‹ La question ouvrièreChapitre 17 sur 83 · FOURIÉRISME · texte numérisé non relu

FOURIÉRISME

Le fouriérisme eutpour fondateur Charles Fourier et pour principal interprète Victor Considérant, l'un commis marchand, frappé des vices du commerce (1), l'autre officier du génie, abandonnant la carrière militaire pour se vouer aux doctrines sociales du premier (2).

Le fouriérisme se proposait de faire concourir toutes les passions au bien général et, pour cela, de donner à chacune une place légitime et une légitime satisfaction. Selon lui, ce serait appliquer au monde social la théorie de Newton sur le monde matériel, et cela avec raison, car y a analogie entre l'homme ou plutôt la société et l'univers : pour l'univers, il y a Vattraction matérielle qui y maintient l'ordre, l'harmonie; pour lés sociétés, il y ^iVattraction passionnelle qui doit en être la loi régulatrice et procurer à chacun le bonheur, bonheur consistant dans des plaisirs vrais, sensibles, variés et sans cesse renaissants. •

(1) L. Fouiicr est né à Besançon en 1772 .

En 179'J, il était employé dans une maison de Marseille. L'on dit qu'il fut chargé de faire disparaître, en la jetant secrètement à la mer, une cargaison de riz que d'avides patrons, dans la pensée de maintenir les prix élevés, avaient laissé s'avarier. De là, les premières idées de Fourier sur la nécessité d'une réforme sociale.

(2) V. Considérant vit le jour à Salins ( Jura ) en 1805.

L'on était sans doute bien loin de cet idéal. Mais la cause s'en découvrait dans la mauvaise organisation sociale dont on n'a cessé jusqu'alors d'être victime. Par la réforme proposée, l'on obtiendrait infailliblement ce résultat si désirable. Entrons dans (juelques détails.

Le principe était l'association, mais non pas l'association avec le niveau absolument égalitaire du communisme. C'était l'association en tant qu'elle tiendrait compte des aptitudes, assignerait les travaux en raison de ces aptitudes, partagerait les produits d'après les causes productrices, le capital, le travail, le talent; car, si l'on garantissait un minimum de jouissances à tous, il y aurait pour le capital, qui doit être entretenu, pour le travail et le talent, qui doivent être rémunérés, un surcroit proportionnel de parts.

L'association devait former une connnunauté ni trop ni trop peu nombreuse : 1200, 1500, 1800 individus de tout âge et de tout sexe paraissaient une bonnemoyenne. La communauté seule serait propriétaire du capital mobilier et immobilier occupé par elle (1). Elle s'appeWerali Phalanstère, c'est-à-dire manoir de la Phalange ou de la société constituée. Dès lors, elle comprendrait trois parties distinctes, les constructions

(I) Néanmoins, aux yeux de Victor Considérant, la propriélé individuelle n'aurait pas été précisément anéantie, mais simplenu-nt mobilisée; car elle eût été représentée « par des titres d'actions attribués à chaque ménage sociétaire au prorata de son apport social ». (Citât, de M. V. Considérant, dans Dictionnaire de la conversation, art. Fourier, excellent article ) .

en. II. — SYST. OPPOSÉS A LA l'RUPR. PRIVÉE 41

[M)ur les habitations et les travaux, la division des travailleui's, l'administration générale.

Les constructions dans les campagnes se composeraient d'un palais pour les logements, et d'établissements pour les travaux. Entre le palais et les établissements, il y aurait une grande cour cVhonneur. Là, les travailleurs s'assembleraient « au son de la fan- (( fare autour de leurs drapeaux respectifs et de « leiu's of liciers, pour se rendre avec leurs équipece menls, leurs voitures, leurs chevaux et leur armece ment industriel, aux expéditions agricoles... dans (( de belles et riches campagnes qui environnent les (( phalanstères », tandis que les femmes, se répandraient (( dans les jardins, les parterres » et vaqueraient « joyeusement aux soins des volières, des basse-cours <( et de l'intérieur ». Les villes se formeraient « par la « combinaison de deux, quatre, vingt palais reliés par « des galeries, traversant des cours, des jardins rafraî- « chis par des jets d'eau, des fontaines ornées de sta- « tues et présentant les plus belles dispositions, les as- (c pects les plus riches et les plus niagnifiques » (i).

L'administration serait confiée aux anciens, élus annuellement, mais à la condition de réunir les sept huitièmes des suffrages.

Les travailleurs se diviseraient en séries, les séries en classes, les classes en groupes qui se composeraient de sept à neuf individus. Là viendraient prendre place les diverses aptitudes suivant Vattraction passionnelle qui attire vers telle ou telle sorte de travaux. Toutefois,

(1) Dictionnaire de la conversation..., art. Fourier.

les sociétaires auraient la faculté de se faire inscrire, à la fois, dans plusieurs groupes ou séries et, par conséquent, de passer d'une occupation à une autre. Ainsi des adultes . Mais les enfants? Pour les enfants, il y aurait également la série des nourrices paHsionnellret des instituteurs passionnels, car les pères et lc> mères n'auraient pas à s'occuper de l'éducation physique et morale de ceux qui leur doivent le jour.

Les communes sociétaires seraient le point de départ : avec elles, on organiserait successivement les cantons, les arrondissements, les départements, tout un État, sinon le globe entier.

Les fouriéristes, comme les communistes, voulaient donc un bouleversement social de fond en comble.

Est-il besoin de faire ressortir le grossier matérialisme du système? La satisfaction donnée à Vattraction passionnelle, n'est-ce pas la réhabilitation de tous les penchants, la légitimation de tous les désirs, la négation de la morale, la ruine de toute idée de devoir?

Absolument condamnable, cette théorie, comme celle des communistes, doit encore être rejelée au nom de l'expérience. « Fourier avait demandé un million « pour la fondation d'un phalanstère, afin de faii-e écla- « ter aux yeux de tous le bonheur et la prospérité que « confère l'association. Au lieu d'un million, il en a eu « quatre et cependant l'entreprise a croulé » (1).

(I) M. H. D. Hanion, htiides sur le socialisme, Paris, 18i'J, p. 35.

En IH48, SI. Victor Considérant qui siégeait à r.Vsscmlilée nationale, fut sommé par clic, après les tristes journées de jin'n, d'exposer son système qui, selon lui, devait mètre fin au malheur social. H demanda riiiq séances de nuit pour l'exposer. L'hilarité générale accueillit la proposition.

D'autre tentatives furent également faites en Belgique, au Brésil, au Texas, et elles échouèrent également.

L'on a dit qu'un fouriérisme amoindri ou corrigé avait eu plus de succès. D'abord, le mot n'est pas exact : ce n'était pas un fouriérisme, puisqu'on s'associait volontairement. L'assertion, ensuite, ne l'est pas beaucoup plus. Il s'agit de ce qu'on a appelé l'association intégrale, c'est-à-dire des réunions volontaires d'ouvriers de professions diverses en vue de rendre la vie plus facile et plus confortable, tant par les achats communs que par l'habitation dans des bâtiments communs. « Divers essais de ce genre ont été tentés, « notamment la colonie du Sig en Algérie qui n'a pas « réussi, et le familistère de Guise fondé par M. Godin {( qui, au contraire, a joui d'une longue prospérité. « Mais cette prospérité a été due surtout à l'activité, « à l'intelligence et au dévouement de leur fondateur « et aux limites étroites qu'il a imposées à son éta- (( blissement industriel. Cependant, quoique M. Go- « din soit mort récemment, sa fondation lui a survécu « jusqu'ici» (1).

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