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CHAPITRE Il

La question monétaire dans les pays à étalon d'argent et ses solutions récentes

Nous venons de poser le problème monétaire de notre colonie. Il tient presque entièrement dans les chiffres que voici : en 1851 le kilogramme d'argent valait 222 fr. 22 ; en janvier 1903, 80 fr. 55; en juillet 1905, 99 fr. 20. C’est dire que dans l’espace de trente ans l’argent abaissé de plus de 50 c/o par rapport à l'or. Nous avons indiqué les fâcheuses conséquences économiques que cet état de choses a entrainé en Indo-Chine. Ces mêmesinconvénients se sont produits dans tous les pays à étalon d'argent, où ils ont rendu nécessaires certaines réformes monétaires. C’est le cas du Japon, de la Corée, de l’Inde, des Philippines, du Siam et du Mexique.

Nous allons indiquer ici les solutions qui ont prévalu dans ces différents pays, puis nous tenterons

de les classifier. Nous pourrons ainsi, dans la suite de cette étude, apprécier par comparaison les tentatives et les espérances de réforme dans notre colonie.

1° Japon.— C’est le 10 octobre 1897 qu'est entrée en vigueur la loi qui a établi le monométallisme or. A cette date, le régime monétaire du Japon était le bimétallisme ; mais, en fait, par suite de la fuite de l'or, c'était le monométallisme argent. D’après le rapport de M. le comte Matsukata-Masayoshi à l’empereur, quatre périodes peuvent être distinguées dans l’histoire monétaire du Japon moderne. La première va de 1868 à 1871. Au moment de la Restauration (1868), le système monétaire était dans le désordre le plus complet. Des refontes successives avaient déprécié les différentes monnaies. De plus quelques Daïmios (princes féodaux) avaient pris la liberté de frapper secrètement des monnaies à eux. Le gouvernement impérial comprit vite la nécessité qu'il y avait à réorganiser le système monétaire.

En mai 1871, l’étalon d’or fut adopté, mais théoriquement seulement. En réalité, ce fut le bimétallisme. La monnaie d’or se composait alors de pièces de 20, 10, 5, 2 et 1 yen. Le yen d’or pesait 2 gr. 657: son titre était de 0,900. La monnaie d'argent se composait du yen d'argent. Son poids était de 26 gr. 95 : son titre 0,900 ; sa valeur au pair de 5 fr, 39. Ce yen d'argent pouvait être librement

frappé. Sa forcelibératoire était illimitée ; mais, à ce moment, son cours n’était légalement autorisé que dans les ports à traités et dépendances : plus tard, en 1858, il fut étendu à tout le Japon. A côté, circulaient des pièces divisionnaires d'argent de 50, 20, 10 et 5 sens au titre de 0,800 |

Parsuite de la baisse de l'argent, remarque M. Bourguin (1), «l'or ne pouvait pas rester en circulation. La frappe de l'argent étant libre, il était impossible que la monnaie d’or cireulât au pair avec la monnaie d'argent suivant le rapport légal 1 : 16, alors que le rapport commercial des deux métaux était au cours du 10 mars 1897, par exemple 1 : 32 (cote de l’once d'argent de 28 gr. 96 de fin 29 pence 3/16 ou 106 fr. 56 le kilo à Londres). Sinon on aurait importé au Japon 16 kilogrammes d’argent, achetés 1.723 fr. 07 en or (ou 1/2 kilo d’or fin environ) et en faisant frapper ce lingot d'argent à la Monnaie, on aurait reliré (abstaction faite des frais de frappe) 666 yens 52 d’argent que l’on aurait échangés contre 666 ÿens 52 d’or, pesant 1 kilo d'or fin. Ce kilo d’or valant au pair 3.444 fr. 44 aurait gagné 1.721 fr. 37 ou un demi-kilo d’or, en, l’exportant en Angleterre (sauf déduction des frais de toute sorte). Aussi les détenteurs de yens d'or ne devaient-ils dans ces conditions consentir

1. Bourguin. L'étalon d'or au Japon. Revue d'Econ. pol., 1897, P: 709.

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à l'échange contre des yens d’argent que moyennant une prime de 100 0/0...»

Nous ne nous arrêterons pas aux deux périodes suivantes que le comte Matsukata distingue. L'une qui s'étend de 1872 à 1899, et qui est surtout caractérisée par la mise en circulation d'énormes quantités de papiers-monnaie inconvertibles qui soulevèrent tous les maux de l'inflation, l’autre qui va de 1880 à 1885 et dans laquelle le gouvernement fit tous ses efforts pour remplacer les papiers-monnaie inconvertibles par des billets convertibles. Ce n’étaient là que des expédients destinés à parer à des nécessités financières pressantes ou des mesures qui devaient préparer le chemin pour l’établissement final du système de l’étalon d’or, encore que, pour un temps, elles aient eu pour résultat l'établissement d’un étalon d’argent de facto. Les billets, en effet, étaient inconvertibles en or, mais convertibles en argent : selon l’expression de M. Bourguin «jusqu’en 1897, le régime monétaire du Japon était donc le bimétallisme pur, converti en fait par la disparition de l’or, en monométallisme argent ».

La loi du 29 mars 1897 fit du Japon un pays monométalliste or. Jusque-là, il fallait donner deux yens d'argent pour obtenir un yen d’or : d’où nécessité d’abaisser de moitié la valeur du yen d’or. Aussi le gouvernement du Japon décida-t-il que le nouveau yen d’or pèserait o gr. 75 de fin, alors que l’ancien pesait

1 gr. do. Le rapport r : 16, 17 passait ainsi à 1 EVENE Les nouvelles. pièces d’or sont de 20, de 10 et de 5 yens ; elles pèsent 16 gr. 6665, 8 gr. 3333 et 4 gr. 1665. Les anciennes pièces d’or conservent leur cours légal, mais au double de leur valeur nominale. La monnaie d’argent est toujours au même titre de 800/1000 : mais elle pèse davantage. Elle n’a force libératoire que jusqu’à concurrence de 10 yens et n’est frappée que pour le compte de l'Etat. Par contre, la monnaie d’or est frappée pour le compte des particuliers. Tel est le système monétaire actuel du Japon. Notons combien est restreinte la force libératoire de la monnaie d’argent. Elle ne peut être imposée dans les paiements que jusqu’à 10 yens. Il n’est point de pays monométalliste or qui ait établi une telle limitation. Notons encore que la monnaie d'argent est fort lourde et par suite fort incommode en pratique. 50 sens ou 1/2 yen pèsent 13 gr. 47.83 : 10 yens pèsent donc 269 gr. 566 : si bien que les paiements même moyens se font presque nécessairement en or, les pièces d'argent étant trop encombrantes. Le Japon aurait dû créer de petites pièces d’or, par exemple de 2 yens : entre la pièce d'or de 5 yens et la pièce d’argent de 1/2 yen, il y a un trou qu'il serait utile de combler.

Par quels moyensle gouvernementjaponais mena-til à bien une réforme monétaire aussi complète ? Nous avons sur ce point les indications les plus pré-

cises de l’auteur même de la réforme, le Comte Matsukata. Voici, en bref, ce qu'il dit : Toutes les précautions nécessaires furent prises. Ainsi une partie de la somme reçue dans les premiers versements de l'indemnité chinoise fut convertie en billion d’or et envoyée au Japon pour être, autant que possible, changée en monnaie japonaise...

L'or ainsi monnayé entre juillet 1897 et avril 1898 monta à la somme de 99.455.935 yens qui furent gardés en réserve pour être échangés contre des yens d'argent. L’échange commença le 1° octobre 1897 et fut terminé le 31 juillet 1898. Le nombre total des pièces d’argent de 1 yen qui avaient été frappées depuis l'ouverture de l'hôtel de la Monnaie, à Osaka, s'élevait à cette date à 165.133.710. Sur ce chiffre on estime que 99.508.740 yens furent exportés dans les pays étrangers et ne revinrent jamais: 11.028.633 yens furent employés à l'étranger pendant la guerre avec la Chine (1899) : 553.025 yens furent envoyés à Formose après la cession de cette île par la Chine et ne furent jamais rapportés pour être échangés. D'un autre côté le nombre total des yens d'argent échangés contre des pièces d’or entre le 1 octobre 1897 et le 31 juillet 1898 fut de 45.588.369 yens. En outre 460.994 yens avaient été refrappés, par l'Hôtel de la Monnaie en monnaies divisionnaires. Ces différentes sommes forment un total de 162.318.673 yens; de sorte qu'il en reste

2.815.307 dont on ignore l'emploi... (1). L'on doit remarquer que le délai de dix mois alloué à l’échange des yens d’argent était relativement court. Mais, si la durée de l’opération avait été augmentée, l’on aurait pu craindre que la rentrée des yens d’argent exportés devint, par suite de changements possibles dans le coursde l'argent, plus considérable qu’on ne s’y attendait et ainsi embarrassa le gouvernement. L’on craignait que dans un plus long espace de temps, de fausses monnaies pussent être fabriquées. Comme les autorités n’entendirent parler de personne qui n'ait pu faire opérer l'échange de ses pièces d’argent, il semble que l'opération réussit parfaitement. Le gouvernement devait donc trouver moyen d'utiliser toutes ces pièces d’argent, soudainement retirées de la circulation. Le nombre monta à 75.093.822 yens. 27.567.012 yens furent refrappés en monnaies divisionnaires, 40.586.662 yens furent vendus à Shangaï, Hong-Kong et partout, 6.740.148 yens furent envoyés à Formose, en Corée et ailleurs. Dans l'opération, le gouvernement perdit 5.553.312 yens. Il gagna 5.651.961 yens en frappant des monnaies divisionnaires. En somme l’opération se solda par un bénéfice. Nous n’avons pas à

1. Ces chiffres sont empruntés au rapport de M. le comte Matsukata-Masayoshi, rapport traduit par M. Guéroult et publié par la Revue Politique et Parlementaire, no de mars

rechercher les avantages que le Japon a retirés de l'établissement de l’étalon d’or, mais qu'on nous permette de dire, pour terminer, qu’ils paraissent avoir été très réels. Son commerce s’est développé d'une manière considérable. Ses exportations ne se sont pas ralenties, elles ont même progressé vis-à-vis des pays à étalon d’or, dans une mesure plus forte que les importations, quant au commerce avec les pays à étalon d'argent, il s’est aussi développé : mais ici, les importations dépassent les exportations. C’est là le point noir pour l’avenir: il est à craindre que l’or du Japon ne fuie à l'étranger, la balance commerciale ne lui étant pas favorable et sa réserve d’or n’étant point assez forte.

Un mot enfin de Formose. À Formose l’étalon d’or ne fut pas établi en même temps qu’au Japon, — les relations commerciales de l'ile et de la Chine étaient alors trop importantes — mais le commerce de Formose et du Japon s'étant considérablement accru, l’étalon d’or fut introduit dans l’île par une ordonnance du 4 juin 1904. À partir du 1° juillet 1904, la circulation des pièces d'argent a été interdite. Elles continuent d'être acceptées par le Trésor qui ne les remettra pas en circulation.

IT. — Corée. — M. Megata, conseiller du ministère des Finances du Japon, a publié un intéressant rapport sur la réorganisation financière de la Corée

en novembre 1905. Nous en détachons ce qui a trait

à la réforme monétaire. La circulation monétaire passait pour être à base de métal argent : en réalité, il n’y avait pas d’étalon. La principale monnaie qui était de nickel, était très dépréciée, parce que le gouvernement en avait frappé.de grandes quantités, pour en tirer profit, aux dépens de la qualité. En 1904, la monnaie du gouvernement fut fermée et cessa d’inonder le pays de pièces dépréciées. Un édit impérial de 1901 avait établi l’étalon d’or, la monnaie à frapper devant être de même nature que celle du Japon. Un édit de janvier 1905 fixa au mois de juin la mise en pratique de l'opération. Les vieilles pièces de nickel furent retirées de la circulation : on commença à frapper en octobre 1905 des pièces d'argent de 10 sens et des pièces de bronze de 1 et de 1/2 sen. On retira de la circulation une valeur de 10.922.162 dollars de Corée. Voici quelles étaient les principales dispositions du rescrit monétaire du

12 février 1901.

Art. 2. — La valeur de l'unité monétaire est donnée par le yen or qui contient 0,9 de son poids d'or ; 50 sens valent 1/2 yen et 100 sens valent un yen.

Art. 3. — Sont adoptées les différentes sortes de monnaies ci-après désignées :

Monnaie d’or : 20 yens, 10 yens, 5 yen.

Monnaie d'argent : 1/2 yen, 20 sens.

Monnaie de nickel : 5 sens.

Monnaie de cuivre: 1.sens.

Art. 6. — Il n'y a aucune limitation à l'emploi des monnaies d'or. Les monnaies d'argent ne pourront servir d’ap-

point que jusqu’à concurrence de 10 yens et celles de nickel et de bronze que jusqu'à concurrence de 1 yen. Toutefois, si les intéressés sont mutuellement d'accord pour les verser

ou les accepter, cette limitation n’est pas impérative….

Voici également le rescrit du 18 janvier 1905 relatif à l'application de la loi monétaire.

Article premier. — La valeur des monnaies de notre pays reposera sur l’étalon d’or, de façon à donner à l'unité monétaire une base plus stable.

Art. 2. — Conformément à l’article ci-dessus le règlement monétaire établi par le rescrit de la cinquième année Koang-Mow (12 févr. 1901) sera mis en vigueur le 1* juin de

cette année...

La réforme monétaire de la Corée fut donc complète. Actuellement les monnaies d'argent n’y sont plus que des monnaies d'appoint: Les monnaies d’or seules y ont caractère de monnaies à cours légal illimité et de monnaie étalon.

IT. — Z’Inde.— Au début du xix° siècle, le système monétaire de l’Inde n’était point uniforme. L'or circulait seul à Madras. L'or et l’argent circulaient concurremment dans le Bengale. À partir de 1835 seu-

lement, l’or cessa d'avoir cours légal dans toute l'Inde : mais il continua à être employé par les particuliers. En 1864, l'Association commerciale de Bengale, de Bombay et Madras demandèrent l’établissement d'une circulation or. Le gouvernement de l’Inde proposa l'acceptation des souverains et des, demi-souverains comme « legal tender » sur le taux de 1 souverain pour 10 roupies. Le gouvernement de la métropole n’admit pas que le souverain et le demi-souverain devinssent « legal tender » ; maisil décida que jusqu’à nouvel ordre, ils seraient reçus dans les caisses du Trésor sur le taux de 10 et de 5 roupies. Nous n'’insisterons pas davantage sur les évolutions successives du système monélaire de l'Inde avant 1850 : elles n’ont qu'un intérêt historique. C’est le 6 septembre 1890 que fut promulgué le Indian Coinage Act. Il faut l’étudier de près, car c’est le texte fondamental de la législation monétaire indienne. Il proclamait d'abord la liberté de la frappe de l’or et de l’argent. Les hôtels des monnaies du gouvernement à Bombay et à Calcutta étaient ouverts au public qui pouvait y faire frapper ses matières après en avoir fait constater le titre d’après l’étalon en payant un droit de 1/100 sur l’or et de 2/100 sur l’argent. Les monnaies reconnues étaient d’or, d’argent et de cuivre. Voici les principales; pour l’or : le mohur, pièce de 15 roupies, les 2/3 de mohur, pièce de 10 roupies ; le:1/3 de mohur pièce de 5 roupies. Il

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y avait encore le double mohur, pièce de 30 roupies. Toutes ces pièces étaient au titre de 11/12, soit de 0,91666, comme la monnaie anglaise. Dès le 12 décembre 1870 la frappe du double mohur était supprimée. À partir du 26 juin 1893, la frappe du mohur et de ses sous-multiples fut également prohibée, mais ils pouvaient être échangés dans les monnaies de l’Inde contre les roupies d’argent sur le pied de 1 mohur pour 21 roupies. Le gouvernement avait l'intention de remplacer ces diverses pièces par le souverain anglais.

D'après l’act de 1890, les monnaies d’argent sont : la roupie, la demi-roupie qui vaut 8 annas, le 1/4 de roupie qui vaut 4 annas, le 1/8 de roupie, pièce de > annas. Ces monnaies sont au titre de 11/12 ou de 0,91666. Un acte du 26 juin 1893, sur lequel nous allons revenir, a suspendu la frappe libre de la roupie et de ses sous-multiples.

Quant aux monnaies de cuivre, ce sont : le doublepice ou demi-anna, le pice ou le 1/4 d’anna, le demi-pice ou 1/8 d’anna le pice ou le 1/3 du pice ou 1/12 d’anna.

À partir de 18793 — année où l'Allemagne passa à l’étalon d’or — l'argent subit une baisse à peu près continue: ce qui rendit très critique la situation de l'Inde, soit au point de vue du commerce des particuliers, soil au point de vue du budget de l'Etat, les uns et l’autre devant solder leurs dettes en or.

Aussi dès 1876, la Chambre de commerce du Bengale et l'Association commerciale de Calcutta demandèrent-elles que les hôtels des monnaies suspendissent provisoirement la frappe de l’argent.

Le gouvernement de l'Inde trouva que la mesure était prématurée : « Up to the present there is no sufficient ground for interfering with the standard of value ». Mais, la dépréciation de l’argent s’accentuant toujours, il changea bientôt d’avis et proposa d'adopter l’étalon d'or gold standard, éventuellement l’étalon anglais. Le gouvernement de la métropole s’y refusa (1879). Cependant l'argent baissait toujours par rapport à l'or, et par cela même, les embarras du gouvernement de l’Inde augmentaient. L'Inde ne cherchait plus le remède dans le changement de son étalon monétaire, mais dans l'élévation du prix de l’argent par des accords internationaux. En 1881, notamment, elle envoya des délégués à la Conférence monétaire de Paris avec la mission de rechercher les mesures qui pourraient rehausser le prix de l’argent... «to promote the re-establishment of the value of silver. »

Ses efforts dans ce sens ayant été vains, le gouvernement de l'Inde revint à sa première politique, le changement d’étalon monétaire. En 1891, dans son exposé budgétaire, Sir D. Balfour, ministre des Finances de l’Inde, déclare que «... Si les Etats-Unis

renoncent à l’étalon d’argent, le mal sera trop grand

pour qu'on puisse y remédier par de simples palliatifs, et le gouvernement de l'Inde, forcé d’opter entre une opération difficile et une maladie chronique fera mieux d'adopter l’étalon d’or au taux du change du jour où la décision sera prise, que d’essayer de relever les cours des monnaies d’argent ».

Le or juin 1892, le vice-roi des Indes, lors Landdowe, déclarait au gouvernement anglais que « s’il devenait évident que la Conférence internationale n’aboutirait pas, l'Inde fermerait ses hôtels des monnaies à la frappe libre de l’argent et adopterait l'étalon d’or ». Le 22 janvier 1893 il exposait son dessein. Provisoirement les pièces d’or anglaises seraient legal tender sur le taux de: 13 roupies 1/2 pour un souverain. Une commission, présidée par lord Kerschell, fut chargée de l'examen de ce projet ; elle le modifia d’une manière profonte. Elle admit la fermeture des Monnaies à la frappe libre de l'argent. Les particuliers ne pourraient plus faire frapper de roupies ; seul le gouvernement de l'Inde pourrait toujours en frapper pour son compte. Comme nous l'avons déjà indiqué, le mohur et ses sous-multiples ne pourraient plus être frappés, mais ils continueraient d’être acceptés dans les hôtels des Monnaies. Quant aux souverains et demi-souverains ils seraienl reçus par les caisses publiques au taux de 15 et de 9 1/2 roupies. Le projet ainsi amendé acquit force de loi le 25 Juin 1993.

Dans la pensée du gouvernement de l'Inde, la réforme de 1893 était destinée à ouvrir les voies à l’étalon d’or. Il fit un pas de plus en 1898. Voici, en substance, le projet qu’il proposa à la métropole. II avait remarqué que depuis 1893 l'or était officiellement déprécié par rapport à l'argent. Il fallait faire hausser le prix de la roupie. Pour atteindre ce but, le meilleur moyen était de restreindre la circulation de la roupie, dès lors d’en retirer une certaine quantité de l’usage, approximativement 240 millions. Pour le succès de l'opération il était nécessaire de faire un emprunt afin de conétituer une réserve d’or, destinée, d’une part, à parer à la perte que le gouvernement subirait en retirant les roupies de la circulation et en les revendant comme métal, et de l’autre à pourvoir à toutes éventualités qui pourraient se produire. Par ces mesures, le cours de la roupie remonterait et les souverains anglais seraient importés dans le pays. - Pendant la discussion de ce projet, la hausse de la roupie s’effectua naturellement et les mesures proposées devinrent sans objet. À dater du 1° janvier 1898, le change de l'Inde s’est tenu à 16 d. par roupie. De ce fait, une réserve d’or fort importante de 2.350.000 livres sterling s'était même constituée. Le moment paraissait arrivé de donner à l'Inde un étalon d’or. Des objections se firent jour : M. Lesley Probyr prétendit par exemple, que « mettre de l’or dans la circulation, autant vaudrait jeter de leau

dans un crible », mais on ne s’y arrêta pas ; finalement, l'on décida que le souverain anglais serait legal tender et monnaie usuelle de l’Inde. On aurait ainsi la même monnaie en Anglererre et dans l’Inde. La frappe de l'or serait libre. Qu'allait-on faire de la roupie, la seule monnaie légale jusqu’à 1893 ? Elle gardait cours légal illimité, comme le souverain. Le taux du change resterait de 16 pence par roupie. Toutes ces dispositions furent acceptées par la métropole le 25 juillet 1899 et transformées en loi par l’Inde le 15 septembre 1899.

En résumé : la loi du 95 juin 1893 avait établi dans l'Inde un système bimétalliste, limité la circulation en suspendant la frappe libre des monnaies d’or et des monnaies d'argent, fixé enfin un taux d’échange entre les souverains et les roupies. La loi du 15 septembre 1899 consacra l'existence du bimétallisme en reconnaissant deux monnaies à cours légal illimité — le souverain et le demi-souverain d’or d’ane part, la roupie et la demi-roupie d'argent d'autre part — qui s’échangent au taux officiel de 16 pence par roupie. Mais elle s’efforça de modifier la circulation monétaire de l’Inde en libérant la frappe de l’or des entraves établies par la loi de 1893. La tentalive a-telle réussi ? Il semble que non. Comme l’observe M. Arnauné, ce n'est pas contre des unités d’or indiennes que la roupie d'argent s’échange selon un rapport fixe : c’est pour le règlement des dettes ct

des créances réciproques de l’Inde et de l'Angleterre et en monnaie anglaise qu’il ya un pair de la roupie.

IV. — Philippines. — Jusqu’en 1803, la circulation monétaire des Philippines était constiluée par des dollars d'argent mexicains et une faible quantité de billets de la Banque Hispano-Philippine : d’où de larges flucluations de valeur tenant d'une part aux variations du métal argent et de l’autre l'approvisionnement par les monnaies mexicaines. Après la conquête, les Etats-Unis résolurent de doter les Philippines d’un système monétaire autonome. M. Charles Conaut fut envoyé à cet effet aux Philippines. Il proposa l’adoption d’un régime semblable à celui de l’Inde : bimétallisme mitigé à double circulation d’or et d’argent, le gouvernement limitant la circulation de l'argent. Ses conclusions furent adoptées par le Congrès des Etats-Unis en février 1893. Désormais, le régime monétaire des Philippines est le suivant : l'unité de valeur est le peso d’or. Il a le même poids que le dollar américain mais ne vaut qu’un demi-dollar or. C’est une monnaie fictive. La monnaie réelle est le dollar américain qui vaut 2 pesos. Il a cours légal et force libératoire illimitée. Des dollars d'argent à effigie spéciale continueront à servir pour toutes les transactions courantes. Ils ont aussi cours légal illimité. Ils ne peuvent être frappés que par le gouvernement local. Ils sont émis suivant les besoins, mais avec un minimum de 20 millions

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. de pesos et un maximum de 95 millions de pesos. Il y a aussi des monnaies divisionnaires d'argent de 90, de 20 et de 10 centavos. Ces pièces n’ont cours légal que jusqu’à concurrence de 10 pesos. Circule également une pièce de 5 centavos en nickel, une pièce de 1 centavo et une de un demi-centavo en cuivre.

Dès lors que l’on admettait la circulation parallèle des deux métaux, il était nécessaire de fixer un rapport d'échange. Commercialement ce rapport était alors de 42.à r : officiellement on le fixa à 32 contre 1, au lieu de 16 à 1, l’ancien rapport américain. Les pièces d'argent ayant une frappe spéciale sont inutilisables en dehors des Philippines. D’ailleurs leur valeur légale d'échange avec l’or étant supérieure au cours commercial, l’on ne peut pas craindre qu’elle quitte le territoire, mais il sera peutêtre difficile de maintenir dans les banques une réserve d’or suffisante pour que l'échange entre Îles deux mélaux se fasse d’une manière effective.

V.— Siam, — Il semble que c’est à l’instigation de l’Angleterre et du Japon que le Siam a procédé à sa réforme monétaire. L’Angleterre et le Japon projetaient, en effet, d'exécuter de grands travaux publics dans ce pays. Des opérations financières devaient en être la conséquence forcée : mais il était difficile de les lancer par suite de la baisse de l’argent d’où le décret du 20 décembre 1902. Jusqu'à cétte date, l’unité monétaire officielle était le tical d'argent. Qui-

conque présentait des piastres à la monnaie siamoise pouvait faire frapper des ticaux. Pour 3 piastres l’on obtenait 5 ticaux : le tical valait donc 3/5 de piastre soit, en supposant l'argent au pair, à peu près 3 francs.

Mais l'argent baïissant toujours, la valeur en or des recettes de l'Etat allait en diminuant. Pour pouvoir payer en or les travaux projetés, il fallait soit augmenter les impôts, soit transformer l’étalon monétaire. C’est la deuxième solution qui l’emporta. A l'exemple des Indes,le gouvernement siamois décida: 1° d'arrêter la frappe de l'argent; »° de fixer un taux d'échange assez élevé entre le tical et la livre stering. L’on estimait en effet que la raréfaction des monnaies d'argent produirait une hausse du change. 20 ticaux valaient alors une livre sterling, tandis que, au pair, 8 ticaux et demi devaient valoir 1 &.

Un arrêté du ministre des Finances décida que 17 ticaux vaudraient 1 £. La valeur dutical était ainsi fixée à 1 fr. 48, alors que, commercialement, elle était de 1 fr. 16, la piastre étanten effet cotée 1 fr. 94. Les banques élevèrent aussitôt des protestations : elles avaient, en effet, en dépôt des sommes considérables pour le compte du gouvernement siamois et auraient subi de grosses pertes s’il leur avait fallu opérer le remboursement d’après le taux fixé. D'abord, le gouvernement siamois refusa de rapporter les mesures arbitraires qu'il avait prises, mais les léga-

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tions intervinrent et les banques fermèrent leurs caisses. Des dispositions transitoires furent adoptées. Le taux de 20 ticaux pour une livre sterling fut maintenu jusqu’en mars 1903. Le tical valait donc 1 fr. 25. Les banques obtinrent en outre de se libérer des sommes qu’elles devaient au gouvernement siamois à raison de ses dépôts, au taux ancien de 5 ticaux pour 3 dollars. Les piastres étant fort abondantes sur le marché, les banques en achetèrent immédiatement etremboursèrent avec elles les 6 millions de ticaux qu’elles devaient à l'Etat. À partir de mars 1903 le taux, qui était de 20 ticaux par £, devait s'élever progressivement jusqu’à 17 ticaux, par £&. Il n’en restait pas moins que la réforme monétaire du Siam s’effectuait avec une perte de 50 o/o pour l’argent, puisque, au pair, 8 ticaux et demi valaient 1 £.

La réforme monétaire du Siam peut donc se résumer ainsi : en raréfiant le plus possible l’argent monnayé, le gouvernement espérait que le cours commercial du tical par rapport à l’or deviendrait rapidement égal à un cours officiel arbitraire. Il ne l’a pas encore atteint, mais il s’en rapproche. Voici quelques chiffres qui le démontrent. Le 10 décembre 1902, 20 ticaux s’échangeaient contre 1 £ ; le 15 décembre, 19 ticaux 3/4 ; le 5 mars 1903, 19 ; le 22, 18 1/4 ; le 5 août 1903, 18; le 12, 19 3/4... Il est possible que le Siam arrive à ses fins, c’est-à-dire que le

taux de 17 ticaux soit atteint, parce que ses exportations dépassent de beaucoup ses importations. Mais il faut remarquer que ce taux de 17 ticaux par livre donne à la piastre une valeur de 2 fr. 47 à l’ancien change de 5 ticaux pour 3 piastres, et que cette valeur de la piastre n’est pas très éloignée de sa valeur commerciale. Il reste douteux que le Siam parvienne à continuellement maintenir le taux de 17 ticaux par livre, qui, en définitive, est arbitaire, si la piastre vient à baisser d’une manière très sensible et pendant un temps assez long en Extrême- Orient. 11 semble d’ailleurs, comme nous le verrons plus loin, que dès 1906 la concordance entre le taux officiel et le cours commercial n’a pu être maintenue.

VI. — Mexique. — Jusqu’à la réforme que nous allons exposer, le Mexique avait toujours été bimétalliste, le rapport entre l’or et l'argent étant 1 à 15, 5 comme en France. Ce système se réduisait pratiquement au monométallisme argent. Il comprenait : 1° des piastres d’argent divisées en 100 centavos, avec des sous-mulliples de 50, 25, 10 et 5 centavos ; 2 de pièces d'or de 20, de 10, de 5, de 2 1/2 et de 1 piasitre. Mais, dans la réalité, la circulation était presque toute d'argent. Par suite de la baisse de l'argent, la production agricole et minière s’élait peutêtre trouvée stimulée au Mexique : mais le commerce et les banques étaient dans une situation difficile

et les capitaux étrangers n’allaient point vers ce pays. Enfin la dette publique se trouvait démesurément grossie. Pour parer à tous ces inconvénients, l’on recourut à divers expédients.. Puis, en 1904, le gouvernement fit adopter par le Congrès un projet destiné & à assurer à la monnaie d’argent une fixité suffisante par rapport à l’or ». Il n’était pas possible d’établir l’étalon d’or avec circulation d’or ; cette réforme eût trop atteint les intérêts du Mexique qui est un pays producteur d'argent. On établit « l’étalon d’or, mais avec circulation d'argent, sous réserve de frapper plus tard des monnaies d’or. Grâce à ce procédé, on conservera dans la circulation plusieurs millions de kilogrammes d’argent à l’effigie du Mexique. On consommera ensuite en nouvelles frappes de nouvelles quantités de métal et on évitera les déceptions, les résistances et les conflits qu’engendrerait un changement brusque de monnaie» (1).

L'unité monétaire reste ce qu’elle était : c’est la piastre de 27 gr. 0793, au titre de o, 9027. Sa valeur en or est officiellement diminuée de 50 o/o. Pour maintenir la piastre à son cours de stabilisation, on en suspend la frappe et on prohibe la réimportation des piastres d’Extrême-Orient. Comme les banquiers protestaient, l'on réduisit de 20 0/0 les taxes qui pesaient sur l'argent. Enfin pour pour-

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