SEPTIÈME COXEÉRENCE LES DIFFÉRENTES ASSOCIATIONS OUVRIÈRES
La question de principe une fois résolue, et, comme nous l'avons vu, résolue en faveur des associations ouvrières, il nous faut maintenant étudier sa réalisation pratique.
Très nombreuses sont, de nos jours, les associations ouvrières auxquelles le besoin et les avantages de l'union ont donné naissance ; variés aussi en sont le caractère, les méthodes et les principes fondamentaux.
Pour mettre un peu d'ordre dans cette vaste matière, nous les considérerons successivement et du point d(^ vue de leur organisation particulière et de celui de leurs rapports avec l'Éj^^lise, ou, ce qui serait plus exact, du point de vue de l'attitude pris«' par l'Eglise à l'égard de chacune d'elles.
Considérées au point de vue de leur organisation intime, les associations ouvrières peuvent être réparties en trois groupes bien distincts : les syndicats mixtes, les syndicats jaunes, et ceux qui, sans leur être affiliés, acceptent leur programme, les syndicats rouges.
Un mot sur chacun d'eux.
Les syndicats mixtes sont des corporations dont font partie, à des titres divers, mais égaux, patrons et ouvriers. Ils ont leur patrimoine alimenté par les souscriptions des sociétaires; des institutions religieuses et moralisatrices y fonctionnent à côté d'institutions économiques qui ne laissent sans secours aucune des misères de la vie ouvrière.
Leur but est de rapprocher, en vue d'intérêts communs et dans une estime et une confiance réciproques, les deux éléments du monde industriel, et de prévenir et de supprimer, par l'arbitrage et la conciliation, les discordes ou malentendus qui pourraient surgir.
Les syndicats jaunes se distinguent des précédents en ce qu'ils sont uniquement composés d'ouvriers, unis sur le terrain pro-
fessionnel et dans un but de défense commune de leurs intérêts. Mais la façon dont ils comprennent ce but et les moyens qu'ils choisissent pour l'atteindre les rapprochent des syndicats mixtes. Ce n'est pas la guerre avec les patrons qu'ils recherchent, mais, tout au contraire, l'union et l'entente avec eux. Voici en quels termes leur programme est conçu : c Assurer à tous les travailleurs un contact permanent avec les éléments patronaux, afin de souder plus étroitement l'accord du capital et du travail; ne jamais faire grève sans avoir donné par écrit nos revendications, et avoir attendu la réponse quinze jours au moins. »
Le nom de jaunes, donné aux membres de ce syndicat, remonte à un incident qui en marqua les premiers jours.
On était alors au plus fort de l'agitation socialiste qui, en 1901 et antérieurement, remua la France si profondément. Un groupe d'ouvriers courageux avait résolu de ne pas cesser le travail, tout en poursuivant ses revendications lé^^itimes. La protestation fut d'abord individuelle, ensuite collective.
C'est de Montceau -les- Mines que vint le premier geste fécond et puissant. Une émeute provoquée par les meneurs de la grève contre
les antigrévistes venait d'éclater : la troupe, la gendarmerie avaient fort à faire pour empêcher les assaillants de démolir l'édifice qui servait de lieu de rendez- vous aux mineurs désireux de travailler. Des coups de revolver, d'énormes pierres, des projectiles divers en eurent bientôt défoncé les vitrines.
Une fois débloqués par les charges de police, les assiégés, qui n'avaient point le choix des matériaux, remplacèrent tant bien que mal les carreaux cassés par des feuilles de papier ^ jaune » dont ils avaient tout un stock.
De là le nom qui leur restai
Les rouges, par dérision, désignèrent le siège social des Indépendants qu'ils avaient saccagé du nom de « syndicats jaunes ». Et du syndicat cette même appellation passa à ceux qui en faisaient partie. Et ainsi l'épithète qui leur avait été décochée dédaigneu sèment en pleine bataille était devenue, en même temps qu'un titre de gloire, un signe de ralliement, un programme de combat.
Au groupe des syndicats jaunes peuvent être rattachées toutes les organisations, toutes les associations indépendantes sur lesquelles
Cf. BiETRY, le Socialisme et les Jaunes, op. jam cit.
ne s'exercent pus rinlluence ou l'autorité patronales; mais qui, toutes, ont pour objet (le travailler à régler pacifiquement tous les dilïérends qui peuvent surgir entre patrons et ouvriers.
Le troisième groupe est formé de tous ceux que, d'une manière générale, on désigne, dans les vieux pays, du nom de <f syndicats rouges ». Ce sont toutes les organisations créées par le socialisme en vue de s'assurer la conquête qu'il rêve de faire, tôt ou taid, du monde du travail.
Ils sont ainsi appelés par allusion au drapeau rouge autour duquel ils se rallient, et qui est le symbole de la révolution, et au besoin même de la révolution sanglante.
Les syndicats rouges se subdivisent en deux catégories : les socialistes d'État et les syndicalistes de la Confédération générale du Travail.
Ces deux catégories ont pratiquement le même but : émanciper l'ouvrier, économiquement, politiquement et socialement, par la suppression de toute propriété individuelle, par la confiscation, au profit de tous, des instruments de travail, la consécration officielle de la volonté populaire devenue enfin seule maîtresse de ses destinées.
La différence entre les deux groupements gît dans le choix et dans l'usage des moyens propres à procurer cette triple fin, si ardemment poursuivie de part et d'autre.
Les socialistes d'État, eux, préfèrent recourir aux moyens pacifiques ; faire appel à une législation savamment combinée, dont la tyrannie, habilement couverte et sanctionnée par l'autorité des lois, finira par s'imposer sans qu'il y ait possibilité d'y échapper. Un triple engin leur suffit pour venir à bout de toute résistance, de toute velléité d'indépendance de la part des patrons : le syndicat obligatoire, le contrat collectif obligatoire, l'arbitrage obligatoire.
Les membres de la Confédération générale du Travail (G. G. T.) de leur côté, moins sournois et plus radicaux, n'ont que faire de toutes ces habiletés : ils vont droit au but. Tous les moyens leur sont bons. Ils choisiront de préférence les moyens violents comme étant les plus efficaces pour réduire à merci l'autorité patronale : on procédera donc à coups de grève; si la grève ne suffit pas, la révolte et l'anarchie seront là pour leur prêter main -forte et en finir une fois pour toutes avec les téméraires assez audacieux pour leur résister.
Avec eux nous entrons en plein socialisme international ; les noms dont chacun des groupements particuliers ou nationaux peut s'aiTubler importent peu : qu'on les appelle les Gégétistes (G. G. T.), comme en France; les I. W. W., comme aux États-Unis; les Spartacistes, comme en Allemagne, et les Bolchevistes en Russie, tout cela n'est qu'affaire d'étiquette : sous toutes ces désignations s'abrite la même marchandise. C'est le socialisme haineux et révolutionnaire; c'est la lutte des classes ; c'est la pire des tyrannies, parce que c'en est la plus imbécile et la plus brutale : celle de la force mise au service des convoitises et des passions les plus insatiables.
Nous connaissons désormais les différentes associations qui offrent aux ouvriers de prendre en main la défense de leurs intérêts. 11 ne nous reste qu'à demander à l'Église ce qu'elle pense des unes et des autres.
Ici encore, pour plus de clarté, nous les répartirons en trois groupes bien distincts, suivant l'attitude prise pai^ l'Église à leur égard. Elle en a formellement condamné un
certain nombre; d'autres ne sont (jne tolérées par elle; d'autres, enfin, ont toutes ses sympathies, sa chaleureuse et bienfaisante protection .
Associations condamnées.
Sous cette rubrique se placent, bien entendu, toutes les associations qui font profession de socialisme. A aucun prix il n'est permis à un catholique d'être socialiste. Comme le fait remarquer l'instruction publiée, au nom de Léon XIII, par la Congrégation des Affaires ecclésiastiques extraordinaires, sur l'action populaire chrétienne en Italie, « les doctrines socialistes contiennent dans leur ensemble de véritables hérésies. > La profession de doctrines hérétiques étant incompatible avec la profession de foi catholique, un catholique ne peut, en conscience et sans renier son baptême, devenir ou rester socialiste.
D'autres associations, sans être absolument condamnées par l'ÉgUse, laquelle cependant demande à ses enfants de n'en pas faire partie, sont tolérées par elle en certaines circonstances toutes spéciales et moyennant certaines conditions très formelles ; ce sont les associations interconfessionnelles, et peu importe qu'elles soient mixtes ou indépen-
(iantes. Leur but exclusif est la défense des intérêts professionnels des ouvriers, et leurs rangs sont ouverts à tous les hommes de bonne volonté, abstraction faite de leurs croyances religieuses personnelles. Ces groupements, tout en travaillant à l'amélioration de la classe ouvrière, se proposent également de lutter efficacement contre la propagande et l'envahissement du socialisme.
On le voit : la communauté d'intérêts matériels est le trait d'union entre les membres (le ce genre d'associations. Elles étaient, avant la guerre, très florissantes et très nombreuses, principalement en Allemagne. Le nom spécial qu'elles s'étaient donné servait à les distinguer des syndicats confessionnels ou catholiques; on les connaissait sous le nom de syndicats, chrétiens. Chose digne de remarque : bien que ces syndicats fussent ouverts indilTéremment aux catholiques et aux protestants, la Uiajeuîe partie de leurs adhérents étaient des catholiques. En juillet 1911, ils comptaient plus de B50000 membres.
Tout ouvrier y était admis qui professait a une rcdigion conforme à l'ordre des sociétés, c'est-à-dire la croyance en Dieu, la reconnaissance d'un ordre naturel spirituel et temporel ».
C'était là, il faut l'avouer, un credo quelque peu simplifié.
Les raisons mises en avant pour justifier la création de ces associations étaient que, l'objet de celles-ci étant uniquement d'ordre économique et matériel, il semblait bien inutile de faire pénétrer dans leur sein des préoccupations d'ordre strictement confessionnel.
Par ailleurs, en Allemangne, tout étant mixte, en raison de la juxtaposition, dans tous les ordres politique, social et économique, du protestantisme et du catholicisme, on ne voyait pas pourquoi, seules, les questions relatives aux conditions du travail échapperaient à ce caractère.
Appuyés sur ces considérations, les chefs de ce mouvement n'eurent rien de plus à cœur que de le répandre et den multiplier les conquêtes.
Tout alla bien au début; mais l'autorité religieuse ne tarda pas à s'apercevoir que ces associations ouvrières, ouvertes à tout venant et dans lesquelles catholiques et protestants se coudoyaient journellement, n'étaient pas sans de sérieux inconvénients. Les esprits s'échautïèrent : une lutte bien vive s'engagea entre syndicats chrétiens et syndicats catho-
liques; en d'autres termes, entre syndicats confessionnels et interconfessionnels. Le déliât fut porté à Rome. Il en résulta la publication, par Pie X, d'une encyclique qui devait avoir un retentissement considérable, l'encyclique Singulari quadam; elle provoqua une véritable tempête en Allemagne.
Les principes y étaient posés et leur application nettement déterminée : c'était la plus formelle approbation des associations confessionnelles et le désaveu, — je n'ose pas dire la condamnation absolue, — des interconfessionnelles, lesquelles n'étaient plus désormais que tolérées, et encore moyennant certaines conditions.
En cela, du reste. Pie X n'innovait rien. Il continuait les enseignements les plus authentiques de son prédécesseur et ceux que luimême avait déjà donnés à plusieurs reprises.
Qu'on relise les dilTérentes encycliques de Léon XIIT, en particulier VImmortaîe Dei , kl Rerum novarum, et d'autres qu'il serait oiseux d'énumérer, et on y retrouvera nettement affirmés les mêaies principes qu'il était réservé à Pie X de remettre, comme t:uit d'autres, si vivement en lumière. Luimême du reste, avant lu publication de son ♦encyclique aux évêques allemands, avait déjà
fait des déclarations très précises à cet égard : témoin son discours aux pèlerins français du 16 avril 1910; sa lettre à M. Durand, président des caisses rurales et ouvrières (17 avril '1910) ; sa lettre à l'Association catholique internationale des œuvres de protection de la jeune fille (20 mars 1912) ; son Molu proprio, du 18 décembre 1903, sur l'action populaire chrétienne; la règle expresse donnée à l'union « économico- sociale » des catholiques italiens : « Que le Non erubesco Evangelium^ soit imprimé en grands et ineffaçables caractères sur le drapeau de toutes les institutions catholiques, et qu'une profession chrétienne, ouverte et franche, forme leur devise glorieuse et la synthèse lumineuse du caractère qui les informe et les dirige. »
Déjà aussi, deux télégrammes, adressés respectivement le 28 mai 1912 aux chefs du Congrès des catholiques allemands, avaient paru à tous comme un signe précurseur de Tattitude finale que le souverain pontife allait adopter dans cette épineuse question. Et, comme l'on voit, l'encyclique Singulari quadam n'était en somme que le couronnement,
a Je ne rougis pas de TÉvangile. «
l'aboutissement logique de toute une série d'actes qui l'avaient préparée et lui avaient ouvei't la vuie.
Devant revenir bientôt sur les solutions pratiques qui résultent pour nous des directions sociales de l'Église, je m'en tiendrai pour le moment à l'exposé plutôt théorique et historique qui vient d'en être fait.
Qu'il nous suffise de retenir, — pour tout résumer en deux mots, — que les associalions interconfe-îsionnelles, là où les circonstances en font une nécessité, ne sont que tolérées par l'Égliise.
Venons-en maintenant aux associations confessionnelles : celles-là, par exemple, jouissent de toutes les faveurs de l'Église et sont formellement approuvées par elle. Cela ressort clairement des dilTérents documents pontificaux que nous venons de rappeler.
Ces associations, comme leur nom l'indique, ne comprennent dans leurs rangs que des catholiques, et des catholiques comme tels; elles ont à leur tête un aumônier, et se gouvernent d'après les enseignements de l'Église.
Nous n'avons pas à justifier pour le moment l'attitude prise par l'P^glise à l'égard de ces associations; cela encore nous le ferons
dans notre prochain entretien. Contentonsnous donc de constater la possibilité de réaliser pratiquement le magnifique programme tracé par la haute sagesse de TÉglise à l'action sociale catholique.
Car des associations purement catholiques, il en existe et de très florissantes.
Il en existait, nous venons de le voir, en Allemagne; leurs adhérents y étaient plus de 120000, en dépit des irréductibles oppositions qu'elles avaient rencontrées.
Elles existent au Canada', où, tout récemment, au congrès tenu par elles aux Trois- Rivières (23 et 24 sept. 1919), elles affirmaient énergiquement leur volonté de vivre et de progresser. Leurs adhérents étaient alors au nombre de 30000, répartis en 27 groupements, au premier rang desquels il faut signaler la Fédération ouvrière mutuelle du Nord, dont le siège social est à Chicoutimi; la Corporation ouvrière catholique des Trois-
* On trouvera , sur les associations catholiques établies au Canada , des détails très intéressants dans le Rapport officiel publié cette année par le ministre du Travail du Canada. La mention tout à fait honorable qui y est faite de ces associations nous paraît pour le moins un signe des temps. Espérons que le gouvernement fédéral ne se contentera pas de reconnaître leur existence dans les rapports officiels, mais que, avant longtemps, il les fera bénéficier des avantages accordés à d'autres associations moins dignes d'intérêt.
Rivières, et le groupe des Mines nationales, ({ue dirige le Conseil central national des Métiers du district de Québec et qui doit son existence à la féconde initiative de Vaclion sociale catholique.
Elles existent encore dans un pays on ne peut plus mixte, considéré au point de vue religieux : la protestante Hollande, qui fut pendant plusieurs siècles un foyer ardent de luttes antipapistes.
Actuellement, tout en restant la minorité, — sur 7 000000 d'habitants que compte la Hollande, ils ne sont que 2500000, — les catholiques, grâce à leur parfaite organisalion , forment à la Chambre le parti le plus fort : ils y détiennent en effet 30 sièges, alors que les socialistes n'en ont que 22. Et, détail digne d'être noté, tout récemment encore, le premier ministre de ce pays de majorité protestante était non seulement un catholique, comme l'est le premier ministre actuel, mais un prélat catholique, Mg*" Nolens.
Revenons maintenant aux organisations ouvrières hollandaises. Il serait tout à fait intéressant d'en raconter l'histoire; elle l'a été, il n'y a de cela que quelques mois, dans plusieurs conférences données successivement à Québec et Montréal, par M. P.-J.-ÎS. Serrarens,
membre du Grand Conseil du Travail et du Conseil exécutif de la Confédération générale des syndicats catholiques hollandais. Force nous est cependant de nous contenter d'un regard rapide jeté sur leur état actuel.
Sur les 7000000 d'habitants que renferme la Hollande, le syndicalisme y compte 2000000 d'adhérents, répartis en 5 confédérations générales : la Confédération générale des syndicats néerlandais, socialisie de fait, sans rafficher dans son titre, avec 230000 adhérents; la Confédération géiiéi'ale catholique avec ses 150000 adhérents ; la Confédération des syndicats chrétiens, laquelle groupe dans une union interconfessionnelle divers syndicats chrétiens, elle compte 70000 adhérents; une quatrième confédération, dont le nom reproduit presque celui de la Conlédération socialiste, et qui fait profession de neutralité, ses membres sont au nombre de 60000; enfin une Fédération révolutionnaire, qui compte 30000 membres.
Je n'ajouterai qu'un détail à ces chiffres, lesquels parlent d'eux-mêmes, c'est qu'à la suite d'un essai de révolution politique tenté en novembre 1918, par la Confédération socialiste, échec qui avorta piteusement, la Confédération catholique a vu 55000 nou-
veaux adhérents venir grossir ses elTectils. Aussi, devant la naagnilique organisation des unions et syndicats catholiques, le chef socialiste Toelstra, qui avait escompté pour son parti une victoire facile, était-il obligé d'avouer qu'il s'était trompé sur la proportion (les forces en présence. Et il faisait suivre cet aveu d'un autre plus significatif encore : *i Nos projets de révolution, déclara-t-il, n'ont aucune chance de succès. Toutes les organisations chrétiennes ont serré leurs rangs. i>
D'autres exemples, tout aussi frappants, poui'raient être apportés, qui montreraient dans les syndicats catholiques le barrage providentiel contre le torrent dévastateur du socialisme révolutionnaire.
Faut-il rappeler les inappréciables services l'endus à la patrie française, au commencement de la mobilisation, par les cheminots catholiques? — c'est ainsi qu'on désigne l'association cathoHque des ouvriers de chemin de fer français. Et si l'Allemagne n'a pas, comme la Russie, sombré dans le gouiîre du bolchevisme et de la révolution sanglante, ne le doit-elle pas en grande partie à l'intervention énergique des organisations catholiques?
Aussi on comprend la protestation pleine
de dignité et de fermeté que les délégués des Confédérations catholiques du Travail ont fait entendre à la Conférence internationale du Travail, tenue à Washington en novembre 1919, contre l'oubli systématique et offensant dans lequel y furent tenus les différants groupements catholiques, sous prétexte que ceux-ci n'étaient pas affiliés à la Fédération internationale.
Comme si, pour se faire accepter, le bien devait arborer le même drapeau que le mal, le parti de l'ordre celui de la révolution.
Mais on aura beau faire, on n'arrêtera plus désormais la marche en avant et conquérante des unions catholiques; et je ne saurais mieux faire, pour terminer, que de rappeler les belles et fières paroles par lesquelles M. Serrarens, dans la conférence à laquelle je faisais précédemment allusion, invitait les catholiques à se joindre à l'Internationale chrétienne, qui sera bientôt une réalité.
a Déjà, disait le vaillant orateur, la Belgique, la France, l'Italie, la Suisse, l'Allemagne et l'Espagne se sont jointes à notre mouvement hollandais. Et ce sera un honneur et une grande joie pour nous de voir figurer dans cette Internationale nouvelle la
Confédération des syndi-'ats caLiioliiiucs du (^aniKJa, que, j'en suis sur, vous ne tarderez pas à fonder. Car il est nécessaire, Mesdames et Messieurs, que nous comprenions notre devoir.
« Nous ne voulons pas être des catholiques de nom. Notre religion vaut plus qu'un paletot ({u'on ne met qu'une fois la semaine pour aller à la messe.
<r Si nous sommes catholiques, nous le sommes tout à fait, ou nous ne le sommes pas.
« Notre reine de Hollande, qui n'est pas catholique, mais qui est chrétienne tout de même, a donné cette devi^ie à son peuple : le Christ avant tout!
a Cette devise, nous pouvons la faii'e nôtre. Ce n'est pas le dollar qui doit régner dans la vie sociale, mais c'est le Christ, le seul Roi de la société.
« Si la croix est le symbole de notre religion, c'est parce que ce fut sur elle, au Golgotha, que le Fils de Dieu, dans un acte parfait de charité divine, donna sa vie pour satisfaire à la justice éternelle.
« Et si nous opposons cette ci'oix au drapeau rouge, cela veut dire qu'à rencontre de ceux qui veulent la haine et la lutte des
classes, nous réclamons la restauration de la société selon les principes de justice et de charité, vertus qu'on ne puise que dans le Cœur sacré de Jésus-Christ*... )>
^ Nous venons de rappeler le projet actuellement à l'étude de la formation d'une v Internationale chrétienne ». L'idée en est certes des plus attrayantes. Toutefois, qu'il nous soit permis d'exprimer le vœu que ce groupement de toutes les forces ouvrières catholiques se fasse nettement sur le terrain indiqué par les souverains pontifes : le terrain strictement confessionnel, sans quoi il soulèverait pour les consciences catholiques les mêmes objections que les associations neutres ou interconfessionnelles.