Arnauné, loc. cit. p
des cas où recettes et dépenses sont calculées en francs et effectuées en piastres. Dans notre colonie, c’est la piastre d’argent qui sert de monnaie étalon. Sans doute, les sapèques y circulent, abondamment ; mais elles ne peuvent être utilisées dans les rapports commerciaux de l’Indo-Chine avec les pays de civilisation européenne, parce que la valeur réelle de ces monnaies est inférieure à leur valeur nominale. Quant aux nens d'argent, ils ont une importance trop médiocre, pour jouer le rôle d’étalon. De telle sorte que, dans la réalité, c’est la piastre qui est l’étalon monétaire de notre colonie.
Problèmes monétaires
Les pages qui précèdent nous ont montré la complexité du système monétaire de notre colonie et ses évolutions. Les monnaies réelles les plus usitées étaient lors de la conquête : les lingots et feuilles d'argent, les sapèques de zinc ou de cuivre, les piastres d'argent. Malgré cette diversité, le système monétaire ne donnait lieu à aucune difficulté théorique: Le commerce se faisait par troc contre un lingot métallique. L'absence du caractère de monnaie légale, la rareté des échanges internationaux simplifiaient la situation.
Depuis la conquête, les trois types précédents se sont maintenus pour les monnaies réelles, mais la
situation monétaire s’est montrée très rapidement mauvaise et aempiré chaque jour. Les raisons générales en sontnombreuses. Tout d’abord la complexité du système monétaire est allé toujours en augmentant, car si l’on retrouve les trois anciens types de monnaies réelles, deux au moins, les piastres et les sapèques, vont en diversifiant de plus en plus ; en outre, dès 1876, on trouve un nouveau type de monnaie réelle : la monnaie de papier. En second lieu l'introduction du caractère de monnaie légale dans le système de notre colonie a créé de nombreuses difficultés en rendant nécessaire la détermination d’un rapport d'échange chaque fois que la monnaie de compte différait de la monnaie légale. Enfin une troisième raison a rendu la crise plus aiguë : c’est l'introduction d’une nouvelle monnaie de compte, le franc, non pasle franc réel d’argent, mais l’unité de valeur fictive, le franc d’or. Cette introduction eut deux causes : la volonté de l'Administration qui décida de compter en francs, et le développement des relations commerciales avec les pays à étalon d’or qui comptaient en franes-or, ou monnaies de compte-or. Il devint nécessaire de déterminer les rapports d'échange des diverses monnaies de notre colonie, en particulier de la piastre d'argent, avec une monnaie de compte-or. La crise de la dépréciation de l’argent en fit une impossibilité en amenant des variations brusques et considérables
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dans le rapport des valeurs de ces deux métaux.
L'introduction du franc comme monnaie de compte par Administration créa immédiatement trois problèmes principaux : ceux de la détermination des rapports d'échange du franc avec les nens, les sapèques et les piastres. D'assez longues pages seront consacrées au second de ces problèmes. Quant au troisième il fera, à proprement parler, l’objet de notre travail. C’est donc seulement du premier que nous voudrions ici dire quelques mots.
Voici ce que décida un arrêté du 3 septembre 1863 relativement aux malières d’or et d'argent, versées au Trésor à titre de contribution :
Le Contre-Amiral Gouverneur,
Considérant que dans certains cas les impôts annamites sont acquittés en malières d’or et d’argent dont la négociation ne peut pas toujours être effectuée immédiatement sans préjudice pour le Trésor local : qu'il importe néanmoins que ces matières soient régulièrement encaissées et passées en écritures au jour même de leur réception : qu’il convient en conséquence de déterminer un titre conventionnel devant servir de base au calcul à faire pour déterminer la valeur desdites matières,
Arrête :
Les matières d’or et d’argent qui ont été ou qui seront versées au Trésor à titre de contributions et revenus locaux seront reçues par la Caisse de la
marine, selon leur poids, au titre conventionnel 0,910 donnant :
Au kilogramme d’or une valeur de 3.122 fr. 62
Au kilogramme d’argent une valeur de 200 fr. 90.
Lors de la négociation de ces matières, il sera fait recette ou dépense suivant le cas au compte « Frais de négociation et de change de la plus-value ou de la moins-value résultant de cette opération. » Cet arrêté fut abrogé à dater du 1° août 1868 par le suivan :
« Le Contre-Amiral, gouverneur par intérim,
«Considérant que ces matières, en forme de feuilles ou de lingots, ne présentent aucune garantie quant à leur valeur intrinsèque, qu'il est par conséquent dangereux d'autoriser l'admission de ces feuilles ou lingots dans les caisses publiques... Considérant que la faculté accordée jusqu à ce jour aux indigènes d’acquitter leurs impôts en ces matières n'a été employée que très rarement, que par conséquent cette faculté ne répond pas à un besoin réel...
« Arrête :
«Les matières d’or et d'argent ne seront plus reçues dans les caisses publiques de la Cochinchine à partir du 2 août 1868 ».
Depuis longtemps donc, le problème du change nen/franc n'existe plus ; il n’eut jamais qu’un intérêt restreint puisque, en définive, les nens ne s’échangèrent contre des francs qu’à titre exception-
nel, si bien que nous les négligerons désormais pour ne nous accuper que de la sapèque et de la piastre. Nous en retiendrons seulement que l'Administration établit un rapport d'échange invariable entre le franc et les nens et conserva ce rapport pendant cinq années. Ce procédé lui fut, nous le verrons, familier.
BIBLIOGRAPHIE
Administration des Monnaies et Médailles : Rapport au Ministre des Finances, 1902.
Arnauné. — La Monnaie. Le Crédit. Le Change.
Schrœder. — Etudes numismatiques. Paris, 1905. Grenard. — Organisation budgétaire de l’Indo-Chine. Paris,
Rapports du Conseil d'Administration de la Banque d'Indo- Chine.