‹ La question ouvrière au xixe siècleChapitre 3 sur 14 · Voyez la Revue des. Veux Mondes du 15 janvier · texte numérisé non relu

Voyez la Revue des. Veux Mondes du 15 janvier

2 . licise der œsierreichischen Fregatte Novara um die Erde, — Slalistich-commerziellc Ergebnisse einerRciseumdie Erde, 1867.

stalé à Singapoure rexistencc d'un grand nombre de sociétés secrètes parmi les Chinois, qui forment l'élément le plus considérable et le plus riche de cette florissante cité. Il est parvenu à se procurer le diplôme d'associé de Tune de ces sociétés qui s'appelle Tinté^hiiy ou la ligue fraterne/le du ciel et de la terre. Les passages les plus marquants du symbole inscrit sur ce diplôme ont été traduits par un émînent sinologue, M. Neumann. Ils valent vraiment la peine d'être reproduits, tant ils se rapprochent, par le tour général des idées et même par le ton et la forme, des manifestes analogues que nos réunions ouvrières ont publiés dans ces derniers temps. « La saciété fraternelle du ciel et de la terre^ est-il dit dans ce symbole socialiste chinois, déclare hautement qu'elle se croit appelée par l'Être suprême à faire disparaître le déplorable contraste qui existe entre la richesse et la pauvreté. Les puissants de ce monde naissent et meurent comme leurs frères malheureux, les opprimés et les pauvres. L'Être suprême n'a pas voulu que des millions d'hommes fussent condamnés à être les esclaves d'un petit nombre. Jamais le ciel, qui est le père, et la terre, qui est la mère, n'ont donné à quelques milliers de privilégiés le droit de dévorer, pour

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satisfaire leur orgueil, la subsistance de tant de raillions de leurs frères. D'où vient la richesse des puissants ? Uniquement du travail et des sueurs de la multitude. Le soleil et ses doux rayons, la terre et ses inépuisables richesses, le monde et ses joies, tout cela est un bien commun qu'il faut enlever à la jouissance exclusive de quelquesuns pour que tous les déshérités en aient leur part. Enfin un jour viendra où la souffrance et l'oppression cesseront. -Pour qu'il arrive, il faut s'unir et poursuivre sa tâche avec courage et vigueur. L'œuvre est difficile et grande ; mais, que l'on y songe, il n'y a pas de victoire, pas de délivrance, sans lutte et sans combat. Des soulèvements intempestifs nuiraient à nos projets. Quand la grande majorité des habitants des villes et des provinces aura prêté serment à l'union fraternelle, la vieille société tombera en poudre, et l'on bâtira l'ordre nouveau sur les ruines de l'ancien. Les générations heureuses de l'avenir viendront bénir les tombeaux de ceux à qui elles devront le bienfait d'être délivrées des chaînes et des misères des sociétés corrompues. y>

Ces sociétés secrètes s'étendent dans tout l'Orient. Dans les possessions anglaises, où le gouvernement leur laisse toute liberté, elles se li-

vrent à une propagande pacifique; dans les lies de la Sonde, au contraire, où radministration hollandaise croit devoir se montrer rigoureuse, elles ont souvent recours à l'assassinat politique. C'est un fait non-seulement curieux, mais grave, que de voir les idées socialistes répandues à l'extrême Orient parmi ces populations chinoises qui ont à un si haut degré l'esprit de travail, d'industrie et d'épargne, et qui d'ailleurs, disputant aux Européens les contrées non encore peuplées de l'Océanie et de l'Amérique elle-même, partagent avec nous la domination du monde entier. Rien ne saurait mieux démontrer l'erreur considérable de ceux qui regardent les idées socialistes comme un phénomène passager et local, qu'il serait facile de détruire par quelques réformes dans l'enseignement pubhc, ou par quelques améliorations de détail dans l'organisation de l'industrie.

Si le socialisme est un fait permanent, universel, un ferment qui se retrouve au fond de toute civilisation humaine, il n'en est pas moins vrai que les circonstances diverses du milieu social en favorisent ou en entravent le développement.

Quelles sont donc les causes qui ont contribué à lui donner, de nos jours et sur norre terre d'Eu-

rope, une vigueur aussi subite et aussi alarmante ?

Il faut se garder d'une observalion superficielle qui ne présente qu'une face du problème et par conséquent le dénature. Quelques publicistes, d'ailleurs distingués, n'ont voulu voir dans les dernières manifestations ouvrières qu'une a saturnale intellectuelle » et un « carnaval révolutionnaire. » D'autres les attribuent uniquement c( aux sollicitations troubles des intérêts égoïstes prompts à prendre leurs désirs pour des réalités et leurs passions pour des vérités, » et se bornent à flétrir les « imaginations excitées par toutes les convoitises. » C'est une opinion généralement admise que les deux seules causes du socialisme sont l'ignorance et l'égoïsme, qui, de tout temps ont entraîné les hommes à substituer leurs propres œuvres à celles de la nature. Il y a sans doute dans ces explications une très-large part de vérité; mais, pour découvrir les sources réelles de la crise qui préoccupe à si boa droit la société entière, il faut une analyse plus profonde et plus minutieuse.

Tout se tient dans l'espritet dans l'âme humaine, et l'on ne peut séparer les idées et les tendances sociales de l'ensemble des croyances d'un peuple.

Il est impossible qu'un obsei'vateur sérieux ne découvre pas le lien qui rattache dans Tesprit de nos populations ouvrières la question sociale à la question religieuse. C'est le mérite principal d'un livre aussi instructif qu'attachant, écrit par un ancien ouvrier qui joua en 1848 un rôle parlementaire S d'avoir mis dans la lumière la plus vive cette face jusque-là obscure de la crise sociale que nous traversons. Il n'est assurément pas téméraire d'affirmer que dans une grande partie de nos populations ouvrières a disparu non-seulement toute adhésion à une religion positive, mais encore toute croyance, même vague et indécise, à la permanence de la personnalité humaine et à l'eiistence d'une autre vie. M. Qprbon, qui plus que tout autre connaît les classes laborieuses pour el) avoir fait partie, nous donne sur ce point les renseignements lés plus catégoriques. Parlant de la vie future, a tout ce qui avait autrefois germé en ce sens dans l'âme populaire a été presque complètement étouffé, dit-il, par un prodigieux développement d'aspirations ayant pour objet exclusif les choses de ce monde. » La psychologie,

1. Corbon, h Secret du peuple de Paris, Voyez spëcialcmenl la quatrième partie intitulée /a Religion du peuple,

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môme la plus superficielle, nous apprend qu'un tel état de l'âme populaire doit être gros de conséquences périlleuses. Il y a dans l'homme un instinct indomptable qui le pousse à se former un idéal de parfaite justice et de complet bonheur. Au milieu des inquiétudes, des épreuves et des abaissements de la vie journalière, c'est un besoin impérieux que de se représenter dans l'avenir un monde où l'équité, la dignité et le repos ne seront jamais troublés. Cette irrésistible puissance de l'élément mystique, qui ne disparaît jamais, détournée de la contemplation des choses d'une autre vie, se porte avec violence vers une société terrestre idéale.

A défaut des images et des souvenirs religieux, les rêveries socialistes viennent hanter le cœur de nos populations ouvrières. « L'espéfrance de la terrestre rédemption morale, intellectuelle et physique du genre humain * » devient la croyance dominante, le refuge habituel où s'élance l'âme, froissée par les misères et les déceptions de la vie réelle. Dans les premiers temps du christianisme, un grand nombre d'esprits généreux attendaient dans un lointain avenir la for-

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