E. LOUBET
En résumé, la valeur de chacune de ces nouvelles sapèques tonkinoises est de 1/600 de piastre. Elles sont en zinc pur; leur poids est de 2 gr. 5 ; leur prix de revient ne dépasse que de un sixième leur valeur intrinsèque. Elles ont un trou central permettant de les enfiler. Pour les distinguer des anciennes elles sont hexagonales, au lieu d’être rondes. Elles ont
valeur libératoire obligatoire jusqu’à une piastre. On peut se les procurer par sac de trois piastres. On en mettra en circulation pour 200.000 piastres. Pendant les six premiers mois de 1905, la Monnaie de Paris a frappé 774.218 sapèques formant une valeur nominale de 51.290 piastres, 362. Certains périodiques locaux constatent une certaine méfiance de la part des indigènes. Elle ne peut être que passagère et disparaîtra devant la certitude que la nouvelle pièce est acceptée en paiement par les particuliers et par les caisses publiques. Il semble que le marché monétaire sera favorablement influencé par lafrappe de cette nouvelle monnaie et que la ligature remontera vers son cours normal de change, lequel de 5 à 6 1/4 à la piastre était tombé à 3 1/2. Le problème de la sapèque est donc en voie de se résoudre. On peut désirer encore l’extension à la colonie entière de la solution dont le Tonkin est seul jusqu'ici à bénéficier. On pourrait ainsi unifier la monnaie divisionnaire, en arrêtant la frappe des pièces devenues inutiles, et en augmentant au contraire l'émission de la nouvelle sapèque.
Nous avons assez longuement insisté sur la crise de la sapèque. C’est qu'elle a peut-être eu plus de retentissement sur la vie économique de notre colonie que la crise même de la piastre. On ne s’en doute guère quand on lit les ouvrages écrits sur l’Indo-Chine par des auteurs de la métropole. On en
est, au contraire, très frappé quand on parcourt les périodiques locaux. Comme le disait avec une grande justesse M. Henri Brenier dans sou rapport : «On parle de la stabilisation de la piastre ; que l’on commence donc par stabiliser la sapèque, et puisque la chose est impossible sans une perte de 153 o/o pour l'Etat, que l’on cesse de s'occuper de la sapèque indigène et que l’on s'attache seulement à trouver un instrument d'échange dans un rapport stable avec la piastre, dût-il représenter une fraction légale aussi petite que possible, correspondant à la valeur minime des transactions indigènes journalières. » Il a été fait selon les vœux de M. Brenier. La première partie du programme qu'il traçait est accomplie : reste la seconde, la stabilisation de la piastre.
BIBLIOGRAPHIE
Administration des Monnaies et Médailles : Rapport au Ministre des Finances, 1902.
Alglave. — Questions monétaires contemporaines. Paris, Bulletin du Comité de l’Asie Française, passim.
Bulletin Economique de l’Indo-Chine, passim.