‹ La question monétaireChapitre 3 sur 27 · RÉUNION DU !«' JUIN · texte numérisé non relu

RÉUNION DU !«' JUIN

H. Wolowskiy membre de Tlnstitut^ ne saurait admettre TexpressioD d'étalon appliquée à la monnaie : elle laisse supposer la recherche d'une mesure fixe^ invariable, destinée à déterminer le prix des choses, comme le mètre établit la lon« gueur, le kilogramme indique le poids^ le litre traduit la capacité. Rien de pareil ne se rencontre quand il s'agit de la valeur, qui résulte d'un rapport essentiellement variable : ici la grandeur, destinée à servir de terme de comparaison aux autres grandeurs de même espèce^ est mobile de sa nature : elle ne présente rien d'absolu ; elle change de signification suivant les temps et suivant les lieux.

Un point sur lequel tous les économistes sont d'accord, c'est qu'il ne saurait y avoir d'étalon de la valeur, c'est que le rechercher c'est affronter un problème analogue à celui de la quadrature du cercle. £n englobant dans un même ordre d'idées les poids et mesures avec la monnaie^ et en appliquant

IV NOTES PRÉUMIMAIRES

une dénomination ayant déjà un sens défini à Yévaluateur commun, on arrive, par la confusion du langage, à une confusion dans les idées. — Toute science exige une langue bien faite; il n^y a aucun pédantisme à vouloir préciser le sens des termes qu'on emploie , autrement on risquerait fort de voir les débats sur les principes dégénérer en une vaine querelle de mots.

Le point de départ de cette discussion doit donc être la reconnaissance d'un fait capital : il n'y a point (Vétaion fixe en ce qui concerne Testimation des choses^ on ne saurait rencontrer ici qu'un objet variable par nature , et tout ce qu'il est permis de rechercher^ c'est que le terme de comparaison admis soit aussi stable que possible, sans qu'il puisse jamais atteindre la stabilité parfaite.

La question devient plus sérieuse quand on songe quQ la marchandise-tierce, destinée à servir de terme commun de comparaison à tous les produits et à tous les services, doit aussi traduire le sens de tous les engagements, de toutes les conventions, de tous les contrats, et qu'elle est seule armée du droit d'accomplir les transactions, étant dotée par la loi de la faculté libératoire, La monnaie acquitte les dettes^ elle solde les dommages-intérêts, elle traduit en un langage universel les rapports particuliers des hommes entre eux. Pour mesurer de la manière la moins imparfaite les valeurs, elle doit posséder une valeur intrinsèque, être ellemême une marchandise. Mais elle constitue une marchandise sui generis, d'un caractère spécial; en effet, aucune autre marchandise n'est, du consentement commun des hommes, aussi bien qu'en vertu d'une disposition impérative de la loi, appelée à jouer un rôle essentiel dans l'ensemble des transactions. Présente ou absente, la monnaie les détermine toutes ; qu'elle passe de main en main, comme

objet d'échange, ou qu'on ne l'emploie que pour préciser le sens des stipulations arrêtées, elle domine le marché^ elle devient le lien de tous les rapports. Rien de plus utile, de plus important que d'en amoindrir les variations, sous un double point de vue, et pour la fixité de l'instrument matériel, et pour la stabilité de la mesure que cet instrument constitue.

Cette question présente un aspect technique et un aspect économique. M. Wolowski croit qu'on s'est jusqu'ici plus préoccupé du premier que du second. On a prétendu que tous les économistes étaient d^accord pour proscrire le double étalon; ce qui est vrai, c'est qu'une inexactitude de langage a fait employer cette locution pour désigner la coexistence des deux monnaies d'or et d'argent, liées par un rapport légal et uniforme. On ne saurait vouloir un double étalon, là où il n'en existe même pas un seul. On confond le sens technique donné à la détermination fixe d'une base de comparaison pour les pièces de métal précieux mises en circulation, avec le sens économique de la monnaie, c'est-à-dire avec la mesure des prix. Du moment où le malentendu ainsi produit se trouvera dissipé, la solution du problème se trouvera singulièrement simplifiée. On reconnaîtra combien il était inutile de citer de grands noms complètement étrangers au débat actuel, et d'invoquer des opinions émises à l'occasion de données tout à fait différentes.

Loin d'admettre la prétendue condamnation qu'on a voulu présenter comme fulminée par d'illustres penseurs, et par l'unanimité des économistes, contre la doctrine qu'il soutient, M. Wolowski exprime la conviction que la plupart n'ont même pas abordé l'examen de la seule question véritablement économique, engagée dans le débat, c'est-à-dire la question de la stabilité de la mesure, nécessairement va-

Vt NOTES PRÉLmmAlRBS

riablo, employée à déterminer la valeur relative des choses et à traduire le sens des contrats.

La solution du problème technique est par elle-même d'une haute Importance ; personne ne contestera que l'idée de relier le système des monnaies à Timmuable fixité du système métrique ne mérite une reconnaissante admiration. Il faut que la substance des instruments employés soit toujours et identiquement la même : en précisant la quotité d'alliage, et, par conséquent, la proportion exacte du métal fin, et en établissant le rapport constant de chaque pièce de monnaie avec rétalon primordial de toutes les mesures, le mètre, par conséquent avec le globe terrestre, le législateur a conçu une grande pensée, destinée à mettre un terme aux tristes altérations infligées aux monnaies sous l'ancien régime. Désormais chaque disque de métal, recouvert du signe de la garantie publique, possède un poids in\uiriable d'or ou d'argent^ à un degré de fin permanent.

C'est une grande conquête ; elle sert de base à la régulari^ satioti définitive du système monétaire. En vertu de la loi de germinal an XI qui nous régit, nous connaissons d'une manière précise la quantité de métal fin contenue dans chaque disque employé aux échanges.

Mais en dehors de cette satisfaction légitime et heureuse donnée à l'application du système métrique se trouve, suivant M. Wolowski, le problème économique qu'il importe de vider. Le consentement spontané et universel a fait adopter les deux métaut précieux, Tor et l'argent, doués à peu près au môme degré de toutes les qualités monétaires, et les lois des pays civilisés leur ont, simultanément ou séparément, attribué la force libératoire, en leur imprimant le caractère de monnaie légale.

Pourquoi les métaut précieux ont-ils été l'objet de cette

SUR LA QUKStlON MONÉTAIRE. TU

pféférenôë, d'èibord spotitanôe, ensuite légale et obligatoireT C'est parce que moins que toute autre marchandise de nature à être conservée sans peine, transportée facilement, divisée et réunie à volonté, homogène et durable, les mé« taux précieux varient, quant à leur valeur intrinsèque^ pour les périodes qu'embrassent d'ordinaire les conventions hu** maines. Cette stabilité relative importe peu dans le troc, dont reflet se trouve immédiatement accompli^ elle importe beaucoup dans les transactions à terme plus ou moins éloigné. (( Dans rimpossibilité d'avoir une monnaie dont la valeur soit invariable, lé commerce a choisi les métaux dont la var leur varie le moins. La perfection des monnaies est un terme qu'on ne peut atteindre^ mais dont on doit lie rapprocher autant que possible K »

Cette première étape franchie^ il faut examiner quel est celui des deux métaux, l'or ou l'argent, qui peut être em« ployé avec le plus de stabilité (c'est la considération Capitale) à la fonctioii monétaire^ ou bien si le but ne se troit« verait point atteint d'une manière plus directe et plus sûre par Tadoption simultanée des deux métaux^ ainsi qu'on l'a fait, en vertu d'une impulsion instinctive, ohes tous les peuples civilisés. Le législateur doit-il obéir à la tendance indiquée par la nature des choses et par la coutume^ ou bien vaut-il mieux qu'il fasse un choix plus ou moins arbitraire et qu'il impose un seul métal préféré comme unique instrument lî^ bératoire ? Telleest la véritable^ la seule question à débattre ; elle se rattache 6 un intérêt économique dont il importe de saisir nettement la portée.

La plupart des écrivains qui se sont occupés delà monnaie n'ont envisagé la difficulté que par un seul côté, en se rattachant, souvent à leur insu, aux préjugés du système mer-

* Second rapport de M. feérenger, 17 fructidor an X.

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