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L'OR ET L'ARGENT ENVISAGÉS GOMME INSTRUMENTS MONETAIRES

Une des questions le plus débattues^ en oe qui concerne le problème monétaire, est celle de l'emploi simultané des deux métaux précieux, For et l'argent ; on lui a improprement donné le nom de question du double étalon. De cette dénomi^ nation équivoque est venue la confusion qui règne à oe sujet dans beaucoup d'esprits.

Il existe un étalon, o'est*à^dire une mesure fixe^ absolue, invariable, à laquelle toutes les autres quantités se rappor tent sans aucune chance de mutation quelconque, il existe un étalon pour la longueur, c'est le mètre ou Taune; il existe un étalon pour le poids, c'est le kilogramme ou la livre ; il existe un étalon pour la capacité, c'est le litre* Chaque grandeur se mesure ninsi par Une grandeur déterminée, stable, certaine, de la même espèce.

1 Extrait d*une lettre adressée à M. Alfred Latham, un des directeurs de la Banque d'Angleterre.

XXVIII NOTES PRÉLIMIKAIHES

fin vertu de ce principe^ la valeur doit être mesurée par une valeur; mais ici la nature de Tobjet employé comme point commun de comparaison, change. Il ne s'agit plus d'une conception en quelque sorte abstraite, immuable, permanente^ mais d'une chose qui possède une valeur, et qui est par là môme sujette à se modifier par rapport aux autres objets dont elle est appelée à traduire l'évaluation en une sorte de langue universelle.

Employer ici le môme terme d'étalon, c'est risquer fort d'induire en erreur ceux qui acceptent d'habitude une similitude de dénomination pour une identité de signification.

Il n'existe pour mesurer la valeur rien qui soit comme le mètre, le kilogramme ou le litre, quantités immuables destinées à déterminer la longueur, le poids ou la capacité. Afin de rester dans la rigueur de la langue scientifique, et cette rigueur est indispensable pour qui désire éviter toute équivoque captieuse, il faut reconnaître qu'il n'y a pas et qu'il ne saurait y avoir d'étalon, c'est-à-dire de mesure invariable de la valeur ; on ne rencontre ici qu'un tertium cornparationis, une quotité intermédiaire assujettie aux conditions des choses contingentes, c'est-à-dire au changement, une marchandise-tierce appelée à mesurer les autres marchandises, tout en se modifiant elle-môme dans le cours du temps et dans l'étendue de l'espace.

Le consensus gentium et la loi qui lui a servi d'expression ont adopté les métaux précieux, l'or et l'argent, pour remplir cet office fécond d'instrument des échanges, destiné à faciliter les transactions en servant à la fois de mesure, d'équivalent et de monnaie, c'est-à-dire de moyen légal de libération^ appelé à effectuer la solutio de tous les engagements, c'est-à-dire à les terminer et non pas à créer une obligation nouvelle comme la simple datio in solutum.

J'emploie ici les termes juridiques, car il est essentiel de joindre à la conception économique de la monnaie la conceptioD légale qui la dislingue ; il en résulte des conséquences importantes dont il faut tenir grand compte.

La monnaie est sans contredit une marchandise qui sert à évaluer et à faire circuler les autres marchandises; elle les ramène à un dénominateur commun et elle en forme Véquivalent; mais, outre ces qualités^ elle possède encore celle d'être la seule marchandise libératoire^ la seule qui traduise tous les engagements et qui, faute de Taccomplissement de ceux-ci^ les remplit et les exécute.

Ces propriétés précieuses et spéciales permettent suffisamment d'apprécier les services rendus à la civilisation et aux rapports mutuels entre les hommes, par la mo^inaie, dont les métaux précieux, Vor et Vargent formeut la substance. Ces deux métaux sont les seuls employés d'une façon générale et permanente à remplir l'office monétaire -, inutile d'en développer les raisons suffisamment connues. Mais il est utile d'ajouter que ces métaux ont de tout temps été mis en oeuvre, soit simultanément dans certain pays, soit séparément dans divers États, et qu'ils ont été tous deux munis de la faculté libératoire.

Jamais jusqu'ici on n^avait conçu la pensée d'exclure d'une manière absolue l'un des deux métaux précieux employés sous forme monétaire avec le pouvoir qui en dérive, non pas seulement des relations légales dans tel ou tel pays, mais des relations de tous les États ; la pensée de constituer Vunité monétaire sur le principe de Yunifoi^mité métallique n'a pas encore été soumise à un examen suffisamment approfondi. Ce système amènerait des conséquences graves, qui n*ont pas été complètement mises en lumière.

Nous avons dit que la valeur n'a point ^'étalon invariable;

XXX NOTICS PRÉLIMINAIRKB

tout ce à quoi il est permis d'arriver, c'est à constituer un instrument de comparaison, une marcftandise- tierce, qui s'éloigne le moins possible de la rigoureuse infitiibilité des poids et mesures véritables. Le consensus gentium, basé sur la nature des choses^ a fait admettre dans ce but, de tout temps, parmi les peuples plus ou moins civilisés, Tor et Targent simultanément, sans eiclusion d'aucun de ces deux métaux précieux. On a fait plus, dans beaucoup d'Etals, en vue de la faculté libératoire^ qui est un caractère essentiel de la monnaie : on a déterminé tantôt la quotité d'or et tantôt la quotité d'argent qui devait servir d'unité de compte légal ; ailleurs on a calculé comment on pouvait faire correspondre des quotités déterminées d'or et d'argent, admises simul* tanément pour représenter Vunité de compte, et dotées en môme temps de la faculté de libération. Tel est le système français consacré par la loi de germinal an XI, système qu'on a prétendu désigner sous le nom de double étalon, Doppel^ wdhrung.

Il en résulte non pasune proportion invariable, qu'aucune injonction législative ne saurait établir entre 15 et demi d'argent et 1 d'or, mais, ce qui est tout différent, un change légal, la faculté de se servir comme moyen de libération, poids pour poids en métal fin» au même titre de 9 dixièmes, de quinze et demi d argent ou de un d'or.

Cette disposition, arbitraire en apparence, se résout en une mesure plus constante de la valeur, en une expression plus fidèlement régulière des engagements et des transactions.

Il n'existe pas deux étalons de la valeur, Vox et l'argent, c'est vrai; mais il ne saurait non plus en exister un seul, qu'on veuille le construire d'or seulement ou émargent seulement» Chacun de ces métaux saraaiteint par les rérolutions successives de la production et des frais d'exploitation. Chaque

SUR r.A QUESTION MONÉTAIRE. XXXI

changement qui les affectera en hausse ou en baisse fera naître une oscillation de valeur bien plus forte, alors qu'à Voffre accrue ne viendra point correspondre une augmentation naturelle de la demande. Or la faculté de se libérer moyen* nant un poids défini d'or ou d'argent^ soU dans le même pays^ soit dans des pays différents, fait que du moment où une certaine diminution de valeur réduit Tun des deui métaux, GO le recherche alin de profiter, dans le môme État ou au dehors, de la pumancc Uhératoire qu'il exerce à meilleur compte. Avec la facilité et la rapidité des communications el avec la oommodité du transport des métaux précieux, à chaque variation de prix qui les affecte correspond un dé* placement qui entretient réquiUbre universel des évaluations métalliques dans le monde. Ce jeu régulier d'un nivellement nécessaire explique comment chaque variation subie, soit par Tor^ soit par Targent, rencontre immédiatement une contrepartie qui arrête soit l'élévation, soit la dimiuution ultérieure, et qui renferme ToscilUtion subie dans un rayon restreint, en la ramenant sans cesse vers le centre de gravité.

Tel est le résultat excellent de la faculté libératoire maintenue soit dans les mêmes pays, soit dans des pays différents, à Vor et à ïargent. Dans le premier cas, chaque débiteur possède une faculté alternative de payement, soit en or, soit en argent, et en usant de cette faculté il travaille à maintenir la stabilité de la meêure commune j puisqu'il empêche la baisse de prendre une proportion quelque peu large au détriment du métal plus offert.

Un effet analogue se produit à Tégard des relations mutuelles des pays à base d*or et des pays à base d'argent. Ils possèdent^ à eôté du métal préféré par la loi monétaire, une certaine masse de l'autre métal, destinée aux rapports extérieurs, et le mouvement de compensation se produit spontanément.

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