‹ La question ouvrièreChapitre 14 sur 83 · SAINT-SIMONISME · texte numérisé non relu

SAINT-SIMONISME

Le Sainl-Simonisme' nous arrêtera assez peu de temps.

Au point de vue de Théi-édilé, le saint-simonisme se résume en ceci : il ne doit pas y avoir d'héritages, les biens laissés par les défunts sont d'abord destinés

( 1) Eludes sur le socialisme. Paris, 1848, p. 37.

Cir. II. — SYST. OPPOSÉS A LA PROPR. PRIVÉE 29

à soulager la misère, puis à rétablir l'égalité parmi les hommes. La réfutation de ce système a été faite à l'avance, lorsque nous avons traité du droit à l'hériritage.

Au point de vue social — car nous laissons de côté le point de vue religieux — ce n'est là qu'une face du saint-simonisme. Il a versé plus ou moins profondément dans le communisme. « Nous voulons, a dit «le P. Enfantin, abolir l'héritage et transformer la « propriété, en mettant à la place des institutions qui (( satisferont bien davantage tous les sentiments d'af- « faction paternelle et qui uniront entre elles non « pas quelques classes d'homme, mais toutes les « classes sans exception » (1). En thèse générale, le saint-simonisme n'admettait d'autres inégalités, parmi les hommes, que celles provenant des aptitudes naturelles et des services rendus. Proportionnellement à cette inégalité se réglaient les jouissances, se répartissaient les produits. De là cette formule : A chacun suivant sa capacité; à chaque capacité suivant ses œuvres (2). Sans doute, c'est à l'autorité sociale qu'il appartient de faire l'application du système. Mais cette autorité sociale, loin de se constituer d'après les

(1) Cité par M. Cabet dans Voyage en Icarie, Paris, 1848, p. 520. Le P. Enfantin vit Je jour à Paris ( 1796). Il reçut avec Olinde Ro-

drigues les dernières paroles de Saint-Simon. Il s'adjoignit Amand Bazard pour développer les idées du maître, tâche à laquelle ils se consacrèrent l'un et l'autre avec ardeur, mais sans être toujours en parfaite communauté d'idées. L'on sait que la société saint-simonienne tomlia sous le retentissant procès de 1832.

(2) M. Ott., Traité d'économie sociale, Paris, 1892, tom. i, p. 464..

principes démocratiques, présentera le caractère absolument aristocratique : un ou deux chefs investis d'un pouvoir suprême et jouissant de la faculté de nommer des coopérateurs à tous les degrés de l'échelle sociale.

Relativement au point qui nous occupe, il y a eu un saint-simonisme mitigé. C'est ainsi qu'on peut envisager les théories de M. Eugène Buret et de U. François Huet. Le premier proposait de n'étendre pas les successions au delà des degrés d'oncle et de neveu, et de constituer l'État héritier lorsque ces degrés de parenté ne se rencontreraient pas; système qui, suivant l'auteur, aurait pour résultat de faire passer par l'intermédiaire de l'État qui les vendrait, les instruments de travail aux mains des travailleurs (1). Le second écrivain entendait limiter le droit d'héritage aux valeurs produites par le travail du défunt, tandis que le reste reviendrait à l'État qui en ferait une distribution aux jeunes gens de l'âge de 14 et de 25 ans ; système de beaucoup préférable, car — c'est toujours

(l) De la misère des classes laborieuses en France et en Angleterre, Paris, 18iO, pp. 384 et suiv.

L'auteur voulait même que les transmissions testamentaires fussent supprimées ou, du moins, plus limitées qu'aujourd'hui.

Né à Troycs en 1811, M. E. Buret mourut, bien jeune, en 1842, à Saint-Lcu-Taverny. Apprécié comme économiste par M. Michel Chevalier, il sut, pendant un séjour en .Vlgérie, gagner raflection et l'estime du maréchal Bugeaud qui s'occupait si activement de l'organisation de notre grande colonie d'Afrique.

ce à quoi tendent les socialistes — il permettrait de procurer gratuitement aux travailleurs les instruments de travail (1). Aux yeux des hommes compétents, la théorie de M. Eugène Buret est insuffisante pour le but proposé, et celle de M. François Huet serait inefficace pour obtenir le résultat désiré. Nous n'en voulons pas davantage dire sous ce rapport. Sous un autre, qu'il nous suffise d'ajouter que les deux théories tombent plus ou moins sous la condamnation prononcée contre le saint-simonisme.

C'est du communisme proprement dit et de ses diverses ramifications que nous avons à entretenir tout particulièrement le lecteur.

Page 1