‹ La Question Monétaire en Indo-ChineChapitre 60 sur 80 · De Lanessan, op. cit., p · texte numérisé non relu

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lieux mêmes, soit dans les places voisines de la Colonie…

«Attendu que l'encaisse actuelle du Trésor, très réduite par suite de ces circonstances, impose l’obligation de limiter, jusqu’à nouvel ordre, les paiements en piastres aux seuls créanciers de l'Etat dont les services doivent être acquittés obligatoirement avec cette monnaie et de payer la solde des troupes et des équipages au moyen de nos monnaies nationales... Considérant, au surplus, qu'il est conforme au désir exprimé à diverses reprises par le gouvernement de l’empereur d'introduire dans la colonie nos monnaies nationales, dont l’existant au Trésor suffit et au delà, aux besoins actuels du service :

« Décide :

« La solde acquise pendant le présent mois de janvier 1864 par les troupes et les équipages sera acquittée en pièces de 5 francs, de 2 francs, 1 franc et o fr. 50, et en monnaie de billon.….

« À compter de ce jour et jusqu'à nouvel ordre dans toutes les localités quelconques de la colonie, la pièce de 5 francs sera donnée et reçue pour 90 centièmes de piastre, le franc pourune ligature, la pièce de o fr. 10 pour un taillant de 60 sapèques, la pièce de o fr. où pour 30 sapèques... » Cette tentative fut infructueuse. « Les pièces de 5 francstrouvèrent une telle défaveur dans le commerce que le gouvernement dut les retirer de la circulation. Les monnaies

divisionnaires (introduites dès le 5 mars 1863), qui étaient nécessaires pour les appoints de la piastre et pour les besoins du petit commerce, continuèrent seules à circuler (1). » M. Arnauné faitici observer que « si le commerce répugnait à accepter la pièce française de 5 francs, c'est que l'arrêté du 24 janvier 1864 lui assignait une valeur inférieure à sa valeur réelle par rapport à la piastre... » (2). Cet échec, qui pouvait s'expliquer par une raison particulière, ne parut pas décisif. Et le 25 septembre 1876, M. Léon Say, ‘alors ministre des Finances, écrivit à la direction des Colonies : « Peut-être les circonstances seraient-elles favorables pour introduire dans le système monétaire de la Cochinchine une réforme qui ferait cesser pour l’avenir l’anomalie qui résulte de ce que toutes les opérations de recettes et de dépenses sont réglées en francs dans un pays où l’unité monétaire principalement en usage est la piastre : Je veux parler de l'introduction de nos monnaies et particulièrement de la pièce de 5 francs. D’une part, nos monnaies divisionnaires (pièces de 2 francs, 1 franc, o fr. 50, o fr. 10, o fr. 05) me paraissent facilement acceptées en Cochinchine... Notre unité monétaire est donc déjà connue et, récemment encore, la pièce de 5 francs faisait prime à Saïgon. D’autre part, les

r. Compte rendu des travaux de la Chambre de Saïgon, 1880. 2. Arnauné, op. cit., p. 695.

circonstances se prêtent à un envoi important de notre monnaie d'argent, pour tel chiffre que vous jugeriez à propos de prévoir... Je me demande si, par un ensemble de mesures transitoires, il ne serait pas possible d’arriver, après une période plus ou moins longue, à faire des pièces à l'effigie nalionale, le principal instrument des échanges dans l’intérieur de notre colonie. »

En conséquence, des pièces de 5 francs furent envoyées en Cochinchine par le Trésor. « Cette fois, dit M. Arnauné, les écus furent acceptés, recherchés même par le commerce : mais ils ne restaient pas dans la circulation, ils étaient immédiatement réexportés. Le Trésor recevait et livrait les piastres, à cette époque, au taux fixe de 5 fr. 35. En réalité, par suite de la dépréciation de l'argent, la piastre ne : valait guère plus de 4 fr. 75. C’est à ce taux que le banquier recevait du commerçant obligé de faire une remise sur Paris les espèces que celui-ci aurait reçues du Trésor au taux de 5 fr. 35. Au contraire, l’écu aux empreintes françaises était toujours pris au taux minimum de 4 fr. 85. A la vérité, cet écu contenant moins d'argent fin que la piastre, il peut paraitre surprenant qu'il valût o fr. 10 de plus, mais un écu français est en réalité une valeur fiduciaire garantie par le gouvernement français et qui, à Paris, peut s’échanger contre 5 francs d'or... Le bénéfice de l'exportation des écus a grossi avec

la dépréciation de l'argent... Dès 1858, les écus, à peine arrivés dans la colonie, étaient réexportés en France... On a même prétendu que par suite d’opération de cette nature, des caisses de monnaies d’argent furent réexpédites dans la métropole sans avoir même été ouvertes... (1). »

Un témoin oculaire affirme que « dans une période de quatre mois, tout fut absorbé et retourné en Europe, soit par le commerce, soit par les banques qui achetaient à prime les pièces de 5 francs ». L'épreuve était-elle décisive cette fois et allait-on renoncer désormais à vouloir remplacer les piastres par la pièce de 5. francs. L'échec tenait-il à des causes essentielles ? Ne tenait-il pas seulement à des causes accidentelles ?

En 1886, l’administration émit de nouveau l’idée d'introduire en Indo-Chine la pièce de 5 francs. « La France en a plus qu'il ne lui en faut : elle nous en donnera autant que nous en voudrons etnous pourrons substituer cette monnaie nationale à la piastre dans toutes les opérations financières de la Colonie. » Le projet n’aboutit pas, et ne pouväit pas aboutir. Dans un travail lu devant la Chambre de commerce de Saïgon, le 16 août 1886, l’un des plus notables commerçants de la Colonie en donnait les raisons ; les voici, très brièvement : Si l’on remplaçait totalement

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