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CINQUIÈME CONFÉRENCE LE DROIT DE GRÈVE

11 nous faut al)order aujourd'hui une autre question, très pratique, hélas! elle aussi, et qui elle non plus n'est pas sans présenter de sérieuses diflicultés : celui du droit de grève.

Cette nouvelle étude se rattache par des liens fort étroits à celles que nous avons faites jusqu'ici du travail, de la liberté du travail et du juste salaire; et il n'est personne qui n'en voie du premier coup l'importance et l'intérêt.

Disons- le immédiatement, la grève est le résultat fatal, le fruit nécessaire des doctrines néfastes dont vit, ou plutôt dont meurt le monde du travail.

Mettons de cùté pour un instant les ouvriers, qui, comme vous, je l'espère, s'ellorcent de vivre leur évangile et acceptent prati-

quement les enseignements de leur foi; ces patrons, — il s'en rencontre encore, grâce à Dieu, — qui, dans leurs rapports avec leurs ouvriers, ne s'inspirent que des principes élevés de la justice et de la charité chrétienne...

Que voyons-nous?

Deux forces brutales aux prises l'une avec Tautre, lesquelles se disputent la possession du monde : le capitalisme sans foi ni loi; le travail haineux et révolté. La victoire finale appartiendra au plus fort, et elle ne s'ai'.hotera que par l'écrasement du plus fdible, quel qu'il soit.

On prétend que, prié de dire s'il jugeait suffisant pour un docker, un salaire de 10^,00 par semaine, l'un des grands financiers américains aurait répondu qu'il l'était, si, de fait, c'était tout ce que le docker pouvait obtenir, et qu'en plus, il s'en contentât : It was if that was ail he could g et, and look it.

Cette parole fut relevée par le Call^ journal socialiste de New -York, qui en fit la formule des revendications du monde du travail : c: Sufftcient wages, écrivait-il, are ail thdi the working class can get : Le juste salaire, c'est tout ce que l'ouvrier peut attraper. ï>

On ne saurait peindre plus heureusement, d'un seul mot, la plus triste des situations : d'un côté, les ouvriers qui s'elï'orcent d'arracher tout ce qu'ils peuvent de leurs patrons; de l'autre, les patrons qui spéculent honteusement sur le travail, les soulTrances et les sueurs des ouvriers. Ceux-ci ont à leur disposition une arme olîensive et défensive, terrible, toute -puissante, et cette arme c'est Ja grève.

Que dit la conscience de l'usage de cette arme? C'est la question qui se pose pour nous en ce moment, et à laquelle nous allons essayer de répondre.

Faisons-nous, pour commencer, une idée bien précise de ce qu'on entend par ce mot de grève. Léon XIII la définit, dans son encyclique Rerum novarum, ^ un chômage voulu et concerté, j^ On ne saurait mieux dire, la grève est bien cela : une suspension du travail par un groupe d'ouvriers, à la suite d'une entente préalable et d'un mot d'ordre donné.

Et ce chômage, cette suspension de travail se produisent d'ordinaire, soit parce que telle ou telle condition de travail est jugée

7 — La QucHlion <)iivri«'re.

inacceptable, en raison de sa durée, par exemple, ou encore de l'effort trop grand qu'il suppose, soit parce qu'il ne semble pas suffisamment rétribué.

Ce sont là les motifs mis communément en avant par les ouvriers pour déclancher la grève, laquelle, dans ce cas, est provoquée uniquement par des griefs personnels.

D'autres fois, cependant, la grève sera déclarée pour des motifs dans lesquels l'intérêt personnel n'entre pas en ligne de compte : un camarade a été renvoyé de la manufacture, du magasin; en guise de protestation et pour manifester leur solidarité, tous ses compagnons de travail abandonnent l'ouvrage.

Une catégorie d'ouvriers, disons les serrefreins, se mettent en grève pour une raison ou une autre; aussitôt les ouvriers de sections, afm de soutenir les réclamations de ceux-ci et leur donner plus de poids, la déclarent à leur tour.

Ces grèves faites, non plus en vue de revendiquer des avantages personnels, mais uniquement par esprit <\e corps, par solidarité, prennent le nom de grèves de sympathie.

Gomment allons-nous apprécier le principe

lui-même sur lequel repose le droit de grève et l'usage qu'on en peut faire?

Proclamons-le nettement et sans ambages : le droit de grève, exercé suivant les règles de la justice et les lois générales de la conscience, est incontestaî'le : ^ Nul travailleur n'est tenu de donner son travail au-dessous de son prix. S'il ne trouve pas le salaire qu'il croit juste, il est libre de chercher ailleurs : la loi de l'offre et de la demande eA faite pour lui comme pour le patron*, d

Cependant pour que, théoriquement parlant, ce droit puisse êtie exercé en toute sûreté de conscience, il faut tenir compte de certaines conditions dont l'inobservation rendrait la grève illicite, et par conséqueiit condamnable.

Ces conditions sont au nombre de trois :

Il faut, en pre!nier lieu, que ni la déclaration de la grève ni la manière dont o'ie est menée ne violent en quoi que ce soit la justice.

La grève serait donc injuste si elle était déclarée sans avertissement préalable.

* Durand, Rapport dr Parlât, /f^ Vjn.ve,'S,73j-

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