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COLLECTIVISME

Le collectivisme est le frère puîné du communisme, mais un peu moins difforme que lui. Gomme le com-

(I) M. Ott, Tt'ixilé d'économie sociale, Paris, 18'J'2, tom. ii, p. 28.

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munisme, il attribue à la société la propriété. Mai dans la répartition des produits, il admet une rémunération personnelle proportionnellement à l'œuvre effectuée, ce qui, d'un côté, est unvrai stimulant pour le travailleur et, de l'autre, entraine comme con?('quence la vie à part pour chaque famille. A la différence du communisme, le collectivisme n'admet donc pas la communauté de la consommai ion.

Cette conception sociale est due à deux socialistes belges, MM. Colins et César de Paepe, et c'est aussi grâce à eux qu'elle rallia de nombreux adeptes dans ' les congrès de l'Internationale. On peut dire qu'aujourd'hui c'est le système socialiste à la mode. Naturellement il y a des nuances : d'après M. Benoît Malon, un collectiviste militant, on distingue jusqu'à neuf sortes de coUectivismes (1).

En principe, la marche vers le collectivisme sei'ait l'évolution et non la révolution. Si l'on s'en rapporte aux paroles, déjà citées (2), de M. Lafargueà la Chambre des députés, l'on pourrait par les sociétés d'actionnaires et d'obligataires arrivera la « propriété nationale », but ultime du système.

Pourtant, aujourd'hui, les collectivistes se partagent en deux classes principales , les modérés ou les pôsslbUistes, c'est-à-dire ceux qui veulent procéder à la réforme prudemment, en s'en tenant au jiossible dans leur marche progressive (3), et ceux qui, comme les

(i) M. Ott, Traité d'économie sociale, Paris, 18'J:2, tom. ii, p. r»2.

(2) Introduction.

(3) M. B. Malon, dont nous venons d'écrire le nom, est un collectiviste modéré ou possibiliste. Il a écrit dans son Socialisme réfur/nisfc.

Guesdistes, n'hésitent pas à en appeler aux moyens révolutionnaires (1). Ces derniers sont aussi appelés marxisles du nom de Karl Marx, un des principaux patrons du système.

Voici les grandes lignes de l'organisation sociale : la propriété de la terre et des instruments de travail

Paris, 188G, pag. 4-5 : « Domaine communal. Reconstruction et agran- « (lissement rapide du domaine communal (terres, maisons, établisse- « ments divers etc.), premier pas vers la propriété communale et dans « le but de permettre à la municipalité d'activer la vie économique et « de se créer des ressources en recourant le moins possible à l'impôt ». On peut lire ce qu'il dit à la suite sur les Travaux publics, le Crédit communal, V Alimentation et le Commerce, VAssistance publique, Y Enseifjnement public, l'Arbitrage communal, etc.

M. B. Malon, né aux environs de Saint-Étiennc, d'une famille de cultivateurs, fut successivement homme de peine et ouvrier teinturier dans la banlieue de Paris. Un des fondateurs de l'Internationale, il subit trois mois de prison, puis voyagea en Italie, s'y fit typographe, revint en France dans ses dernières années et devint journaliste et écrivain. M. Geoffrin qui récemment est mort député de Montmartre était possibiliste à la manière de M. Malon.

(1) Une dépèche de Nantes, en date du 23 mars 1892, nous donnait ce résumé d'une conférence de M. Guesde et de M. Brunnelière.

« M. Jules Guesde a fait une conférence, ce soir, au théâtre de la « Renaissance. Quatre cents personrte3 y assistaient. lia parlé du mou- « vement socialiste, qui va grandissant, et fait allusion à la dernière « encyclique de Léon XIII et aux projets de réformes sociales de l'empe- « reur Guillaume II. Depuis cent ans, a-t-il dit, les ouvriers sont exploi- « tésparla bourgeoisie; il a ensuite fait l'éloge delà Commune etdeses « martyrs. Pour réaliser les réformes socialistes, a-t-il ajouté, il faut « s'emparer du pouvoir, substituer le prolétariat à la bourgeoisie et « donner de l'extension au mouvement corporatif. Une fois au pouvoir, « le prolétariat donnera la mine aux mineurs, les chemins de fer, les » grandes industries aux ouvriers, les terres aux cultivateurs ; il sup-

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appartient en premier lieu à la commune, en dernier lieu à la fédération des communes ou à la nation ; l'État fournit les instruments nécessaires pour les travaux dont il est le régulateur, et qui s'exécutent par des corporations de métiers ; le travail s'évalue en unités basées et sur le temps employé et sur la force ou l'habileté déployée, et chaque unité est représentée par un bon, donnant droit à la rétribution convenable ; mais les produits sont déposés dans les magasins communs, et c'est là qu'on puise pour remettre à chacun, contre les bons de travail, les parts correspondantes. Tout cela fonctionne au moyen de commissions de statistique. L'on peut consulter, sur les détails de cette organisation. Le Socialisme intégral de M. B. Malon (1).

Répétons-le, le collectivisme est tout simplement moins mauvais que le pur communisme. Mais les conséquences seraient les mêmes au point de vue du progrès et de la liberté individuelle : d'un côté, un état social stationnaire et décadent ; de l'autre, un aflreux despotisme. Tel est aussi le sentiment d'un

« primera les oisifs et les actionnaires récalcitrants. Après lui, le ci- « toyen Briinnelière, conseiller municipal, président de la conférence, « a pris la parole pour exprimer à son tour les théories révolutionnai- « res ; puis la séance a été levée sans incident».

(ie5o/ej7, 24 mars 1892).

(1) Cet ouvrage dont le dernier volunrie vient de paraître, comprend trois parties ou trois volumes :

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