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COMMUNISME

Le communisme, historiquement, se présente sous deux aspects : comme œuvre d'imagination et

(1) Le lécjne social du christianisme, Paris, 1853, pp. 263 et suiv.

L'auteur voulait un article de loi conçu en ces termes : « Chaque an- « née se fait le partage des biens patrimoniaux devenus vacants pardé- « ces. Tous les jeunes gens de l'un et de l'autre sexe qui, pendant cette \ année, ont atteint l'âge de 14 ans ou de 25 ans, y prennent part. Les « majeurs reçoivent une part double des mineurs » {Ibid., p. 274).

M. F. Huet naquit en 1814 à Villeau, département d'Eure-et-Loir. Successivement professeur d'histoire au collège RoUin à Paris et de philosophie à Gand, il est non seulement auteur du Règne social du christianisme, ouvrage mis à ïindex, mais aussi, en collaboration avec M. Bordat-Demoulin, des Essais de la réforme catholique. Il est plus irréprochable dans son Elude sur Henri de Gand et dans ses Eléments de philosophie pure et appliquée.

comme doctrine devant prendre corps dans l'ordre social. Dans le premier cas, il reste à l'état spéculatif : c'est une sorte d'idéal. Dans le second, il tend réellement à se substituer à l'état de choses actuel.

Platon peut être placé à la tête des communistes du premier genrç, lorsque, dans son livre des Lois, il trace ces lignes : « Il importe que les richesses soient « communes entre les citoyens, et que l'on apporte le « plus grand soin à retrancher du commerce de la « vie jusqu'au nom de propriété ». Parmi les écrivains qu'il convient de placer à la suite de Platon, dans ces derniers siècles, nous citerons le chancelier Thomas Morus, le dominicain Gampanella, le rêveur Morelly. Le premier a écrit en faveur des idées communistes dans son Utopie, le second dans sa Cité du soleil, le troisième dans son Code de la nature (1).

Avec Bonnot de Mably, esprit morose, qualifié en son vivant de prophète de malheur, le communisme parut entrer dans la voie pratique (2). « Il me « semble, écrivait-il, que la nature nous dit de cent « manières : Vous êtes tous mes enfants, et je vous « aime tous également ; je vous ai donné les mêmes « droits ; je vous impose à tous les mêmes devoirs ;

(1) L'on pourrait nommer encore Harringlon dans son Oceana, et Jean Bodin dans sa République.

(Gampanella appartenait au XVII" siècle et Morelly au XVIII*. L'on connaît l'époque du célèbre chancelier de Henri VIII d'Angleterre.

(2) Boimot de Mably était le frère du célèbre philosophe Bonnot de Condillac.U avait le dédain du temps présent et montrait de l'enthousiasme pour les républiques anciennes.

« la terre entière est le patrimoine de chacun de nous ; (( vous étiez égaux quand vous êtes sortis de mes « mains ; pourquoi vous êtes-vous lassés de cette con- (( dition ? Ne deviez-vous pas sentir que vous ne (( tenteriez point impunément d'être plus sages que « moi ? La philosophie ne doit-elle pas vous tenir le « même langage ? Au lieu d'approuver nos erreurs et « d'en faire la règle de votre conduite, ne doit-elle pas « vous dire que plus nous ferons d'efforts pour nous « approcher de l'égalité, plus nous nous rapprocherons « du Ijonlieur ? » Ainsi parlait Bonnot de Mably dans ses Doutes }oroposés aux j)hildsophes économistes sur Vordre naturel et essentiel des sociétés politiques (i). Et plus loin, il ajoutait : « Dès que nous avons eu « le malheur d'imaginer des propriétés foncières et « des conditions différentes, l'avarice, l'ambition, la « vanité, l'envie et la jalousie devaient se placer dans « nos cœurs pour les déchirer, et s'emparer du gou- (( vernement des États pour les tyranniser. Établissez « la communauté des biens, et rien n'est ensuite plus « aisé que d'établir l'égalité des conditions et d'aflfer- « mir sur ce double fondement le bonheur des homa mes » (2).

D'autres écrivains marchèrent sur les traces de Mably, et notamment Brissot, le futur girondin, qui

(1) Doutes proposée. . . , La Haye, 1768, p. 18.

(2) Ibid., p. 21-22.

Le même auteur ne raisonne pas autrement dans un autre de ses ouvrages. De la législation ou principe des lois. Voir, en particulier, le chapitre m du livre I, oîi il s'efforce d'établir que la nature invitait les hommes à la communauté des biens.

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devait devancer Proudhon dans la hardiesse de ces expressions : La propriété, c'est le vol. Brissot, lui, estimait vol toute propriété excédant le& besoins de chacun (1).

Peu d'années allaient s'écouler jusqu'au moment où Baheuf qui ajoutait à son nom celui de Gracchus, allait lancer son Manifeste des égaux. Dans ce Manifeste, on lisait : « Nous tendons à quelque chose de « plus sublime et de plus équitable, le bien commun « ou la communauté des biens. Plus de propriété « individuelle des terres : la terre n'est à personne. « Nous réclamons, nous voulons la jouissance com- « munale des fruits de la terre: les fruits sont à tout le « monde ». Et encore : « Qu'il ne soit plus d'autre dif- « férence parmi les hommes que celle de Page et du a sexe. Puisque tous ont les mêmes besoins et les « mêmes facultés, qu'il n'y ait plus pour eux qu'une {( seule éducation, une seule nourriture. Ils se con- « tentent d'un seul soleil et d'un air pour tous : pour- « quoi la même portion et la même quantité d'ali- « ments ne suffiraient-elles pas pour chacun ? » (2)

Vers le même temps, en Angleterre, le mouvement communiste s'accusait avec William Godwin,

(1) Cit. par M. OU dans son Traité d'économie sociale, Paris, 18'J2, tom. I, p. 457458. M. Ott vise le travail de Brissot sur la Pi'opriété et le vol, 1780.

(■2) Le manifeste des éijaux se lit dans la Conspiration pour l'égalité dite de Babeuf xiar Michel Buonarroti, tom. i, Bruxelles, 1828. Pièces justificatives. La citation, p. 132-133.

Michel Buonarroti, d'origine italienne, disciple de Babeuf, conspirateur avec lui, paraît être demeuré fidèle à la doctrine du maître.

se continuait avec Charles Hall, s'accentuait avec Robert Owen et AYilliam Thompson. William Godwin pensait, comme Brissot, sur la propriété qu'il limitait aux besoins individuels. Charles Hall donnait aux communes la propriété foncière. Piobert Owen ne s'en tenait pas à la théorie : il fondait en Ecosse et en Amérique des établissements communistes, devançant ainsi notre Cabet dans les tentatives et dans l'insuccès. William Thompson précédait Karl Marx dans l'appréciation du capital et dans le système de la plus-value (1).

Nous avons déjà marqué les tendances communistes de l'école saint-simonienne. Le communisme peut reconnaître d'autres précurseurs, plus ou moins purs ou complets : dans Constantin Peiqueur qui, d'abord disciple de Saint-Simon, puis penseur pour son propre compte, exposa une doctrine assez analogue au collectivisme contemporain (2); dans Joseph Proudhon, l'ardent et infatigable adversaire des institutions existantes, Proudhon dont nous avons redit le mot fameux sur la propriété, ce qui était révéler sa doctrine sociale (3) ; dans Louis Blanc dont le livre, L'organisation du travail, supprime la liberté industrielle, la veut collective et la remet aux mains

(1) Voir M. Ott, Traité d'économie sociale, Paris, 1892, tom. i, p. 458-459.

(2) Voir sa Théorie nouvelle d'économie sociale et politique, Paris, 18.12.

Cet économiste est né en 1801 à Arieux ( Nord ).

(3) J. Proudhon, qui vit le jour à Besançon en 1809, a décrit en ces termes ses premières années : « J'ai eu le rare avantage

de l'Htat qui l'organise dans ses ateliers nationaux (l).

Celui qui est appelé le chef du communisme parmi nous, écrivait ou n'allait pas tarder à écrire : « Tous les hommes ayant des droits, tous ont des a devoirs; et tous ayant les mêmes droits, tous ont « les mêmes devoirs ; tous, par exemple, ont le « droit de réclamer la part des biens communs, et (( tous le devoir de laisser aux autres la part (lui (( revient à ceux-ci ».

Ainsi s'exprimait Etienne Cabet dans son Voi/age en Icarle (2), roman philosophique et social qui est une sorte d'extrait d'un ouvrage anglais où l'auteur raconte le voyage d'un lord dans un pays imaginaire du nom même d'Icarie. C'était le communisme

« (le naître peuitle, (rMpiin'inln' ce qui a fait le peuple tel qu'il « est aujourd'hui, et de rester peuple. Mon père, simple toii- « nelier, eut cinq enfants dont j'étais l'aîné. Jusqu'à douze ans « ma vie .s'est passée presque toute aux chami)s, occupé tantôt « à de petits travaux rustiques, tantôt à garder les vaches. J'ai été « cinq ans bouvier ». ( Citât, dans Noiir. bio'jraph. (jéncr. art. Prondhon Pierre-Joseplt ).

(1) L'or(jaiiisntiiii) du trarail parut on 1840. L. Blanc avait déjà préludé à sa théorie dans le journal Le bon sens et la Revue du progrès. A ses yeux, la misère vient de l'individualisme ; par conséquent, il faudrait, dit-il, absorber a l'individu dans vme sorte de solidarité où chacun aurait ses besoins et ne donnerait que selon ses facultés ». Cit. dans Ibid. , c. a. d. Nour. biof/. (jénér . , art. lilanc Louis ).

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