XII NOTES PRÉLIMINAIRES
difQcile,car Texpansion rapide delà productioa et des échanges aurait souffert de Tinsuffisance du stock monétaire; les prix auraient baissé, les engagements du passé se seraient aggravés, les débiteurs auraient été écrasés sous le poids des dettes^ subitement devenues beaucoup plus lourdes par Texhaussement de la valeur de l'argent, employé comme seul moyen de libération légale.
Notre Code, dans une prévision sage et humaine, a toujours eu soin de ménager la position de Tobligé : dans le doute, il veut que l'interprétation légale favorise celui-ci. On serait arrivé, au contraire, à peser sur la condition qui doit demeurer la plus favorable.
Qu'on ne dise point que le déplacement successif dans la valeur intrinsèque de l'instrument des échanges rétablirait réquilibre entre la position du créancier et celle du débiteur, en favorisant tantôt Tun et tantôt l'autre, tandis que le droit de payer avec le métal le moins évalué sacrifie constamment le créancier. — La succession d'une injustice à une autre injustice amène le désordre, au lieu de créer l'harmonie des intérêts. Ce dont un législateur sage doit se préccuper, c'est de restreindre ces écarts et d'arriver à les compenser, non en leur donnant un essor libre, mais en les ramenant sans cesse au centre de gravité et en créant une sorte de moyenne. La construction du pendule compensateur, composé de deux • lames de métal agissant en sens inverse, ramène à la régularité la mesure du temps, qui aurait été constamment troublée par l'influence de l'atmosphère si le pendule n'était formé que d'un seul métal. L'emploi simultané de Tor et de l'argent conduit à un résultat analogue en ce qui concerne la mesure de la valeur, qu'il rectifie et dont il modère les oscillations. La possibilité de s'acquitter avec celui des métaux dont la production» subitement accrue, fait baisser le
prix, renferme la baisse dans une limite étroite^ et conserve le sens fidèle des contrats.
Qu'on n'évoque point l'exemple de l'Angleterre, comme fournissant la preuve d'une condition exempte de péril, alors qu'un seul métal, Tor, y sert d'instrument légal des échanges. Cet argument appelle une double réponse. —Plus d'une fois des voix autorisées se sont élevées de l'autre côté du détroit pour dénoncer les inconvénients de cet état de choses, et pour demander que Targeot reprît dans la circulation la place à côté de Tor. D'ailleurs l'argent sert de tender légal aux Indes, cette immense fraction de Tempire britannique avec laquelle les relations de la mère patrie sont si multipliées. En réalité^ ce vaste et puissant empire emploie et l'or et Fargent.— Enfin, lorsqu'il s'agit d'étudier Tefifet d'une convention qui devrait embrasser le monde en entier, et y introduire le même système monétaire^ on aurait tort d'invoquer le résultat acquis pour un seul pays. Personne n'ignore que le marché universel des métaux précieux ramène promptement l'équilibre métallique. L'emploi monétaire de l'argent à côté de l'or dans d'autres grands Etats^ et notamment en France, a singulièrement contribué à rendre plus stable la valeur de l'or en Angleterre; il empoche les revirements subits de porter le trouble dans les transactions. Ce qu'il est utile d'étudier, c'est l'effet probable qu'auraient produit les alluvions soudaines et énormes de l'or depuis un quart de siècle si l'or avait été seul instrument légal des échanges, dans tous les pays civilisés. On arriverait à constater le péril qui en serait résulté et qui accompagnerait toute solution absolue. Le marché du monde a besoin de l'or et de l'argent. Se renfermer dans l'emploi de l'un de ces deux instruments métalliques, ce serait aggraver et multiplier les crises commerciales, ce serait altérer d'une manière continue le sens des
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coQtraU et la stabilité des relations dont la monnaie est ràmo.
L'esprit humain n'est que trop disposé à s'abandonner à rimpulsion d'un seul principe, en oubliant que, si Ton méoonnatt les influences diverses qui font de toute solution juste une résultante de forces diverses, on risque fort, avec le meilleur point de départ et sur la voie prétendue d'une infleiible logique, d'aboutir à Tabsurde. La vérité n'est point dans cette poursuite rectiligne ; elle se rencontre presque toujours au point d'intersection d'influences diverses, dont il importe de tenir compte. Il en est ainsi dans l'application spéciale de ces idées à la question monétaire : on veut obéir à la déduction mathématique d'un principe, il vaut mieux être moins absolu. L'intérêt général ne trouve^ rait point une satisfaction complète dans l 'emploi exclusif d'un seul métal à Toutillage monétaire; en réunissant les deux métaux, en les balançant l'un par l'autre, la loi de germinal an XI a donné une solution prudente et rationnelle au problème économique de la mesure de la valeur, mesure qu'elle a contribué à rendre moins imparfaite en la rendant plus stable.
Grâce aux dispositions admises, la France est passée sans souffrance aucune et presque sans s'en apercevoir de remploi habituel de l'argent k l'emploi habituel de l'or, et si la production métallique amenait une révolution en sens contraire^ celle-ci s'opérerait avec la même facilité, sans qu'on eût besoin de mettre en mouvement le balancier législatif. La loi de germinal ouvre une faculté alternative, elle n'impose point une obligation absolue : là est son mérite, de là vient son efficacité : elle laisse agir la force des choses^ elle maintient, en ce qui concerne Factiou monétaire, le laissezfaire et le laissez-passer, chers aux économistes. Elle sait à merveille qu'on n'emploiera pas toujours les deux métaux à
SUR hA QUESTION MONÉTAIRE. XV
la fois, qu'on pourra se servir plus corumunémenl k certaines époques de Tun, et à d'autres époques de l'autre. C'est justement cette faculté d'emploi alternatif qui maintient Téqui» libre : au lieu d'être un mal, elle sert de levier pour le maintien des relations régulières et sûres. On se conforme à la nature des choses en ne mettant hors la loi aucun des deux métaux qui sont appelés à remplir la même fonction écono* mique^ puisqu'ils possèdent tous deux les qualités requises pour s'en acquitter.
M. Wolowski ne croit point devoir entrer pour le moment dans rexamen des travaux qui ont précédé la promulgation de la loi de germinal an XI ; cet examen exigerait trop de temps. Il se bornera à résumer le résultat des recherches qu^il a faites et qu'il se propose de publier. -* Quand on ne confond point les études préparatoires de l'an VI et de l'an IX avec les résolutions définitives de Tan XI> on acquiert promptement la conviction que la loi précitée a simultanément adopté l'or et l'argent comme instruments légaux des payements, qu'elle a déterminé d'une manière précise la fixité substan* tielle des pièces de monnaie d'or et d'argent en les reliant d'une manière directe au système métrique^ enfiU) qu'en ouvrant la faculté alternative de payer en monume d'or ou d'argent, elle n'a point prétendu maintenir, en fait, entre les deux métaux un rapport fixe et invariable; elle ai au cou*traire, prévu la variation de ce rapport, et elle en a fait un levier pour entretenir, dans une large acception, la stabilité de la mesure des valeurs.
Elle a repoussé l'idée de frapper Tun des deux métaux, l'or, sous la forme de disques dont on se bornerait k indiquer le poids ; elle n'a pas voulu obtenir des médailles, mais une véritable monnaie courante, pour laquelle une dénomination, accessible à tous, est indispensable.
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Il fallait, du moment où Ton admettait une monnaie d'or exprimée en francs, ou bien se préparer à un régime de refontes successives, combattu par Bérenger et définitivement rayé du projet tel qu'il avait été formulé dans Tan IX, ou bien adopter une série de pièces d'or et d'argent déterminée d'une manière fixe, en laissant libre cours au mouvement naturel de l'offre et de la demande. C'est là ce que le législateur a fait, d'accord avec les vrais principes d'économie politique et avec les exigences de la sincérité des transactions.
L'expérience a pleinement confirmé la solution admise. L'application de la loi de germinal n'a présenté aucun inconvénient qu'on puisse signaler d'une manière quelque peu sérieuse; elle a ouvert, au contraire, le champ libre au jeu naturel des relations sincères^ elle a maintenu l'équilibre des rapports et la sécurité des transactions.
Le mouvement d'exportation d'or ou d'argent, qu elle peut alternativement amener^ n'a rien qui effraye les partisans du principe sérieux du free (rade. Que la marchandisemétal émigré, quand elle y rencontre un avantage, tant mieux^ tout le monde en profite ; laissez-la librement aller et venir, ce sera le meilleur moyen d'approvisionner toujours le marché monétaire dans la mesure des besoins effectifs; au lieu de s'effaroucher de ce résultat par réminiscence des préjugés mercantiles, il faut s'habituer aux heureuses conséquences du free irade; qu'on ne se borne point à consacrer ce principe en l'approuvant des lèvres, mais qu'on constate la féconde réalité des rapports qu'il régularise. Pour accepter la pensée de la loi de germinal, il suffit de s'habituer au régime de la liberté des transactions dans ce qu'il a de plus conforme à l'intérêt général.
Adopter aujourd'hui l'or comme unique instrument monétaire dans le monde, ce serait courir gratuitement au-
devant d'un grand danger. Si l'argent était mis à la réforme, en ce qui concerne cet emploi, la demande se porterait du côté de l'or avec une intensité qui en élèverait nécessairement le prix : il en résulterait une lourde aggravation des charges imposées aux débiteurs, et notamment à l'Etat, dont la dette publique serait virtuellement accrue par la hausse survenue dans la valeur intrinsèque de la monnaie.
M. Wolowski dit en terminant qu'on a prétendu voir dans Topinion qu'il développe une idée excentrique ; elle n'aspire même pas à passer pour une idée hardie et nouvelle ; elle a déjà obtenu l'assentiment de beaucoup de penseurs distingués, d'économistes éminents. Mais, quand il aurait été seul à la soutenir, ce qui heureusement n'est pas, M. Wolowski n aurait point reculé devant cette tâche; si on hésitait à produire une pensée parce qu'elle n'est pas encore admise par beaucoup, que deviendrait le progrès ?
Ce qu'il faut, c'est dégager nettement le problème économique, qui consiste dans la stabilité relative de la mesure de la valeur, et qui est le grand intérêt actuel, du problème technique qui vise à rendre exacte et immuable la composition matérielle des pièces de monnaie, problème dont l'importance relève surtout des falsifications commises arbitrairement dans le passé. Sous les deux rapports, la loi de germinal an XI a rendu un service signalé ; elle a, en effets produit un double résultat ; elle a précisé la fixité de Vinstrument monétaire, et mis désormais à l'abri de toute altération arbitraire ou frauduleuse, en établissant une relation intime entre la fabrication des espèces d'or et d'argent et le système métrique ; elle a en même temps favorisé la stabilité économique de l'instrument employé comme mesure des valeurs et comme expression de toutes les conventions.
XVIli NOTlilâ l'HIÎUMiNÂlHES
Ce que ce point de vue semble présenter de nouveau tient uniquement à d'anciennes habitudes, et à l'étude partielle à laquelle se sont livrés beaucoup d'hommes distingués, au lieu de s'élever à une étude d'ensemble qui em* brasse tous le.H aspects de la question. Devant la Société d économie politique, il importait de mettre en lumière les conditions qui doivent concourir à la stabilité la plus grande possible dans la mesure nccessaireraent variable de la valeur. M. Wolowski a essayé de le faire, persuadé que d'autres no larderont pas à s'engager dans une voie trop négligée jusqu'ici.