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tionné sous ce rapport, ce qui nous permet de supposer qu'il pourrait en être de même dans l'avenir, et que les applications actuelles de la maxime laissent encore passablement à désirer. Considéra tion qui n'en supprime nullement la valeur, car l'homme ne saurait être responsable que de ce qu'il est en état de concevoir.
B. Successeurs de Kant en Allemagne.
Je ne parlerai que sommairement des succès-, seurs immédiats de Kant en Allemagne.
FiCHTE, — D'après ce philosophe, l'homme est une causalité libre. Le principe de la morale consiste dans cette nécessaire conception de l'intelligence qu'elle est appelée à maintenir la liberté d'une manière absolue. La fin de la vie du genre humain sur la terre c'est que, dans cette vie, les hommes puissent ordonner librement toutes leurs relations conformément à la raison. Le fond de cette philosophie c'est que le subjectif crée l'objectif en le posant.
ScHELLiNG. — Nous voici cn présence de la philosophie de l'Absolu, de l'identité du subjectif et de l'objectif qui ont les mêmes lois. On va des idées à la nature. Schelling admet une liberté qui doit se conformer non à une loi extérieure, mais à une nécessité interne de la nature propre à l'homme. Ce système de l'identité absolue, de l'indifférence \ du (.lifférent fait une part évidemment fictive à la i liberté de la personne.
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Hegel. — Au dire de ce grand abstracteur de quintessence métaphysique, tout ce qui est rationnel est réel et tout ce qui est réel est rationnel. Malgré des assertions pouvant, dans les écrits de ce philosophe, paraître favorables à la liberté humaine, elle n'est en réalité pour lui qu'une vaine apparence. A son dire, la volonté générale réalisée dans l'Etat est la loi essentielle de la raison; l'homme existe pour l'Etat, et non pas l'État pour l'homme; l'essence de la moralité c'est l'abdication de la volonté individuelle devant la volonté générale et collective, et cette abdication même constitue la vraie liberté. D'autre part la' liberté c'est l'esprit du monde, et la réalisation de la liberté l'évolution de tout ce que renferme l'esprit du monde, la manifestation de toutes ses virtualités.
ScHOPENHAUER. — Dcpuis Fichtc, Schelling, Hegel, la philosophie s'est particulièrement, mais non toujours (il y aurait injustice à le méconnaître), inspirée du matérialisme, du Darwinisme, de l'évolutionisme, au très grand préjudice de la liberté humaine. En dehors de ce courant, il y a Schopenhauër, et ne s'y associant que médiocrement il y a de Hartmann. Leurs doctrines sont des expressions particulières et modernisées du pessimisme Bouddhiste, et leurs morales basées sur la métaphysique telle qu'ils la comprennent.
D'après Schopenhauër le monde où nous nous mouvons est un monde d'apparences. H est le plus
mauvais des mondes possibles; d'où la nécessité de détruire l'être et la vie. La moralité consiste dans la négation pratique d'un tel monde. C'est la volonté qui constitue l'essence même de l'homme et qui saisit l'essence universelle en se saisissant elle-même. Cette volonté est inconsciente et c'est un X.
Il y a une liberté intelligible mais il n'y a point de devoir. La liberté n'est point phénoménale, elle a précédé notre naissance et alors a fait son choix. Celui qui est né bon restera bon. Celui qui est né méchant restera méchant. Le moraliste n'établit aucune ■loi qui commande; il constate ce qui est, voilà tout. Le premier principe de la morale c'est le panthéisme absolu (le monisme) qui admet l'absolue unité des êtres : tous les individus ne sont qu'un seul et même être. L'absolu, l'universel est à la fois le vrai principe et la vraie fin des individus. La moralité consiste dans la réduction des individus à l'unité, dans la négation pratique du moi ou de l'égoïsme, dans le renoncement à la volonté de vivre sous une forme individuelle. Le sage reconnaît que son moi n'est rien, que le principe d'individuation n'a qu'une valeur trompeuse, que la diversité des êtres a sa racine dans le même Etre.
Comment sort-on de l'égoïsme pour entrer dans la fraternité? C'est par la pitié grâce à laquelle le non-moi devient en quelque sorte le moi. La justice n'est qu'une forme de la pitié, et une initia-
tion à l'anéantissement de soi-même. On arrive ainsi par le renoncement à l'abolition du vouloir. Ne plus vouloir l'existence, revenir à l'unité absolue, voilà en quoi consiste la complète libération, l'acte de liberté par excellence, et par conséquent la suprême moralité. Pour atteindre un pareil but, il faut franchir successivement la chasteté absolue, l'ascétisme, puis on entre dans \2iNirwâna. L'effort volontaire a pour but le bonheur et celui-ci est la fin de toute volonté. Cet effort est illusoire, donc il faut renoncer à la volonté, au vouloir. Il n'y a de réel que le bonheur négatif de l'anéantissement de l'être. Il faut détruire le vouloir-vivre en détruisant l'éternelle illusion, le mensonge des formes et des phénomènes. Il faut tuer le vouloir, là est la délivrance dans l'anéantissement. La base de la morale qui conduit à la délivrance, c'est la sympathie, c'est la pitié, c'est la charité. Toute la morale est une abdication méthodique du sens propre, une immolation persévérante de la volonté qui est le fond de l'Etre (1).
(1) Quelques mots, à propos de Scliopenhauër au sujet de la morale du Bouddhisme. Pour Siddartha ou Cakyamouni le principe d'action est un immense amour pour toutes les créatures liumaines qui sont égales devant le mal physique et le mal moral, dont elles doivent être affranchies par le Nirwàna. Tel est le but, le salut éternel mettant l'homme à l'abri des métamorphoses sans fin. Ainsi plus de 600 ans avant la venue du Christ le principe fondamental, le principe dominant tout autre, en morale, pour le Bouddha, c'est l'amour, la charité sans bornes ayant pour but le salut de l'humanité, but suprême pour lequel lui, l'un des dieux, s'est incarné et a
De Hartmann. — Au dire de ce philosophe, la liberté n'existe que dans l'acte où TUn-tout se donne à lui-même l'existence, mais comme l'univers est mauvais, c'est un acte de bêtise absolue. De Hartmann maintient l'idée du devoir tout en niant la liberté individuelle. La volonté est dirigée par une raison inconsciente et les deux principes 4 sont réunis dans l'unité suprême. Le devoir et la raison s'opposant à la folie du vouloir vivre, et imposant sa loi à la nature produit de ce vouloir. Le devoir consiste à amener un état de choses où tout devoir aura disparu. La moralité poursuit la réalisation de la fm suprême de l'univers. Or l'absolu ou l'universel est le principe et la fin des individus qu'il contient tous, et dont l'existence propre est illusoire. Lui seul est. Cette considération déracine l'égoïsme et conduit à la fraternité. ! L'individu doit être dévoué absolument au Tout.
résisté à la tentation de plusieurs diables. Quant aux moyens à mettre en usage par l'homme, ils consistent dans une lutte incessante contre le corps et ses passions, et, pour les mieux vaincre, embrasser la vie monastique dont voici les règles : Vivre d'aumônes, manger très peu, porter des haillons pour vêlements, vivre dans les lorèts. Ne recevoir ni or, ni argent, n'écouter ni faire de la musique. Célibat absolu ; vie de renoncement, de sacrifice, tuer l'égoïsme. Pratiquer l'aumône dans une très large mesure; confesser publiquement ses fautes.
11 y a évidemment des rapports étroits de doctrine entre le Bouddha et Schopenhaucr. Il en existe également, soit dit en passant, avec le catholicisme et relativement à l'amour, comme principe fondamental de la morale, et relativement à diverses pratiques religieuses et à l'esprit qui les inspire.
Le grand œuvre et le but du progrès est Tanéantissement du monde. La fin de l'Etre absolu est le bonheur; donc, en travaillant aux fins de l'absolu, nous travaillons à notre propre bonheur. Cet absolu a été foncièrement malheureux avant l'origine du monde. C'est à lui que nous devons nous dévouer par pitié pour lui. Le dernier mot de la morale est la délivrance de l'être absolu. Le progrès de l'espèce humaine et son affranchissement seront accomplis par un suicide universel, vraiment cosmique, dont la science fournira les moyens d'exécution. Avec lui la vie, l'existence seront anéanties. On en aura fini avec les ruses de l'inconscient qui veut vivre et le Tout entrera dans le nirwâna.
Vrai sabbat de métaphysique, ainsi que le dit à ce propos M. Fouillée, qui s'y entend.
Depuis Fichte, la philosophie allemande idéaliste a particulièrement visé la destruction de l'individu, son absorption dans le tout. Je me contente de constater cette tendance générale sinon exclusive.