CHAPITRE PREMIER Le Problème de la Sapèque
Ses Aspects : la Crise de la Sapèque
Pendant longtemps la question monétaire en Indo-Chine n’a été étudiée qu’au point de vue de la crise de la piastre que la dépréciation du métal argent rendait chaque jour plus aiguë. C’est encore une opinion fréquente que ce côté de la question mérite seul d'attirer l’attention, tant un phénomène prend une importante exclusive pour ceux dont il lèse les intérêts personnels. Cependant, peu à peu, les observatèurs impartiaux ont aperçu d’autres difficultés monétaires dont souffraient les indigènes et les périodiques locaux ont dès lors distingué deux problèmes fort différents : le problème de la piastre et le problème de la sapèque. A dire vrai, les difficultés auxquelles donnait lieu cette monnaie indigène avaient été déjà aperçues par l’Administration française qui même avail essayé d'y remédier ; mais la crise de la sapèque restait liée à celle de la piastre et on se bornaïit à étendre à la première les mesures prises pour remédier à la seconde.
A un
Aujourd'hui le problème de la sapèque est nettement isolé. Pour en comprendre l'importance, il faut se persuader que cette monnaie est la principale monnaie indigène et qu’elle ne pourrait actuellement être remplacée par aucune autre. Le caractère principal de la sapèque est sa valeur infime. La valeur d’une ligature est descendue jusqu’à 14 centimes. Cette valeur infime entraîne de gros inconvénients. Le poids d’une ligature de 600 sapèques, 1 kilog. 500, est hors de proportion avec sa valeur. « Il fallait un fourgon du train d'artillerie pour aller échanger 1.000 francs en ligatures de sapèques, puisqu'on n’en avait pas moins du poids d’un tonneau et demi, et, au marché, le poulet pesait quelque fois moins que son prix en monnaie (1). »
En outre ces pièces, qui sont nécessairement faites enzinc, parce que ce métal est très bon marché, sont très cassantes, ce qui occasionne un grand déchet dans les « quan » et les & chuc ». La fragilité des liens qui réunissent les ligatures augmente encore l’incommodité de ces pièces. Ces inconvénients, que nous nous bornons à rappeler, font de la sapèque une monnaie détestable pour les Européens. Mais elle est la seule monnaie convenant aux transactions indigènes à cause de sa valeur infime. Pour 2 à 3 sapèques l'indigène boit une tasse de thé, ou a une chique