‹ La Question Monétaire en Indo-ChineChapitre 19 sur 80 · Schrœder. Etudes numismatiques, p · texte numérisé non relu

Schrœder. Etudes numismatiques, p

Il est évident que le chiffre des billets en circulation en Indo-Chine à une certaine date n’est pas égal au total des billets émis jusqu’à cette date; l’usure seule oblige la Banque à en retirer un assez grand nombre. Aussi le tableau précédent ne donne à ce point de vue que des renseignements approximatifs. Mais il reste très précieux pour déterminer le sens des variations de la circulation fiduciaire. Son intensité va chaque année en augmentant, puisque les quantités émises sont chaque année plus considérables, et qu’elles s'ajoutent à un stock toujours grossissant. Aussi l’on peut en déduire que la monnaie de papier prend comme monnaie réelle une importance toujours croissante.

En résumé il est difficile d'apprécier le rôle quantitatif des diverses monnaies de l’Indo-Chine dans la circulation. Cependant les éléments principaux

AUDE Le

paraissent être actuellement : les sapèques indigènes de zinc, et les piastres françaises et leurs subdivisions. À côté la piastre mexicaine, les british dollars et même, sans doute, les sapèques de cuivre françaises tendent à disparaître.; les sapèques de cuivre et les monnaies d’argent indigènes ont presque disparu. Au contraire, la circulation fiduciaire se développe, et la sapèque de zinc française semble appelée à jouer un rôle considérable.

Nous avons déjà remarqué avec M. Arnauné que « le système monétaire indigène est d’une grande perfection théorique ». C’est ici le lieu d'indiquer quels sont ses inconvénients et ses avantages pratiques. Les autres monnaies réelles ne présentent à ce sujet aucune particularité intéressante. Nous nous bornerons d’ailleurs à quelques observations, parce, que nous aurons souvent occasion de revenir sur ce sujet. Ainsi que nous venons de le voir, les sapèques les plus répandues sont de zinc fondu ; elles ont l’épaisseur d’une pièce de o fr. 5o et sont percées au milieu d’un trou carré de 4 millimètres de côté. Leur premier défaut, c’est d’être très cassantes, « on peut les casser sous la pression du pouce sans être doué d’une force exceptionnelle ». De plus, les liens qui les unissent, sont également très fragiles; quand ils se rompent, l’on a devant soi un amas informe de sapèques qu’il est impossible de compter, qu'il faut remesurer et enfiler à nouveau : d’où un travail

disproportionné et fastidieux. Enfin, cette monnaie est extrêmement encombrante. Une gueuse, soit 6000 sapèques, valait approximativement 10 francs au moment de la conquête et pesait 15 kilogrammes ! En dépit de ces inconvénients, la sapèque est la monnaie préférée des indigènes. C’est que « cette pièce de valeur infime, convient à une popu- « lation dont les besoins sont restreints et les res- « sources limitées (1) ». Mais ce sont là des considérations que nous développerons dans le chapitre consacré au problème monétaire de la sapèque.

Parmi les monnaies réelles de notre colonie, les seules dont la fabrication présente quelque particularité sont les sapèques indigènes.

Elles ne sont pas frappées comme nos monnaies d'Europe mais coulées dans des moules. Sur deux plaques d'argile cuites et polies, on grave en creux et à l'envers, sur l’une les dessins et caractères qui doivent figurer sur la face de la monnaie et, sur l’autre, ceux qui doivent figurer sur le revers. Ces deux plaques réunies, on y verse de l’étain; obtenant ainsi des monnaies mères. On continue par la fabrication des pièces devant servir de modèles ; ces monnaies sont moulées comme les sapèques ordinaires, et coulées en cuivre ; mais chaque moule ne contient que 12 sapèques qui sont ensuite un peu approfon-

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