LOR ET L ARGENT
valable par elle-même, elle doit nécessairement varier: il existe un étalon pour les poids et mesures, et c'est la fixité naturelle de cet étalonnage, toujours appliqué suivant un principe commun, qui fait la supériorité du système métrique, elle en doit amener l'usage universel; il n'existe pas d'étalon pour la valeur. On ne saurait employer cp terme, en ce qui concerne la monnaie, quen le détournant du sens scientifique qui lui appartient, et en risquant de produire la confusion dans les idées par la confusion du langage.
Qu'on ne dise point que l'expression : étalon monétaire a une autre acception que celle d'étalon des poids et mesures, qu'elle se borne à indiquer le type métallique, auquel on ramène les instruments employés pour mesurer la valeur, sans qu'il en résulte une fixité quelconque pour la valeur même adoptée comme point de comparaison. Condillac a raison de le dire : une langue bien faite est la condition première de la clarté dans les discussions qui s'engagent ; évitons un malentendu , trop facile à commettre , quand on applique à deux ordres d'idées essentiellement distincts une dénomination identique. Le vieil adage: Citius ex errore veritas emergit quam ex confusione, est toujours vrai, nous en rencontrons la preuve saillante dans la question qui nous occupe en ce moment. Les nombreuses dissidences qui se produisent tiennent à une équivoque qu'il importe de dissiper.
En second lieu, la valeur qui sert à mesurer les
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autres valeurs est elle-même une marchandise, d'un genre particulier, il est vrai, dotée par la loi d'un pouvoir distinct, sans jamais s isoler de la qualité substantielle à laquelle se rattache le rôle considérable que cet instrument remplit dans les relations humaines.
Il ne suffit pas qu'un objet soit valable, pour qu'il serve utilement d'instrument de circulation. Dans son admirable traité sur la formation et la distribua tien des richesses, Turgot a posé le vrai principe : toute marchandise a les deux propriétés essentielles de la monnaie, de mesurer et de représenter toute valeur, et, dans ce sens, toute marchandise est monnaie. Réciproquement toute monnaie est essentiellement marchandise. Mais les métaux, et surtout l'or et l'argent , y sont plus propres qu'aucune autre substance. Ils sont homogènes, durables, se divisent et se recomposent à volonté, se conservent sans perte, se transportent sans grands frais, car ils possèdent une grande \aleur sous un poids et un volume peu considérables, et ils sont faciles à vérifier pour leur qualité. Tels sont les motifs en vertu desquels Vor et Vargent sont constitués, par la nature des choses, monnaie et monnaie universelle^ indépendamment de toute convention et de toute loi *; ils ne
^ On remarquera que Turgot met sur la même ligne Por et Targent, en montrant qu'ils possèdent une aptitude égale pour remplir la fonction monétaire. Tel est le sens dans lequel se sont exprimés presque tous les économistes qui font autorité.
« L'or et Targent^ ditRicardo^ ayant été choisis comme agents de la circulation générale, se trouvent, par les besoins du commerce, distri-
10 L*OR ET L*ABGENT.
sont point des signes de la valeur; ils sont susceptibles de former la mesure et le gage des autres valeurs, comme tous les autres objets qui sont dans le commerce, et qui ont une valeur. Us n'en diflFèrent que parce qu'étant à la fois plus divisibles, plus inaltérables et plus faciles à transporter que les autres marchandises, il est plus commode de les employer à tout mesurer et à tout représenter. Les autres métaux sont loin de posséder ces qualités diverses au
biiés dans les diverses pnrlies du monde en des quantités parfaitement proportionnées à rimportance des affaires qui se feraient s'il n'existait pas de métaux précieux et si le comnnerce entre les différents peuples consistait simplement en un commerce de troc, d'échange immédiat*.» (Princ, d'éc. poL, cliap. vu.)
Après avoir fait cette citation, Malthus ajoute (Prtnc. (fée. p^L, chap.ii, sect. VU, p. 118, édit. Guillaumin) : a Cette distribution universelle s'effectue en réalité par les mouvements du change. »
Si nous croyon? utile de relever les paroles de Ricurdo, c'est qu'elles Tiennent à l'appui dos idées exprimées par J.-B. Say, par Malthus, par Turgot, pour monirer que tous admettaient comme chose nécessaire l'emploi de l'or et de l'argent dans l'office monétaire. J.-B. Say ne veut pas d'un rapport fixe établi par la loi entre les deux métaux, parce qu'il n'envisago la monnaie que comme une simple marchandise, sans s'occuper assez du pouvoir libératoire qu'elle exerce. Adnm Smith se préoccupe de Texportation possible de l'espèce de monnaie qui serait trop peu évaluée, et il laisse pressentir le système admis aujourd'hui en Angleterre; mais l'ensemble de sa doctrine a constamment en vue les deux métaux précieux, mis en œuvre concurremment. Où sont donc ces grands économisles dont l'accord unanime condamnerait la doctriHe surannée du double type métallique, et comment s'étabUrait un concert réprobateur entre des écrivains qui ne parlent point de la question, ou qui disent le conlraire de ce qu'on prétend leur faire dire? L, W.
* Le procédé mathématique de Ricardo l'entraîne ici trop loin. 11 raisonne comme s'il était question de qualités similaires àei transactions, en laissant de côté l'influence qu'exerce la monnaie métallique sur la multiplication des rapports entre les hommes. Avec un commerce de troc et d'échange immédiat, ces rapports seraient restés dans l'état rudimentaire^ et les progrès de la civilisation n'auraient pu s'accomplir. L. W.
même degré, aussi ne sont-ils utilisés à cet usage que subsidiairement; ils n'ont pas également con* tribué à faciliter la division du travail et Tassociation des eflForts, ce point de départ de tous les progrès de la production.
Turgot n'insiste pas assez sur une qualité essentielle des métaux précieux, celle de varier le moins de valeur dans l'espace de temps qui embrasse la durée ordinaire des transactions humaines. Us ne se consomment guère et leur masse se conserve en grossissant ; quelle que soit l'importance des récoltes nouvelles d'or et d'argent, la proportion dans laquelle elles se produisent diminue vis-à^vis des réserves acquises, et, par voie de conséquence, leur influence sur la valeur totale décline. Tandis que des moissons plus ou moins abondantes font rapidement osciller le prix du blé, parce que la portion conservée n'atteint pas le chiffre d'une seule récolte, les alluvions d'or et d'argent n'expriment qu'une fraction minime des existences en métaux précieux. La valeur de ceuxci conserve une marche plus régulière, elle échappe à des variations soudaines. Cet avantage particulier a beaucoup contribué à les faire adopter et conserver comme monnaie. Nous reviendrons sur cette consi-^ dération, elle nous semble dominer le problème des instruments de la circulation.
Si nous avons réussi à rendre clairement notre pensée, il doit être reconnu qu'au lieu de se poser d'une manière simple, comme la question des poids et mesures, la question de la monnaie est singuliè-
12 l'or et l'argent.
rement complexe. Elle se présente principalement sous un double aspect, qu'il est essentiel de ne point confondre :
La fixité matérielle de la substance employée pour V outillage monétaire ;
La stabilité de la valeur exprimée par cette substance.
Quant à la première question, tout le monde est d'accord, personne ne conteste Tutilité d'une règle immuable qui préserve les disques de métal employés sous une certaine dénomination, de toute altération intrinsèque, de toute détérioration quant au poids et au titrcj c'est-à-dire quant à la proportion de For et de l'argent purs qui entrent dans la masse. Ramener la composition et le poids des espèces métalliques à un rapport constant avec la base adoptée par le système métrique, c'est une décisive conquête; elle élève désormais un obstacle invincible au retour du morbus numericus, dont gémissaient les siècles passés; elle prévient les falsifications officielles qui jetaient fréquemment le désordre dans les transactions, et qui faisaient la désolation de l'agriculture, du commerce et de l'industrie. Nous possédons .enfin des espèces sonnantes, droites de poids et de titre, qui échappent à la fraude et aux mutations capricieuses ; les anciennes erreurs qui rattachaient au pouvoir souverain la faculté d'imprimer aux pièces d'or et d'argent une valeur arbitraire, sont dissipées; on est revenu aux notions exactes, déjà formulées par le génie d'Aristote et par la pénétrante logique des jurisconsultes romains.
Aristote dit, en parlant de la monnaie :
« On convint de donner et de recevoir dans les échanges une matière qui, utile par elle-même, fût aisément maniable dans les usages habituels de la vie ; ce fut du fer, par exemple, de l'argent, ou telle autre substance analogue, dont on détermina d'abord la dimension et le poids, et qu'enfin, pour se délivrer des embarras de continuels mesurages, on marqua d'une empreinte particulière, signe de sa valeur. »
Le principe est nettement posé ; une marchandisetierce, tertium comparationis^ comme l'ont nommée les jurisconsultes romains, facilite les relations d'échange, en ramenant la valeur de tous les produits au langage commun du prix; cette marchandisetierce y di\xi par la substance^ par la composition intrinsèque, qu'un signe extérieur, rempmwte, se borne à constater et à révéler.
Cette vérité fondamentale n'a jamais été plus clairement mise en relief que dans ce passage admirable de Paul, conservé au Digeste (1. 18, titre 1, 1).
« La vente commença par l'échange ; jadis il n'y avait pas de monnaie, et rien ne distinguait la marchandise du prix. Chacun, suivant la nécessité des temps et des choses, troquait ce qui lui était inutile contre ce qui pouvait lui présenter de l'utilité, car on voit le plus souvent que ce que l'on possède en trop manque à Tautre. Mais comme il n'arrivait pas toujours ni aisément que l'un possédât ce que l'autre désirait, on choisit une matière dont la constatation publique et durable permît de subvenir aux diffi-
H l'or et l'argent*
cultes commuDôB de rechange par Fidentité de Tévalualîoo : cette matière, revêtue d'une empreinte officielle , ne porte plus le nom de marchandise, mais celui de prix. »
Certes, Adam Smith, Turgot et J.-B. Say n'auraient point hésité à signer cette belle définition, qui suffit pour montrer que si V économie politique est devenue depuis un siècle une science distincte, les doctrines fondamentales qu'elle enseigne étaient en grande partie familières aux esprits éminents de Tanliquité.
V L'autorité gardienne de la loi publique fut appelée à constater et à garantir la composition et le poids des espèces métalliques. Cette mesure de garantie ne tarda pas à devenir l'occasion et le pré* texte des fraudes les plus honteuses et des altérations les plus graves. La foi attachée à l'empreinte fit naître la tentation d'en abuser ; le prince auquel la fabrication de la monnaie était dévolue, car il était présumé devoir veiller en père sur la richesse publique , se persuada ou feignit de croire que la valeur de la monnaie venait de l'effigie destinée simplement à en certifier l'intégrité. La monnaie» appelée à servir de régulateur aux conventions et de gage aux échanges, perdit le caractère essentiel de pu* reté et de fixité, en subissant l'atteinte de la fraude '. »
Les erreurs et les abus se tiennent i la sophistication officielle de la monnaie entraîna la défense d'ex-
^ Voir notre mémoire sur Nicole Oresme (p. xxxviï) publié dans le volume : Nicolt Oresme et Copernic, 1864.
porter le numéraire et les violences du maximum : elle s unit aux rigueurs du système mercantile pour entraver les rapports entre les peuples et pour susciter de tristes hostilités.
Les pratiques déplorables des gouvernements»
empressés de tourner au profit d'un fisc besogneux la vieille idée qui rattachait la valeur des monnaies à la volonté arbitraire du prince, luttèrent contre les révoltes de la conscience et contre les enseignements d'esprits supérieurs, affranchis de la routine, instruits aux sources pures de la sagesse antique, mûris par la réflexion.
Nous avons essayé^ il y a quelques années, de mettre en lumière deux documents presque inconnus et ou* bliés : le Traictie de la première invention des monnoies, de.Nicole Oresme, évêque de Lisieux (écrit vers 1370), et le Traité de la monnaie, de l'astronome Copernic (écrit vers 1526) \ Ces deux ouvrages ren* ferment des aperçus sains et vigoureux; ils témoignent d'une égale entente de l'importance attachée à ce que l'instrument des échanges soit maintenu droit de poids et de titre, et d'une pareille justesse de vues en ce qui concerne le pouvoir du prince sur le règlement de la valeur monétaire.
Nicole Oresme et Copernic parlent de l'or et de l'argent comme étant destinés, par la nature des choses, à servir de monnaie.
Le prince a été appelé, comme personne publique
* Nicole Ore$m€ et Copernic, i vol. gr. in-8**, 1864. Guillaumiri, éditeur.
16 l'or et l'argent.
et de la plus grande autorité, à signer la monnaie ; « le cours et prix des monnoies doit être au royaume comme une loy et une ferme ordonnance qui nullement ne se doit muer ni changer \ » L'effigie du prince ne doit servir que de garantie. La mutation des monnaies est d'autant plus périlleuse qu'<f elle n'est pas sitôt sentie ni aperçue du peuple, comme le serait une autre cueillette, et toutefois nulle telle ou semblable ne peut être plus griefve ni plus grande *. » Encore en la terre où telles mutations se font, le fait de marchandise est si trouble, que les marchands et méchaniques ne savent comment communiquer ensemble^., et ainsi par telles mutations le monde est troublé ^ »
Ces justes appréciations de Nicole Oresme sont confirmées par Copernic : <c Quelque innombrables, dit-il, que soient les fléaux qui d'ordinaire amènent la décadence des royaumes, des principautés et des républiques, les quatre suivants sont à mon sens les plus redoutables : la discorde, la mortalité, la stérilité de la terre et la détérioration de la monnaie. Pour les trois premiers, l'évidence fait que personne n'en ignore. Mais pour le quatrième, qui concerne la monnaie, excepté quelques hommes de grand sens personne ne s'en occupe. Pourquoi? Parce que ce n'est pas d'un seul coup, mais petit à petit, par une action en quelque sorte latente, qu'il ruine l'État *. »
i.«-8 Nicole Oresme et Copernic,
* Voir notre volume : Traité de la monnaie de Copernic , p. 49 et 81.
Et il ajoute :
a L'or et l'argent marqués d'une empreinte constituent la monnaie servant à déterminer le prix des choses... La monnaie est donc en quelque sorte une mesure commune d'estimation des valeurs; cette mesure doit toujours être fixe et conforme à la règle établie. Autrement, il y aurait de toute nécessité désordre dans 1 Etat : acheteurs et vendeurs seraient à tout moment trompés, comme si l'aune, le boisseau ou le pied ne conservaient point une quotité certaine *. >»
Enfin le grand astronome détermine les conditions de la monnaie :
« L'établissement de la monnaie a la nécessité pour cause. Bien qu'en pesant seulement Vor ou Yargent, on aurait pu pratiquer les échanges, ces métaux étant considérés partout du consentement unanime des hommes comme chose de prix, cependant comme il y aurait de nombreux inconvénients à être obligé d'apporter toujours des poids avec soi, et tout le monde n'étant pas apte à connaître du premier coup d'œil la pureté de l'or et de l'argent, on convint de faire marquer la monnaie par l'autorité, d'une empreinte destinée à révéler ce que chaque pièce contient d'or et d'argent et à servir de garantie à la foi publique *. »
Nous ne voulons pas multiplier ces citations, bien qu'elles semblent avoir un intérêt de doctrine, supé-
*-* Voir noire volume : Traité de la monnaie de Copernic , p. Ai et 89.
18 l'ob kt l AR6Eirr4
rieur à celui d'une simple satisfaction de la curiosité provoquée per une sorte d exhumation archéologique. Les principes nettement établis et acceptés aujourd'hui ne sont que la confirmation définitive des vérités comprises par les esprits éminents des temps passés. Jean Bodin en France (1568 et 1578), Scaruffi, en Italie (1582), Price Vaughan, Cotton, Petty. North, Harris cl Locke en Angleterre (au dix-septième siècle), ont parcouru successivement la voie ouverte par Nicole Oresme et par Copernic*; leurs eflForts réunis, couronnés par les travaux des économistes modernes» au premier rang desquels brille Turgot» ont réussi à introduire dans la pratique des nations les règles sur lesquelles repose la fixité des espèces métalliques.
Ces règles sont consacrées par nos lois, qui ont relié le système monétaire au principe immuable du
' Le Club d'économie politique de Londres a publié, sous le titre de Tracts on numey, le recueil des plus anciens écrits consacrés à celte matière en Angleterre. En tète Ogure le tratail de Price Vaugtiftn : À dis* course of coin and coinage, the firsi invention^ use, matter, forms, proportions and différences, ancienl and modem,
MaC'Cùllocli assigne à cet écrit la date de 4610 à 1633; il dit, dans la préface de celte publication :
It is tlie eurliest work in the english language, that give a gênerai view of the origin of money, Ihe raalerlals oF which ithasbeen fortned, ils uses, and the abuses to which ii bas beea subjected. »
Dans son traité de 1626, Gotton s'attache à combattre Terreur, commune alors, qui attribuait la valeur de la monnaie à la volonté du prince : * Het^sy that the value of coins was to a considérable éxtent dépendent on the stamp by Which tliey were impressed. » La substance de la monnaie en détermine la valeur intrinsèque ; elle doit être une marchandise reconnue et certiûée , pour remplir la fonction monétaire.
QUESTION monétaire;. 19
système métrique* Le rapprochement auquel TExpo*sition universelle a donné le signal, devra amener une entente commune pour Tadoption dun type uniforme des poids et mesures, et d^une échelle pré* oise pour la correspondance établie entre les monnaies deft divers Etats*
Les altérations et les fraudes pratiquées dans les siècles passés sous le couvert de l'autorité souveraine, rencontrent de notre temps une condamnation unanime. Le monde est presque entièrement guéri du morbus numericus^ dont Nicole Oresme et Copernic ont tracé la fidèle image; il importe de réaliser une dernière conquête, à laquelle la fixité introduite dans le système monétaire de chaque Etat a préparé la voie, et qui consiste à ramener à un rapport uniforme les pièces de monnaie, désormais mises à labri des sophisti(iations locales.
11 faut bien le dire ; ici, comme dans toutes les directions dans lesquelles s'engage la pensée humaine, le souvenir du passé exerce un grand empire; on s'attache d'abord à guérir les plaies faites, à empêcher le retour d'anciens abus. Rien de plus naturel. En ce qui concerne la monnaie ^ l'attenlion générale a dû se porter en premier lieu sur les dispositions propres à garantir la permanence du poids et du titre adoptés, à régulariser ce qui constitue la /îœHé niaiérielle du régime monétaire. Nos lois ont pleinement atteint ce but, en établissant une proportion précise entre la composition intrinsèque de chaque pièce de numéraire et le système métrique. On a fixé un nombre
20 l'or et l'argent.
défini de grammes et de centigrammes d'argent et d'or, à un dixième d'alliage. Cela suffit pour empêcher à l'avenir toute fraude, toute sophistication de la monnaie*; il serait fort désirable que tous les peuples tombassent d'accord sur un principe uniforme qui servirait à établir une concordance facile entre les monnaies des divers Etats,
Nous n'attachons sous ce rapport d'importance .véritable qu'à un seul principe, c'est que le type choisi devienne commun pour le numéraire des diverses nations. La solution, bonne en théorie, sera d'autant plus favorable pour la pratique, que la corrélation deviendra plus facile à établir entre les disques métalliques, appelés à constituer effectivement une monnaie internationale. Que la monnaie soit forgée exclusivement en or ou en argent, ou bien qu'elle fasse fonctionner les deux métaux, déjà reliés par une solidarité intime, et dotés également des qualités monétaires, c'est une question distincte, c'est la véritable question économique, à laquelle nous nous proposons de consacrer un examen attentif. Mais il faut, avant tout, que les espèces, quelle qu'en soit la substance, conservent une relation invariable de poids et de titre. Telle est la question technique^ qui se trouverait résolue par un système commun des poids et mesures, système qui donnerait une consécration suprême et définitive à l'œuvre accomplie par l'Institut de France, quand il a fait admettre le principe métrique.
* Il importe fort peu que la fraction décimale soit plus ou moins arrondie, pourvu qu'elle demeure invariable.
Nous pouvons considérer ce premier point, comme admis; la stabilité matérielle des monnaies, préservée de tout échec, et ramenée à une règle commune dans le monde entier, promet d'être un des résultats de l'exposition de 1867.
A côté de cette solution heureusement acquise sous l'influence du système métrique, vient se placer un autre problème sur lequel l'attention générale ne s'est point fixée jusqu'ici d'une manière aussi précise, le problème non pas de la stabilité matérielle^ celle-ci demeure assurée, mais de la stabilité écoûomique de l'instrument des échanges, qui doit mesurer la valeur des choses, traduire le sens des conventions et assurer la loyale exécution des engagements contractés.
La loi de germinal an XI. a formulé sous ce rapport une solution, vivement attaquée. La monnaie possède le caractère d'instrument libératoire ; la loi de germinal a doté à la fois de ce pouvoir et l'or et l'argent, employés comme matières premières du numéraire , elle s'est refusée à frapper d'une sorte d'ostracisme l'un. des deux métaux précieux, alors que lexpérience de tous les temps les montrait unis, presque partout, pour remplir les fonctions monétaires. Le principe sur lequel cette loi repose, et qu'il iraporte de mettre en lumière par l'étude exacte et complète des travaux préparatoires et de la discussion, loin de contredire les saines doctrines d'économie politique, les applique d'une manière heureuse et pratique. L'expérience accomplie confirme d'une façon éclatante ce que l'étude théorique'semble recommander.