‹ La Question Monétaire en Indo-ChineChapitre 38 sur 80 · Arnauné, loc. cit., p · texte numérisé non relu

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fits ou de pertes. Il en est de même, à plus forte raison, des commerçants européens qui traitent avec l'Indo-Chine et qui sont la contre-partie des premiers. Pendant la traversée, une affaire d'excellente qu'elle était peut devenir détestable. Les transactions deviennent en quelque sorte des opérations de jeu : d'où le ralentisement du commerce qui ne saurait s’accommoder d’aléas qui échappent entièrement à ses prévisions, parce qu'ils dépendent en grande partie de la spéculation.

La baisse du métal argent a également pour effet d'empêcher les capitaux européens de s'employer dans les pays dont la circulation monétaire repose sur l'argent. Ils seraient, par le fait même, dépréciés et l'intérêt qu’ils recevraient serait moindre. Il arrive que, pour remédier à ces inconvénients, les sociétés des pays à métal blanc servent tous les dividendes en or. En apparence, ce sont alors les Compagnies qui supportent la perte : en définitive ce sont les actionnaires. Et cependantla transformation économique de la plupart des pays à étalon d’argent ne serait possible que si les capitaux européens y affluaient. Quant aux colons leur situation est également compromise. « Lorsqu'ils se sont établis en Indo-Chine, ils ont dû transformer en piastres le capital qu’ils apportaient d'Europe. Tout abaissement dans la valeur de la piastre a donc pour conséquence une réduction de leur capital. A la vérité,

tant qu'ils continuent leur commerce, les Européens établis en Indo-Chine ne se ressentent aucunement de la diminution survenue dans l'évaluation en francs de leurs capitaux, mais qu'ils veulent liquider leurs affaires et rentrer en Europe, les conséquences de la baisse de l’argent apparaissent aussitôt. Supposons qu'un Français soit venu s'établir en Cochinchine vers 1873 avec un capital de 535.000 francs, le capital a été transformé en piastres au taux de 5,35 correspondant au pair de l’argent, il a valu 100.000 piastres. Trente ans se sont écoulés. Les opérations de ce Français n’ont été ni bonnes ni mauvaises, il n’a pas fait de pertes et n’a pas réalisé de bénéfices. Son capital est toujours de 100.000 piastres, mais la piastre valant aujourd'hui 2,50 au maximum, s’il faut rentrer en France, il n’y apportera que 250.000 francs au lieu de 535.000 francs » (1).

Devant de telles perspectives, il est certain que le capital et le travail hésiteront à se transporter en Indo-Chine. Et cependant l’un et l’autre seraient indispensables pour la mettre en valeur. Les fonctionnaires coloniaux qui envoient leurs économies en France subissent des pertes analogues. Si bien qu'on a dû leur donner souvent des indemnités spéciales pour les & couvrir ». Quant au trésor métropolitain, il est dans la même situation que les com-

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