VUI NOTES PRÉUM1NÀ1RE
cantile. Nous sommes, Dieu merci, loin des temps où Taccumulation des métaux précieux passait pour Tunique élément de la richesse. Le but que Ton poursuivait^ c'était de conserver les masses d'or et d^argent^ d'empêcher qu'elles ne s'écoulassent au dehors. On voulait maintenir un rapport fixe entre la valeur des pièces d'or et des pièces d'argent, et en môme temps conserver constamment celles-ci dans la circulation intérieure. Pour les retenir^ il fallait les ramener sans cesse à Téquilibre matériel ; autrement le métal le moins évalué légalement, attiré au dehors par un meilleur accueil sur le marché libre, aurait forcément quitté le pays. De là les refontes successives que favorisait aussi l'appât d'un bénéfice illégitime recueilli par le fisc ; ces refontes remplaçaient la naïve et audacieuse altération (Jes monnaies des siècles plus reculés et arrivaient au môme résultat, à la dégradation des
En présence de ce désordre, alors qu'il s'agissait d'empêcher que la mauvaise monnaie ne chassât la bonne, des penseurs distingués ont montré que la source du mal était dans le rat)port fixe d'une valeur légale entre For et l'argent, à une époque où Timportance moindre des réserves accumulées devait faire sentir d'une manière plus énergique et plus rapide rinfluence des nouveaux arrivages métalliques.
On s'inquiétait davantage de la conservation matérielle des métaux précieux que de la stabilité de l'instrument des échanges dans les rapports avec la sincérité des conventions.
Quand Petty et Locke ont parlé* contre l'emploi cumulé des deux métaux destinés à servir de mesure dans les échanges, ils ont dénoncé cet emploi simultané comme sujet à un échec, s'il devait toujours s'exercer au môme moment, dans le môme pays. Ils avaient raison en principe rigoureux, alors qu'on visait à conserver les deux métaux et à contrecarrer Texpor-
tation ; mais ils ne soDgeaient point à Teffet naturel qu'entraîne l'équilibre des valeurs. On voulait retenir d'une façon permanente l'or et l'argent ; il fallait^ à moins de se condamner à Vexpédient inique et onéreux des refontes successives, n'adopter qu'un seul métal comme instrument légal des transactions.
Le système est clair ; il peut, dans une certaine acception, passer pour rationnel, mais il ne réalise nullement la pensée de la mesure invariable de la valeur des choses, qui occupait déjà Tesprit de Petty et de Locke, a Ils faut, disaient-ils, que cette mesure reste perpétuellement la môme et reste dans la même proportion de valeur. Prendre pour mesufe commune de la valeur commerciale des choses^ des matières qui n'ont pas entre elles de rapport fixe et invariable^ c'est comme si Ton choisissait pour mesure de la longueur un objet qui fût sujet à s'allonger ou à se rétrécir ...» Ce que Petty et Locke ne voyaient pas suffisamment, c'est que l'inconvénient dont ils parlent est inévitable du moment où il s'agit de mesurer la valeur. Quand il n'y aurait dans chaque pays qu'un seul métal pour servir de monnaie de compte^ de gage des conventions et de mesure des valeurs, ce métal serait toujours sujet à renchérir ou à baisser : le mètre de la valeur n'échapperait jamais d'une manière absolue à la condition de s'allonger ou de se rétrécir.
Comment pourrait-il y échapper d'une manière plus durable et moins incomplète ? Tel est le véritable problème économique à vider. Le rapport permanent établi entre chaque disque de métal et le système métrique a heureusement résolu le problème technique, en rendant immuable la substance monétaire; il importe de compléter l'œuvre en obtenant la fixité la moins imparfaite de la valeur.
La solution admise par la loi de germinal an XI est la
X NOTEd PRÉLIMIUAIRBS
meilleure^ la plus conforme à Tintérét général. Le législa^ teur n'a nullement prétendu, comtiie une étude incomplète le lui impute à tort, que Tor et l'argent dussent demeurer dans un rapport absolument invariable; il a simplement ouvert la faculté alternative de se libérer en une quotité dé«terminée d'or ou en une quotité également déterminée d'argent ; il a établi le change légal entre les deut métaux^ comprenant k merveille que la variation du rapport ainsi établi ferait payer avec le métal qui aurait diminué de valeur.
On taxe cette règle dlnjuslice, on prétend que le créancier se trouve sacriûé au débiteur, et que par un jeu alternatif de diminution de valeur tantôt de l'un, tantôt de l'autre métal, on arrive à dégrader la monnaie et à fausser le résultat des conventions. En la formulant ainsi , M. Wolowski ne pense pas avoir affaibli la portée d'une objection qu^l regarde comme mal fondée de tout point.
Quel e^t l'effet de la prescription légale? Examinotis-le dans trois hypothèses .
La proportion indiquée se maintient, ou se rétablit: personne ne peut se plaindre : c'est le but même qu'on poursuit. Mais chacun le reconnaît, ce but ne saurait être constamment atteint : il se produira certaines oscillations, tantôt tiu profit de l'or^ tantôt au profit de l'argent, et le débiteur se libérera de préférence dans le métal le moins évalué* C'est vrai; loin d'y voir un mal, il faut y reconnaître le levier à l'aide duquel l'équilibre rompu tend à se rétablir de lui-môme. La facilité d'arrivage des métaux est telle que la plus légère différence dans le prix suffit pour appeler celui qui permet de réaliser h meilleur compte les engagements contractés. Mais aussi en présence de l'offre accrue^ la demande se porte tout entière de ce côté et fait contre-poids à la baisse. Telle est l'explication naturelle d'un phénomène qui
SUR LA OtESTlON MONÉTAIRE. XI
serait difBcile à expliquer, si Ton faisait abdtractioû de l'heuretlse faculté ouverte chez nous pdr la loi de germinal an XL
Nous avons traversé, durant ces soixante dernières années, la plus grande révolution métallique qui ait visité le monde^ depuis la découverte de rAmérique. Dans un court espacô de temps, les mines de la Russie, les placers de la Californie, les exploitations de TAustralie ont quadruplé la masse de Tor en portant la somme de ce métal, répandue aujourd'hui sur la terre, à 29 milliards de francs, somme supérieure à celle de l'argent, tandis qu'au commencement du siècle il existait presque trois fois autant d'argent que d'or. Cependant, après des oscillations très-faibles, puisque la prime au profit de l'argent n'a pas dépassé 15 francs pour 1000, le rapport entre les deux métaux se trouve revenu au point indiqué par là loi de germinal, si maltraitée, si honnie, et dont les défenseurs ont été, récemment encore, rudement malmenés!
Ce résultat est l'éclatante justification du système adopté, il en fait ressortir le mérite, capital en cette matière, de conduire à la plus grande stabilité de la mesure admise pour la valeur des choses, et, par conséquent, au respect le plus constant et le plus fidèle des conventions arrêtées.
Que serait-il arrivé si le législateur avait adopté d'une manière exclusive Tun des métaux précieux?
* S'il avait préféré l'or, comme on voudrait le faire aujourd'hui, que seraient devenus les prix et les contrats, en présence d'une masse presque quadruplée ? Quel bouleversement dans les rapports! quelle hausse nominale des valeurs! quelle perteinfligée à ceux qui travaillent M quelle spoliation des créanciers !
S'il avait préféré l'argent, la position eût été encore plus
1 Les salaires se ressentent le moins et le plus tard de la baisse de la valeur monétaire.