son ancienne concession qui représentait une superficie de 1.500.000 hectares. Elle était exonérée en outre jusqu’à cette date, de toute taxe minière à la surface et de l’impôt ad valorem sur la production des mines jusqu’au 1* janvier 1910.

En dehors de la valeur même de la concession dont 400.000 hectares seraient aurifères, ces avantages donnaient à la Compagnie Occidentale une valeur remarquable dont elle aurait dû savoir profiter.

De l'avis de tous, cette concession à peine effleurée paraît très riche, autant par ses alluvions que par

—"hh4 — ses quartz et conglomérats aurifères qui seraient supérieurs aux meilleurs terrains similaires du Rand sud-africain.

Déjà, la Compagnie a porté son effort sur l’exploitation des alluvions; elle occupe plus de 3.000 travailleurs effectifs sur les divers centres d'extraction. Chaque travailleur effectif — l’homme accompagné de sa femme et souvent d’un enfant — produit en moyenne 1 gramme d’or par jour et les prospecteurs, malgré le peu de moyens dont ils disposent, ont découvert l’étendue de plusieurs filons dont le plus riche aurait une teneur de 60 grammes à la tonne.

La production mensuelle d’or qui était en 1905 de 19.865 grammes, a passé à 23.395 en 1906 et 26.083 en 1907. Elle a atteint 30.000 grammes dans les premiers mois de l’année 1908 et se maintient depuis à peu près à ce chiffre. Le progrès constaté ne devrait pas s’arrêter là, si le gouvernement réprimait avec sévérité le vol, qui aurait enlevé plus de la moitié de la production au dire de M. Peffau-Garavini,ingénieur autorisé envoyé par la Compagnie pour l’étude approfondie des gisements découverts dans la concession. D'autre part, la réouverture de la route de l’ouest, qui traverse les terrains de la Compagnie et à laquelle d'importants crédits ont été affectés, devrait aider à la reprise de la société; enfin, le détournement projeté de l'Ikopa, autorisé par un arrêté du 1° juin 1908 et qui coûterait, dit-on, 3 mil-

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lions de francs, mettrait à nu un magnifique champ aurifère susceptible à lui seul de relever pour longtemps le crédit de cette ancienne entreprise,Malheureusement les concours financiers font défaut pour réaliser un programme de cette importance, et la Compagnie, malgré la dernière réorganisation de son capital, se voit arrêtée dans son développement par le manque de disponibilités.

MM. Mortages et Grignon. — En 1906,ces colons prospectaient avec 5 Antaimoros et 20 Hovas ; leur production s'élevait en août à 401 grammes d’or, septembre 2.503 grammes et octobre 3.458. Cette progression constante dans la récolte des premiers mois laissail entrevoir le succès; toutes les prévisions restèrent en dessous de la réalité. La production atteignait 823 kilogs au 17 février 1908. Rare au début, la main-d'œuvre devint abondante dès août 1905. Des bandes de 2 à 300 Antaimoros arrivaient constamment du sud et grossissaient le nombre des 2 à 3.000 indigènes réunis autour des piquets pour se faire embaucher. Dans toute la province de Diégo, les orpailleurs se rendaient à Antakoto,et des domestiques malgaches depuis cinq et dix ans au service des mêmes personnes, les quittaient pour aller extraire l’or des placers Grignon. Les travailleurs embauchés sont répartis par groupes de 3 ou 4: l'un attaque le sol à l’aide de pioches et de barres à mine. Un second accroupi par derrière

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tire les cailloux, qu’il porte à sa bouche pour les nettoyer et qu'il recueille dans son vêtement s'il aperçoit un point d’or ; les autres transportent les pierres près de l’eau; là, elles sont broyées à l’aide de marteaux et soigneusement lavées. Une infime partie du terrain est livrée à l’exploitation. L'or recueilli, autrefois porté à dos de bourjanes par des sentiersde brousse sous la surveillance de 1 ou 2 Européens ou de 2 ou 3 Sénégalais armés, est dirigé aujourd'hui sur Diégo par une route construite aux frais de MY. Mortages et Grignon ; le coulage causé par les vols répétés des Asiatiques, qui s’en débarrassaient très facilement en le vendant dans la colonie même, a de ce fait considérablement diminué. L'’installation des procédés industriels pour l'extraction du minerai laissait entrevoir des résultats plus intéressants encore dans cetie riche contrée, mais depuis la cession par MM. Mortages et Grignon de leurs droits à un groupe d'actionnaires, la société nouvelle parait moins heureuse que les premiers prospecteurs et la production aurifère a baissé dans des proportions inquiétantes.

Syndicat lyonnais de Madagascar. — Ce sydicat sur lequel les incidents de 1905 ont attiré l’attention par la hausse exceptionnelle de ses actions nominales de 100 francs, — elles ont valu en effet 12.000 et plus, - fut constitué comme société d'études par des personnalités notables de Lyon. Celles-ci

obtirent des concessions alluvionnaires dont l’exploitation assez fructueuse a permis la répartition de dividendes, qui ont atteint 40, bo et 95 francs.

Société d’Anasaha.-— Le Syndicat iyonnais a créé une filiale, la société des Gisements aurifères d’Anasaha, à qui il céda d’abord une concession de 2.000 hectares, puis d’autres propriétés moyennant Pattribution au syndicat de 5o o/o des bénéfiices à réaliser. On y découvrit un filon (1), que l’on croit prouvé sur plus de 5 kilomètres, avec une épaisseur de 10 à 14 mètres. S'il n’était possible de l’exploiter qu'en surface, on estimerait déjà sa valeur à 25 ou 30 millions.

Syndicat Franco-Hova. —. Sa formation remonte au 16 mai 1905. Il fat crée pour la recherche des

1. Les premiers indices de l'existence, dans la région de Beforona, d’un filon aurifèré, furent constatés par M. Mœæurs, du groupe Mœurs, Boussand e! Gindre.

La société d’Anasaha se trouvait au 27 août 1905 possesseur dans la région de Beforona, à droite et à gauche de la route, de 87 piquets d’une superficie de 12 kilomètres 1/2 chaque. La concession va jusqu'à la voie du chemin de fer le long de la Vohitra.

Les recherches entreprises pour déterminer la situation du filon ayant abouti grâce au concours de M. Panier, les premières analyses furent commencées. Malheureusement, on perdait de temps en temps trace du filon pour le retrouver parallèment, mais à des intervalles souvent très longs. On creusa des galeries dont quelques unes atteignent 42 mètres de profondeur.

Le filon est de quartz pyriteux interrompu de temps à autre par du gneiss faiblement aurifère. L'exploitation est grandement facilitée par la proximité de la côte et de la route, également par le climat, qui est relativement salubre dans cette région.

minerais aurifères, diamantifères, des pierres précieuses et autres pierres, l'obtention de concessions, leur exploitation directe ou en participation. Grâce à la parfaite connaissance du pays, que possédaient ses prospecteurs, il a pu se réserver plusieurs concessions, en acquérir d’autres, dont certaines furent mises aussitôt en exploitation.

Par un contrat passé avec la Compagnie Occidentale, le Syndicat Franco-Hova a un droit de prospection sur tous les terrains de cette Compagnie, et obtient 25 0/0 des bénéfices sur toutes les découvertes alluvionnaires failes par son personnel dans la concession de celle-ci. Dans le cas où il exploite un filon, il lui verse le 1/4 de ses bénéfices ou 50 0/0 si elle participe de moitié aux frais d’études et de mise à jour. Par contre, sile filon était reconnu par elle, il a droit à 25 0/0 des bénéfices.

C’est une véritable association pour la découverte de l'or sur les 1.500.000 hectares concédés à la Compagnie Occidentale de Madagascar.

Ce contrat est avantageux aux deux parties, car il donne au syndicat un immense champ d’exploration et d'exploitation sans qu'il ait à redouter la concurrence, et active pour la Compagnie Occidentale la mise eu valeur de ses terrains aurifères. Elle n’a pas besoin par suite d'engager de nouveaux capitaux pour la prospection de ses terrains.

Compagnie Coloniale. — Société des Mines d’or de

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Soavinarivo. — La Compagnie Coloniale semble porter de plus en plus son activité vers l’exploitaüon aurifère, comme l'indique la création d’une filiale « La Société des Mines d’or de Soavinarivo », qui a pour objet la reconnaissance (1) en profondeur d'un gisement découvert sur ses périmètres ainsi que la détermination précise de sa valeur et des conditions de sa mise en exploitation.

Les résultats obtenus par ces Syndicats et les Compagnies financières qui, dès 1896, envoyèrent des ingénieurs et des prospecteurs pour étudier sur place les terrains réputés alluvionnaires, étaient de nature à encourager l'esprit d'aventure chez les colons. Parmi les régions les plus explorées, nous pouvons citer celles de l’Imamo, Mandridrano, entre Arivonimamo et Miarinarivo, de Sahaomby, du Fandravazana, au sud-ouest de Tananarive, de la Haute Sisaony, de Tsinjoarivo, de Mandona-Sahanivotry,

1. La reconnaissance en profondeur doit être réalisée par le fonçage de 2 puits, l’un à grande section pouvant servir ultérieurement de puits d'extraction, l'autre de section moindre destiné surtout à l’aérage, tous deux pouvant être poussés jusqu’à 65 mètres et reliés de 20 mètres en 20 mètres par une galerie en direction dans le gisement.

Pour l’exécution de ce programme, il a fallu recruter le personnel technique et faire l'achat du matériel nécessaire, puis aux installations de surface ajouter le chantier d’abatage en forêts pour l’approvisionnement des bois nécessaires aux travaux.

Au 31 décembre 1906, la société possédait déjà 31 périmètres enregistrés et 28 signaux en cours d'études. Sa production dépassait légèrement ses frais d’extraction.

= 6 = de la Haute-Mania, et au sud-ouest d’Ambositra, d’Ivodirandrana-Tsinjavina. Mais les efforts se sont portés surtout vers la découverte de filons dont l'exploitation méthodique et sûre déterminerait dans l'ile un mouvement interessant d'affaires nouvelles.

Il nous est malheureusement impossible de passer en revue les progrès effectués chaque jour, grâce à l'initiative privée. Nous mentionnerons cependant les gisements pleins d’avenir de :

MM. Hanning (Tsaramiadana) ; Gueit (Andranofito) ; Sescau (Mahabé et Bélanantanana) ; Lecomite (Fianarantsoa); Talbot et Bourgoin (Vahinambo-Antanifotsy) ; Ralph (Beando); Lautier (Sahafa) ; Pochard, Bell et Villedieu (Antsofimbato) ; Heil (Ambaravarambato) ; De la Roche (Manandriana).

Cetje énumération limitative nous est nécessaire, car dans l’éiude que nous ferons ultérieurement du boom malgache de 1905, nous retrouverons certains de ces prospecteurs et particulièrement M. Lecomte, qui ont cherché à constituer de vastes sociétés par l’apport de leurs piquets aurifères à de riches syndicats attirés dans l'ile par ia spéculation.

Il est donc indéniable aujourd’hui que l’or existe à

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Madagascar soit en masses alluvionnaires, soit en masses filoniennes. L’exportation de ce métal a subi une augmentation très appréciable : de 79 kilos en 1597, elle passait en 1904 à 2.084 kilos produits par 88 exploitations diverses, dont la plus favorisée a déclaré 353 kilos. Nous nous arrêtons à dessein sur cette statistique de 1904,car l'arrêté du 23 juin 1905 et le décret de novembre de cette même année, ont bouleversé la production et ne permettent pas d’attacher une très grande importance aux statistiques établies jusqu’en 1907. À partir de cette date, la production s’est sensiblement accrue, ainsi qu’en font foi les chiffres d’exportation, qui ont été de 3.160 kilos en 1908, 3.645 en 1909, 3.006 en 1910, 2.902 En I9II.

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