VI. — Anarchisme et Nihilisme
Nous ne parlerons pas des lois agraires, système d'après lequel les terres seraient partagées en portions égales entre chaque individu. Le système a dû prendre naissance dans la notion peu exacte des lois agraires chez les Romains. Les lois agraires, en effet, n'avaient pas pour objet, comme plusieurs l'ont pensé, le partage entre les citoyens de tout le territoire de la république romaine. Il s'agissait surtout de diviser les terres conquises ou parfois celles, usurpées par les grands, du domaine public. Le système moderne ne serait pas non plus la destruction radicgile de la propriété, mais son maintien avec des remaniements périodiques; car ce qui suivrait fatalement le partage égal, ce serait l'inégalité des possessions. Les conséquences évidentes seraient celles-ci : ruine du
travail, de l'économie, de la moralité. Pourquoi ne pas s'adonner à la paresse, user de prodigalités, se livrei- aux plaisirs, voire à la débauche, quand ou a la perspective d'être, à un moment donné, ni plus riche, ni plus pauvre, ni plus heureux, ni plus malheui'eux? Et, d'ailleurs, par ces remaniements périodiques, quelle perturbation dans l'ordre social !
Si l'on voulait alléguer que quelque chose d'analogue s'accomplissait chez les Juifs à l'année jubilaire, ce qui étaitloin de nuire au bonheur de ce peuple, nous répliquerions avec M. H. D. Ilamon: « Mais « le peuple juif est un peuple à part et il est le seul qai « eût reçu ses lois de la divinité. Quand une nation « aura des législateurs inspirés, quand elle aura des « prophètes pour la retirer de ses écarts, quand elle se (( trouvera dans les mêmes circonstances que le peu- « pie juif, elle pourra se soumettre à des lois pareil- (( les ; sinon, elle devra s'accommoder aux misères (( et aux faiblesses de l'humanité » (l).