TRAVAIL DES HOMMES
Le travail doit être proportionné aux forces humaines. Par conséquent, des limites s'imposent à sa durée. De plus, cette durée doit se mesurer elle-même sur le genre du travail qui est plus ou moins accablant, et s'accomplit dans des milieux plus ou moins malsains.
Il y a les limites quotidiennes et les limites hebdomadaires, en d'autres termes, le repos de chaque jour et le repos de chaque semaine ou du dimanche. Nos réflexions vont porter d'abord sur ce second point.
{\) La poUliiiiic socinh', lli octalire 18'.)lt.
I, Chose remarquable ! Tous les peuples, à tous les âges et sur tous les rivages, ont eu leurs jours de fêtes très rapprochés. S'ils comprenaient le devoir de vaquer aux cérémonies religieuses, ils sentaient, en même temps, le besoin de se livrer au repos ; car si tout devait se borner à la prière, à l'adoration, au sacrifice, pourquoi ces préceptes qui, çà et là, défendaient absolument le travail ? Dans ce fait d'un jour de repos après plusieurs de travail, présentant le caractère de l'universalité pour le temps et pour l'espace, n'est-il pas permis de voir une loi de la nature?
Chose également remarquable ! « Dès la plus hau- « te antiquité, le septième jour était un jour de fête (( pour les Chinois. Il est rapporté dans l'Yking, un de (( leurs livres canoniques, que les anciens rois, le « septième jour, qu'il appelle le grand jour, faisaient « fermer les portes des maisons, qu'on ne faisait, ce « jour-là, aucun commerce, et que les magistrats ne « jugeaient aucune affaire » (1). Et les Chinois ne seraient certainement pas le seul peuple à citer.
Le mosaïsme consacrait le repos hebdomadaire. Au sabbat s'ajoutait un certain nombre de fêtes où le repos était également prescrit. Parmi les chrétiens, le dimanche remplaça le sabbat, et d'autres fêtes furent aussi ajoutées au dimanche et placées sur la même ligne.
(1) Elemenla theolorjise, cura N. diredoris in seminario. .., Paris, 1843, p. 510, d'après Wisemaii, Discours sur les rapports entre la science et la relitjion révélée.
Les nations chrétiennes obéissaient aux lois de l'Église. En obéissant à ces lois qui prescrivaient le repos les dimanches et les fêtes, l'ouvrier n'avait pas à craindre la débilitation de ses forces physiques. Aussi, les générations étaient-elles fortes, vigoureuses. Malheureusement, par suite des idées irréligieuses et révolutionnaires et aussi sous l'inspiration de la cupidité, l'obéissance salutaire a cessé d'être générale et se restreint tous les jours. Hé bien ! qu'est-il advenu ? Un fait bien constaté, même au sein des campagnes, c'est que les santés s'affaiblissent : les tailles d'autrefois, les corps robustes d'autrefois deviennent de plus en plus rares. Il y a même sur ce point des préoccupations publiques. Nous savons bien que, pour un certain nombre de cas, l'on peut alléguer les excès. Mais nous n'envisageons la chose que relativement aux observateurs de la vertu de tempérance. Quelle est donc la cause de cette décadence des constitutions physiques? Ce n'est pas assurément l'infériorité des aliments. Tout le monde connaît le désir de Henri IV. Le bon roi voulait rendre la France assez prospère pour que le dernier paysan pût, chaque dimanche, se servir un repas plus succulent : qui n'a entendu parler de la fameuse poj<7e an pot ? Jadis, en effet, c'était chose assez rare qu'un dîner gras : on en avait comme cela une fois, deux fois, trois fois par semaine ; souvent même il y avait des familles qui no s'en offraient qu'aux grandes fêtes, huit ou dix fois par année. Nous nous réjouissons qu'il en soit autrement aujourd'hui. Mais, à la suite de cette double constatation, nous ne pouvons ne pas écrire, comme
conclusion : la cause cherchée se trouve principalement dans le travail incessant et particulièrement dans le travail du dimanche. Oui, il y a là plus que jamais une vérité incontestable, le travail du dimanche surajouté à celui des autres jours finit par débiliter le corps et l'user avant le temps.
Aujourd'hui, la science se joint à l'expérience pour proclamer la même vérité ; et il n'est pas rare d'entendre des médecins déclarer que le repos hebdomadaire est une condition essentielle pour une bonne constitution physique. Les études sur les névroses forcent, en particulier, à cet aveu. Tous, du reste, appellent ce repos, l'agriculture comme le commerce et l'industrie, les conseils municipaux comme les congrès scientifiques, la politique comme la sociologie.
Nous avons employé indifféremment les mots : repos hebdomadaire et repos du dimanche. C'est qu'à nos yeux ces deux repos ne doivent pas être séparés. Certains le voudraient sans doute. Mais les séparer, ce serait aller contre les mœurs, ce serait vouloir la ruine de la famille, comme nous allons l'établir tout à l'heure.
Ceux qui veulent vraiment le repos hebdomadaire, le placent le dimanche. En parlant ainsi, nous excluons les amateurs du repos du lundi ; car le repos du lundi, loin d'être un vrai repos, est le repos du cabaret, et le repos du cabaret brise le corps dix fois plus que le travail.
Qu'on jette donc un regard sur ce qui se passe au sein des villes comme au sein des campagnes et, si
l'on veut ajouter à sa propre expérience la constatation officielle, qu'on interroge les statistiques et l'on arrivera facilement à se convaincre que le repos hebdomadaire se trouve réellement, par l'usage comme par la religion, fixé au dimanche.
La séparation de ces deux repos conduirait à ceci : ou bien la législation fixerait un autre jour que le dimanche, ou bien, en prescrivant le repos du septième jour, elle laisserait à chacun la liberté de choisir le jour qui plairait.
La première hypothèse est peu probable. L'on ne paraît même pas y songer. Mais, y songeât-on, le septidi de l'heure présente n'aurait pas un meilleur sort que le décadi d'autrefois : comme le décadi, le septidi serait bientôt voué à l'oubli par l'inobservation ou tomberait sous les coups du ridicule.
La seconde hypothèse a souri à notre Parlement(l).
(1) M. Jules Simon s'est demandé naguère dans son Petit journal que publie le Temps, « pouniuoi » certaines personnes ne veulent pas accorder « un privilège au dimanche » ; et il donne cette spirituelle réponse :
« 11 ne peut y avoir qu'une de ces deux raisons : le choix du ditnan- «che ferait plaisir aux catholiques; le choix du dimanche semblerait « un acte d'obéissance, ou tout au moins de déférence envers le ca- « tholicisme.
« Je prends la liberté de dire respectueusement à ceux qui sont « préoccupés de ces deux raisons, qu'elles sont aussi bctcs l'une que V l'autre.
« Un homme de bon sens serait évidemment bien aise de faire plai- « sir aux catholiques, surtout si cela ne lui coûtait rien. Et non seule- « ment cela ne lui (•(lùli'rait rien, mais cola lui ferait plaisir à lui-nK'-
Mais qui ne voit la ruine de la famille dans la classe ouvrière, la seule que nous visions ? Supposez le père travaillant dans un atelier ou une usine, les enfants dans un autre atelier ou une autre usine, la mère peut-être obligée d'aller ailleurs demander à son travail personnel ce qui manque au foyer ; supposez que le patron du père fixe le repos hebdomadaire au lundi ; le patron des enfants au mardi ; la patronne de la mère au mercredi ; voilà donc une famille dont les membres ne peuvent se réunir au
« me, quand même il serait remiemi le plus irréconciliable du catho- « iicisme. Pour chômer un autre jour que le dimancbe, il faudra re- « noncer à une habitude vingt fois séculaire, transformer absolument « son train de vie, rendre le jour du repos doublement insupportable « à ceux qui travailleront seuls, créer des difficultés sans nombre pour « la désignation du jour du repos: qui le désignera dans les fabriques ? « le maître ou les ouvriers? enfin, bouleverser toutes les administra- « lions publiques qui, jusqu'à présent, chôment le dimanche. Je ne « dis pas la plus grande raison, qui est le jour de congé des enfants. « Que deviendront-ils et que deviendrez-vous vous-mêmes, si le jour « de congé n'est pas le môme à l'école? Il y a donc mille raisons pour « garder le dimanche.
« Pensez un peu, je vous prie, à l'immense ridicule dont se couvre « un peuple qui fait une loi, et une telle loi, uniquement pour ennuyer « les catholiques !
« Et pensez à cette singularité d'un peuple catholique, qui donne « pour raison de ses déterminations la volonté de blesser et d'outrager « les catholiques !
« Si, au lieu de repousser le dimanche pour ennuyer les catholiques, « vous le repoussez pour ne pas leur obéir, je vous demande de quoi « vous avez peur. Est-ce de leur obéir, ou simplement d'en avoir l'air? « Dans le premier cas, vous êtes bien peu sûrs de votre volonté, et dans « le second cas, vous êtes bien peu sûrs de votre dignité.
00 LA QUESTIUN UL'VHlKHi:. — LIV. II
jour du repos. Or, il est certain qu'entre personnes l'intimité de l'union se proportionne au rapprochement des âmes. II est certain aussi que ce rapprochement des âmes s'opère efficacement le jour du repos, mais à la condition essentielle que ces âmes se rencontrent. Les autres jours, en efTet, chacun vaque à ses occupations, et c'est à peine si, le soir, le père, la mère, les enfants peuvent passer quelques instants ensemble. Mais que le dimanche arrive avec la cessation des travaux. Le père et la mère sont rendus à leurs enfants, et les enfants à leur père et à leur mère ; les plus douces communications de l'esprit et du cœur s'établissent au foyer, et, par là, s'effectue le resserrement plus étroit des liens qui forment la société domestique, qui en sont la vie, comme ils en sont les charmes. Et, sous prétexte de liberté, on travaillerait indirectement à la destruction de cet ordre de choses! Sous prétexte de liberté, on mettrait les membres des familles dans l'impossibilité de passer ensemble un jour plein par chaque semaine ! Sous prétexte de liberté, on contribuerait ainsi à l'afTaiblissement de l'union familiale ! Sous prétexte de liberté, on porterait ainsi atteinte au bonheur des familles, ce qui serait les saper dans leurs bases ! Ruine d'autant plus fatale que, d'un côté, la surveillance de la mère manquerait aux enfants et que, de l'autre, le père s'éloignerait certainement du foyer désert pour prendre part ailleurs à des réjouissances plus ou moins malsaines.
Les amis eux-mêmes se trouveraient frappés : avec
un jour de repos commun, ils peuvent se voir à l'aise ; autrement, non.
L'on a prétendu qu'en fixant législativement le repos au dimanche, on blesserait la liberté de conscience. En vérité, on ne voit en quoi ni comment. En prescriv^ant le repos, est-ce qu'on prescrirait la participation aux cérémonies du culte (1) ?
Mais si la liberté de l'incroyant et de l'indifférent n'est pas atteinte, la liberté du croyant, d'autre part, est respectée, et assurément celle-ci n'est pas moins digne d'intérêt que celle-là. Le croyant pourrait donc vaquer à ses devoirs religieux, et, en vaquant à ses devoirs religieux, il travaillerait à sa grandeur morale. En effet, que lui disent le temple où il se rend, les cérémonies qu'il contemple, les prières auxquelles
(1) Voilà ce que M Chesnelong a parfaitement exposé au Sénat.
« J'avoue, dit-il, que je ne saisis pas l'objection. Que fait notre « amendement ? Il assure la liberté du repos dominical aux person- « nés protégées par la loi. Mais il n'impose à aucune d'elles l'obliga- « lion de pratiquer tel ou tel culte. Vous avez une loi qui assure le « même repos à tous les fonctionnaires publics. Parmi ces fonction- « naires, il y en a bien quelques-uns qui sont ce qu'on appelle des « libres-penseurs. Ont-ils jamais protesté contre le repos du dimanche ? « A-t-on jamais prétendu que ce repos lésait leurs opinions philosophi- « ques ou leurs croyances religieuses ? Naguère, le conseil municipal, « sur la proposition de M. Vaillant, votait à une majorité considérable « une résolution accordant le repos du dimanche aux ouvriers égoutiers « de la ville de Paris. Les égoutiers se sont-ils plaints? En aucune façon. « Le Conseil municipal s'est-il converti sur le tard à notre foi religieuse? « Qui le croira ? Donc il est évident que notre proposition ne porte at- « teinte à la liberté de personne ». { Passage reproduit, d'après le Journal officiel, dans la Semaine i-eliijieuse de Paris, le 25 juillet 1891 ).
il prend part? Qu'il faut placer l'âme au dessus du corps, Pesprit au dessus de la matière, le ciel au dessus de la terw> l'éternité au dessus du temps. Et, comme conséquwices, n'est-ce pas l'élévation de la pensée, l'agrandissenûeût du cœur, la marche ascendante des aspirations, des caractères, des vertus ? N'est-ce pas le travail de la vraje grandeur de l'homme, de sa grandeur morale, qui s'opère? Et, qu'on ne l'oublie pas, l'homme en grandissant pour lui, grandit pour la société. Ce n'est donc pas seulement un avantage individuel ; c'est aussi un avantage social.
En attendant que notre parlement se décide à consacrer législativement le dimanche comme jour de repos, il est désirable que les administrations et les particuliers préparent les voies dans la mesure du possible. Honneur au directeur général des postes qui a décidé la fermeture des bureaux dans la capitale, le dimanche, à 6 heures du soir ! Honneur au directeur des chemins de fer Paris-Lyon-Méditerranée qui a affranchi des droits de magasinage pendant la journée du dimanche, afin de faciliter le repos aux destinataires des marchandises ! Honneur aux compagnies des voies ferrées qui ordonnent la fermeture des gares de marchandises, le dimanche, à 10 heures ! Elles devraient même en prescrire la non-ouverture pendant toute la journée. Honneur aux notaires de Luçon, aux marchands de nouveautés de Bordeaux, aux nombreux commerçants d'Angers, aux pharmaciens de Douai, qui se sont entendus pour ne pas ouvrir le dimanche, qui leurs études, qui leurs ma-
gasins, qui leurs boutiques ! Honneur, enfin, à la ligue populaire qui s'est formée, à Lyon, pour le repos dominical (1) !
C'est pour nous une nouvelle tristesse, l'Allemagne nous devance dans l'œuvre salutaire de l'obligation du repos dominical ! Que dis-je? Sur ce repos dominical, notre parlement abroge la loi du 18 novembre 1814, et le parlement allemand vote la loi modificative du l«'juin 18m!
Et qu'on ne croie pas que cette loi devienne une lettre morte. Voici ce que, le 4 juillet 1892, on écrivait au Nouvelliste de Lyon : « C'est à partir d'hier (( que l'obligation du repos dominical est entrée en (( vigueur, pour les ouvriers d'une manière absolue ; « pour les employés et domestiques des magasins et « autres établissements similaires avec l'atténuation « ci-après : la durée du travail devra être limitée à (( quatre heures et demie, et l'occupation doit être « dans la matinée jusqu'au plus tard à une heure, (( de préférence jusqu'à midi, et de telle sorte qu'une (( demi-heure au moins soit aftectée à la suspension, « pour permettre au personnel de se rendre à un (( office divin.
« Le repos dominical est également obligatoire et
(t) La Politique sociale, n» 32, 1890 ; Le Dimanche catholique, septembre 1892, p. 179-180.
Quant aux pharmaciens de Douai, ils ont informé leur clientèle qu'à dater du 3 juillet 1892 « leurs pharmacies seront fermées, les dimanches « et jours de fête, à partir de midi ; toutefois, trois pharmacies, à tour « de rôle, resteront ouvertes, une par quartier, pour assurer le service ».
{Le Dimanche cathol., ibid).
64 LA QUESTION (JL VHIKHK. — LIV. II
« absolu sans la moindre occupation pendant toute la (L journée, les jours de Pâques, de Pentecôte et do « Noël ; les autres jours de fête sont considérés « comme les Dimanches » (1).
II. L'exploitation spoliatrice que nous avons signalée, avec un docteur de Bâle, au commencement de ce chapitre, a pour conséquences : l'épuisement des forces et l'impossibilité de les réparer.
Il y a deux facteurs de la déperdition organique, l'un positif, l'autre négatif. Le premier consiste dans la dépense continue des forces appliquées à un labeur. Le second n'est que la non-restitution de ce qui a été dépensé. L'union de ces deux facteurs conduit à la ruine physique.
« Voici, par exemple, un ouvrier vigoureusement (( constitué. 11 est chargé de tourner une roue dont a la chaîne supporte un poids de 25 kilos.
« En déduisant de sa journée les interruptions oc- « casionnées par les repas et de courts moments de et repos, il reste neuf heures de rude labeur.
a Or à la fin de cette journée, d'après le témoignage « de tous les praticiens, et surtout en raison des consa tatations personnelles prises sur le vif, l'ouvrier se î « trouve absolument à bout de forces.
« Va-t-il pouvoir se reposer immédiatement? Pas « du tout. Il faut d'abord qu'il regagne son domicile, a Où se trouve-t-il, soit à Paris, soit dans les grands « centres ? C'est généralement en moyenne à trois ou « quatre kilomètres de l'atelier. Autant le soir, autant
(l) Le Dimanche cathol . , ibid.
CEI. I. — CONDITIONS HYGIÉN. DU TRAVAIL 65
« le matin. L'aller et le retour représentent donc une « locomotion qui doit être considérée comme réelle- « ment fatigante. Ajoutez-y les neuf heures dont nous <( venons de parler, et, selon le langage technique, « vous avez un déficit.
« Or, le déficit des forces s'accroît en raison directe « de chaque journée dans le courant d'une semaine.
(( La moyenne de ce déficit, d'après les expériences <( du docteur Perten-Kofer, s'élève de 10 à 20 pour « cent de la provision entière d'hygiène.
(( Qu'en résulte-t-il au bout d'une semaine, au dire « de ce même praticien? C'est l'appauvrissement du « sang, le relâchement des muscles, le détraquement (( du système nerveux.
(( Que conclut le docteur Perten-Kofer? c'est qu'il « est impossible à un homme même solidement cons- « titué de fournir une journée normale dépassant huit <( à neuf heures au plus sans compromettre son organe nisme tout entier, même étant donné le repos heb- « domadaire » (1).
Si l'on estimait que le docteur est exagéré dans ses • onclusions, qu'on ajoute une heure à la somme quotidienne d'un travail ordinaire : dix heures nous paraissent être une moyenne raisonnable.
Nous venons d'écrire : travail ordinaire. Il y a, en effet, nous l'avons dit avec l'Encyclique de Léon XIII, des travaux qui, par leur nature ou bien eu égard aux milieux où ils s'opèrent, imposent des fa-
{\) La Politique sociale, 16 octobre 1890. QUEST. oiv. — 5.
ligues extrêmes ou condamuent à un air vicié. Ainsi, d'un côté. les travaux dans les mines et les carrières; .ainsi, de l'autre, les travaux dans les grandes usines. Les premiers causent une déperdition de forces \}SiV l'excès du labeur, les autres par la privation d'un air vivifiant. Ce second point n'est pas moins évident que le premier.
J'appartiens par ma naissance à un canton moitié agricole, moitié industriel : c'est le canton de Fleurysur-Andelle, dans le département de l'Eure. J'ai été bien des fois à même de constater que, à l'époque de la conscription, la partie industrielle n'avait que peu d'hommes à fournir pour le contingent militaire, et qu'il incombait à la partie agricole de suppléer à l'insuffisance de sa voisine. Ces mêmes faits se renouvelaient ailleurs. Ce sont autant de preuves vivantes de la vérité émise. Les mêmes choses se remarquent toujours, c'est-à-dire les santés robustes des jeunes gens des campagnes, et les santés débiles de ceux qui sont employés dans les usines.
Quand les travaux présentent les caractères funestes que nous avons signalés, non seulement il y a lieu, mais nécessité d'en abréger la durée. Dans quelle proportion? Quelle devra être alors la durée moyenne? Cette durée moyenne, à nos yeux, et nous ne sommes pas les seuls à penser ainsi, pourrait être de huit heures, deux heures de moins que pour les travaux ordinaires, La proportion nous parait être assez rationnelle (1 ).
(1) C'est la pensée qii'es|iiiiiiail ainsi le canlinal Mauning dans sa Ici-
Aux États-Unis, on se prononce généralement pour la journée de huit heures. Les ouvriers la réclament et, à l'occasion, ils en appellent aux grèves pour l'obtenir. En Angleterre, les mineurs viennent d'imiter leurs frères de l'autre côté de l'Océan. La grève a été décidée et le Parlement saisi d'uneproposilion à l'effet de limiter à huit heures le travail de la journée. Rejetée en première lecture à la Chambre des communes, elle le fut également en seconde lecture ; mais ce fut surtout grâce à l'intervention de M. Burt, ancien mineur, dont le discours eut pour principal objet de montrer qu'il n'y avait pas sur ce point unanimité parmi les mineurs du royaume (1).
tre au congrès de Liège en septembre 1890 : «... je puis dire que, pour « les travaux des ouvriers employés dans les mines et pour tous les au- « très travaux pénibles, une journée de huit heures est juste et raisonci nable. Pour les travaux moins pénibles, une journée de dix heures « peut être prudemment acceptée. Il n'est pas raisonnable de fixer une « seule et même mesure pour les travaux durs et les moins fatigants ».
(1) ;-e Soleil, 21, 25 et 26 mars 1892.
Le 24- mars, la fédération des mineurs, réunie à Westminster, adof»la une résolution recommandant aux électeurs c de rejeter aux prochai- « nés élections, sans avoir égard aux considérations politiques, tous (I les candiilats qui ont voté ... à la Chambre des communes contre le « projet de restriction de la journée de travail à huit heures et de ne pa.s (I appuyer les nouveaux candidats qui refuseraient d'accepter le man- « dat de défendre le projet quand il viendra de nouveau devant la (' Chambre » (Ibid., 21 mars).
Le Manifeste socialiste répandu en France, à l'approche du l'"' mai (le la même année, renfermait cette phrase sur les revendications à formuler : « Une déjà est universelle : c'est la limitation à huit heures de la journée de travail » ( Le Soleil, i avril 1892).
D'autre part, chez nous, M. Leroy-Beaulieu se place au point de vue de la concurrence asiatique qu'il y a lieu de redouter dès le commencement du vingtième siècle. « Quand Chinois, dit-il, Japonais, <( Indiens et Nègres auront adopté nos machines, « qu'ils auront créé chez eux nos chemins de fer, « qu'ils se seront mis au courant de nos procédés, « l'infatuation des ouvriers occidentaux, si elle deve- <( najt trop grande, leurattirei-ait de teri-iblos mécomp- <{ tes et de durs châtiments. Or, dès l'aurore du ving- « tième siècle, on verra à l'œuvre, armés de nos en- « gins et de notre science. Japonais, Chinois, Indiens, <( Nègres du Soudan, du Congo ou du Zambèse. Dût- « on prohiber leurs marchandises, qu'ils n'en seraient (( guère moins redoutables. Leur travail plus actif, « plus soutenu, leurs habitudes plus sobres leur perte mettraient de produire à meilleur marché et de « supprimer l'exportation européenne dans les pays <( non européens » (1). Cette crainte nous paraît prématurée : lorsque le moment sera venu, ne seral-il pas temps de songer aux moyens de soutenir la concurrence ? Elle pourrait même paraître exagérée : <run côté, nous pensons que les travailleurs ouro- ])éens, bien longtemps encore, sinon toujoui's, supéi-ieurs aux travailleurs des contrées désignées, seront à même de fournir mieux et non plus cher, et, do l'autre, nous ne serions pas éloigné de croire, avec certains économistes, que, dans les travaux que nous visons, la puissance productive de l'homme se mesu-
(I) Essai sur la répartit. îles richess. . . , Paris, 18K8, p. i";]-!" i.
cil. I. — CONDITIONS HYGIÉN. DU TRAVAIL 6Î)
re non précisément à la durée du travail, mais à la force dont il dispose pendant le travail, en sorte que le travail sagement limité pourra produire plus que le travail excessif (1). Mais la crainte ne fùt-elie pas exagérée, nous dirions : La concurrence ne sera jamais une raison suffisante pour excuser et surtout justifier l'exténuation de certaines classes ouvrières sous le poids de labeurs immodérés. Mais, pour la soutenir, cette concurrence, s'il y a un sacrifice à faire, ce ne doit pas être, répétons-le, le sacrifice des santés des travailleurs, mais un sacrifice dans les bénéfices considérables réalisés par les patrons. Le Thnes, le célèbre organe de la cité de Londres, renfermait, en 1872, ces lignes énergiques : « Nos ouvriers (( sont hommes ; ils sentent en eux la dignité de l'hom- (( me et ne veulent pas, parce qu'ils sont des travail-
(1) « Un industriel d'Alsace, il y a quelque trois ans, écrivait à M. Mi- « chel Chevalier qu'ayant réduit d'une demi-heure la journée de « travail il avait obtenu un produit un peu plus considérable qu'au- « paravant » (Ibid., p.47i).
L'on sait que, en 1892, M. Gladstone avait refusé, d'abord, de s'associer à la campagne en vue de la journée de huit heures. Mais il a été ébranlé par l'expérience d'un directeur propriétaire d'une grande usine, M. AUaii. Ce dernier était venu trouver l'illustre homme d'État. Il lui raconta que, spontanément, il avait réduit à huit heures la journée de ses ouvriers. 11 avait commencé, prudemment, par faire une retenue sur le salaire de ceux-ci. C'était pour se couvrir des pertes qui pouvaient résulter de la mesure adoptée. Il ne tarda pas — tant le travail devenait productif ! — non seulement à ne plus exiger de retenues, mais à rendre les retenues précédemment encaissées. D'oà pour lui la conviction intime que la journée de huit heures serait favorable et aux maîtres et aux ouvriers ( Le Soleil, 3 juillet IS'J'iJ).
« leurs, être assimilés à de vils esclaves ou à d'aveu- « f^les manœuvres. Vous voulez les contraindre à « dix heures par jour au plus dur labeur. Ils vous « demandent grâce d'une heure. Cette demande est « juste. . .
« Or, vous autres usiniers, vous êtes riches et ri- « chissimes ; vous avez augmenté dans de grandes (( proportions votre capital; vous faites tous les jours « des gains énormes. C'est à vos ouvriers que vous « êtes redevables d'une prospérité magnifique, de (( ces trésors qui font de vous des Crésus, et vous leur ({ refusez le repos nécessaire. Vous êtes coupables. « Vous devez vous amender sans retard » (i).
Notre Parlement s'est montré assez peu facile sur ce point. La Chambre avait proposé dix heures, le Sénat a voulu onze heures et nos députés, dans la séance du 29 octobre 1892, ont voté la loi avec l'amendement de la Chambre haute.
M. de Mun a cru devoir faire cette déclaration : « La loi est imparfaite, insuffisante, et elle est in- « férieure à ce que j'ai demandé et demanderai tou- « jours. Mais je la prends parce qu'elle est là. Je ne (( refuserai jamais un commencement de réforme, « parce qu'il n'est pas toute la réforme ».
Quant à nous, nous le répétons, la journée de huit heures dans les travaux en question nous semble une rationnelle moyenne.
On comprend qu'il y a là un intérêt social.
(l)Cit. dans La Polilifiue sociale, 10 novembre 1889.
Mais il y a aussi une loi de justice. « Tous les biens « extérieurs, dit Léon XIII, c'est le travail de l'ou- « vrier, travail des champs ou de l'usine, qui en est « surtout la source féconde et nécessaire. Bien plus, <( dans cet ordre de choses, le travail a une telle (( fécondité et une telle efficacité, que l'oii peut affir- <i Hier, sans crainte de se tromper, qu'il est la source (( unique d'où procède la richesse des nations. L'équi- <( té demande donc que l'État se préoccupe des tra- « vailleurs et fasse en sorte que, de tous les biens « qu'ils procurent à la société, il leur en revienne « une part convenable. ..))(!).
Nous pouvons dire aussi que, à un autre point de vue, il y a également une loi de justice. Sous tous les rapports, le créateur a confié le monde au génie Immain. Or, grâce aux découvertes scientifiques, aux lois de la mécanique, aux perfectionnements en tous genres, le travail assez souvent, dans le même espace de temps, produit de nos jours beaucoup plus qu'au- 1 refois. Qui a profité de cet heureux état de cho- " ses ? Le capitaliste dont le gain est plus considéral)le, tandis que l'ouvrier travaille tout autant que dans le passé sans que son salaire soit relativement supérieur. Ne serait-il pas juste que l'ouvrier, comme le (Capitaliste, fût appelé à tirer avantage de ces progrès? Ajoutons que notre siècle a vu nombre de chefs d^usines et d'exploitations devenir millionnaires en assez peu d'années, tandis que les ouvriers par eux
(I) Encyclique sur la condition des o uvriers .
employés restaient toujours plus ou moins... indigents !
Entrons ici dans quelques détails.
L'on a fait des calculs aussi curieux que précis sur nos forces productives comparées aux forces productives d'autrefois. M. Michel Chevalier, mettant en regard des (( procédés actuellement en usage pour la « mouture du blé ceux qui étaient employés dans la « maison de Pénélope d'après Homère, prouve que la « réduction du froment en farine coûte aujourd'hui « cent fois moins de travail qu'autrefois ». Un autre économiste établit qu'on produit « avec la filature (( mécanique, par jour et par paire de bras, 500 fois « plus de fds que n'en donnait la quenouille » (1). Or, les ouvriers travaillent-ils moins de temps? Non. Gagnent-ils proportionnellement davantage '? La question est complexe.
L'on a essayé de dresser des statistiques sur létaux
(1) M. Lcroy-Bcaulieu, Essai swr la répartition des ricliesses. . . , Paris, 188«, p. 10.
Le incinc économiste enregistre encore cet autre calcul : la puissance des machines en France « équivaut à 1, 500,000,, chevaux vapeur, « soit à 30 millions de nouveaux travailleurs do fer, triplant ainsi la « force productive du pays ». Hé hien ! Les O'ivriers travaillent-ils un tiers (le moins qu'autiefois ou, travaillant autant, otil-ils vu leur situation notableuKMit améliorée t Hélas ! L'on est obligé de répondre dcu.K fois négativement.
A la vérité, M. Leroy-IJeaulieu s'applique, jtlus loin, p. -123-425, à établir ce <iu'il y a d'exagéré dans ces calculs ; car l'alimentation et le fonctionnement de ces machines exigent, d'ailleurs, l'emploi de beaucou|) de bras. Mais, toute exagération mise de côté, il est incontestable que la force productive a augmenté considérablement.
des salaires et le coût de la vie dans le temps passé et sur l'accroissement de l'un et de 'autre à notre époque. C'était pour arriver à savoir si la situation de l'ouvrier s'est améliorée. Ces statistiques sont plus ou moins hasardées. Ce qui est certain, c'est que les salaires dans notre siècle, par une augmentation progressive, ont plus que doublé. Ce qui est certain aussi, c'est que le logement, la viande, le beurre, ont également, par une progression analogue, plus que doublé de prix, tandis que le prix du pain est resté à peu près le même et que celui des vêtements et de quelques objets de consommation a plutôt faibli. En cet état, peut-on rigoureusement conclure que la situation de l'ouvrier se soit bien améliorée ? Nous laissons à de plus compétents que nous la solution du problème (l). Mais, pour nous, dans l'hypothèse d'une sensible amélioration, il est incontestable que l'amélioration n'a pas été ce qu'elle aurait dû être, eu égard aux progrès réalisés. ( Voir fin du volume, note A.).
(1) L'on peut lire, dans VEssai sur la répartition des richesses.... par •M. Leroy-lJeaulieu, l'intéressant chapitre De V accroissement des salaires réels, pp. 438 et suiv.
Nous transcrivons ce passage, p. 450-451 : « L'enquête décennale « de la Société industrielle de Mulhouse, en 1878, fournit sur les dé- « penses des ménages d'ouvriers des renseignements i)lus précis « et plus exacts, autant qu'on en peut juger, que les documents anté- « rieurs. M. Engel Dolfus, qui en est le rapporteur, a étudié en détail « seize familles chargées d'enfants : il a constaté qu'en moyenne le " logement représente 15 pour lUO de la dépense, le vêtement IB pour ' 100, la nourriture Gl pour 100, les dépenses diverses 8 pour 100.
Avec la réglementation, précédemment indiquée, de a journée de travail, y aurait-il lieu d'admettre des heures supplémentaires '? Et dans quelles circonstances ? En principe nous ne nous serions pas opposé aux heures supplémentaires, mais à la condition que ces heures supplémentaires ne deviennent pas une règle générale : autrement la loi serait éludée. D'un usage exceptionnel, ces heures supplémentaires pourraient être demandées et accordées dans des moments de presse, dans des besoins réels ou autres cas similaires.
« Or, le prix du vôtement n'a pas haussé depuis 30 ans ; depuis cin- « quante, ii a plutôt baissé. Il en est de même des dépenses diverses « indispensables : l'instruction des enfants est devenu iiartoiit gratuite te, les soins médicaux le sont souvent ou à peu près ; voilà donc 2 i ■< pour 100 environ, soit le quart des dépenses (pii n'a pas augnieu- " té ».
En regard de ces chiffres, il ne sera pas sans intérêt d'en placer il' autres. Nous les prenons dans la /'V««cef)en(/rt7t< la ijuerre de cent «;i.s par M. Siméon Luce, Pans, 1890, in-12. Le savant académicien a placé dans son ouvrage un cliapitre sur L'exploitation îles mines et la condition des ouvriers mineurs au AT" siècle, d'après le registre de lomptahilité des mines possédées par le célèbre Jacques Cœur dans le Lyoïniais et le Beaujolais.
Les mineurs étaient nourris, logés, habillés, blanchis et éclairés.
« Nous avons, dit M. Siméon Luce, le détail des dépenses faites pour " rapprovisionncmcnt de ces mines pendant une partie de l'année '< 1455, et ce détail donne l'idée de la nourriture la plus substantielle '< et la plus abondante ». L'auteur après avoir donné la cpiantité de la larine de froment cl de seigle, et la proportion de leur mélange, ajoute : « Interrogez des personnes versées dans la panification, elles vous ■' diront que le froment et le seigle, mélangés dans ces proportions, " donnent le pain non seulement le plus .savoureux, mais encore le " plus conforme aux lois de l'hygiène ». Voilà pour le pain.
Ce sont là des principes excellents, dira-t-on. Mais ily a ici, comme dans la plupart des choses, le revers de la médaille. « En Angleterre, écrit un économiste des « plus compétents, la clientelle des cabarets s'est accrue «d'autant plus que la journée de travail a subi plus « de réduction. Chaque diminution d'une demi-heure « du travail quotidien correspond à un accroissement
Voici pour les autres aliments :
« Pendant le même laps de temps, on avait bu, dans les mines du « Lyonnais, 1,000 ànées, ou charges d'un une, devin, tant blanc que clai- <i ret. On avait mangé quarante six bœufs, vingt et une vaches, deux « cent quatre bètes à laine, vingtsix porcs frais, seize bacons ou porcs « salés. On avait dépensé pour cent cinquante cinq livres d'œufs et de « fromage, pour cent vingt livres de poisson frais et salé, pour vingt « deux livres d'ail, d'oignons et de raiforts ; enfin, pour neuf livres. « d'épices, de figues, de noix, de raisin, de verjus et de vinaigre ».
D'oîi l'on doit conclure que les mineurs étaient bien nourris.
Ils étaient également bien couchés, et il n'y avait pas de couchette (pii ne fût garnie d'un lit de plume ou d'un matelas, d'un traversin, d'un û7'eiller, de deux draps de toile, de couvertures.
Étaient-ils bien payés"/ « Sans parler, écrit toujours M. Sitnéon « Luce, des conducteurs des travaux, des piqueurs comme nous dirions « aujourd'hui, qui gagnent de 30 à 50 livres par an, les gages d'un » cuisinier s'élèvent à 18 livres, ceux d'un distributeur des chandelles
;\ 10 livres, et le salaire annuel des plus humbles manœuvres en- « tre 5 à 10 livres. Une simple servante et chambrière, surnommée la <( Grand' Jeanne, chargée de faire la lessive des mineurs, touche des « appointements de 10 livres tournois ». Si l'on multiplie par 40, comme cela se doit faire selon la juste remarque de l'historien, pour avoir la valeur actuellement correspondante, l'on arrive à ces traitements annuels : 1200 fiancs, 2000 francs, 720 francs, 400 francs, 200 à 400 francs.
Nous avons parlé de la triste et peu vivifiante atmosphère des mines et de la nécessité d'abréger, autant que possible, leséjourqu'onestobligé d'y faire. Écoutons encore M. SiméonLuce: « Les ouvriers trouvaient
c( d'une ou de deux centaines de millions de francs de «la consommation de gin ou d'alcool». En France, un phénomène analogue s'observe ou s'observerait. On l'a dit, plus l'ouvrier a de loisir « plus il dépense « en boisson, au jeu, plus il détériore sa situation « matérielle et morale » (I).
Ces assertions sont trop générales pour être complètement vraies. Malheureusement, il y a bien, il y a trop de ces ouvriers tels qu'on vient de les dépeindre. Mais il y en a aussi qui préfèrent le toit de la famille au cabaret, la sobriété à l'intempérance, l'économie aux dépenses folles. C'est principalement
« ilansdes occupations cliampètrcs, qui revenaient à intervalles réy;lés, « une diversion agréable au sombre travail de la mine. Dans ce beau « pays du Lyonnais et du Beaujolais, chaque exploitation minière coni- « prenait une certaine étendue de prairies et d(î vignobles. Avec quelle « joie, chaque printemps, les mineurs désertaient pendant quel(}ucs (( jours leurs noires et froides galeries pour faire leurs foins : ceux de « Saint-Genis et de Brussieux, dans la pittoresque vallée de la Brévan- <^ ne; ceux deCliessy, au milieu des belles prairies qu'arrose l'Azergue (1 avant de se jeter dans la Saône ! Avec quelle joie plus grande cn- (( core, quand venait l'automne, ces mêmes ouvriers se répandaient « par bandes, comme des écoliers en vacances, sur leurs collines chai- « gées de vignobles, pour y cueillir le raisin à l'époque de la vendan- « gc ».
Les cas de maladie et d'accident de travail étaient prévus. » Un ou- « vrier tombait-il malade ou était-il blessé en travaillant ù lamine? « On faisait venir de Lyon un médecin ou un maître chirurgien pour le « soigner jusqu'à parfaite guérison ».
Dernier trait de sollicitude : « Enfin, non contents d'assurer le bicn- « être matériel de leurs ouvriers, les administrateurs de ce temps-là » avaient eu soin de pourvoir à leurs besoins religieux et moraux ».
(1) M. Leroy-Beulieu, Essais sur la réparlit. des richesses. . . , Paris, 1888, p. 45*J.
ces derniers qu'on a et qu'on doit avoir en vue. Pourtant l'inconduite des premiers, si elle ne les rend guère dignes d'intérêt, ne saurait les priver de leur droit au repos nécessaire. Ils abuseront de ce repos. Soit. Mais ce sera comme le riche qui abuse (le sa richesse. Ils recueilleront de ce repos la ruine physique et morale de leur être.' Soit. Mais ce sera comme le prodigue qui puise cette double ruine de son être dans l'excès des plaisirs, sachant néanmoins s'arrêter à temps pour ne pas tomber sous les coups de la loi civile. Qu'y a-t-il à faire ? Les priver de leur droit ? non : mais travailler à leur relèvement moral ; travailler spécialement au relèvement de l'ouvrier en infusant par la parole et par les livres des idées élevées dans son esprit, des sentiments généreux dans son cœur, en lui inspirant l'amour de la famille, les entretiens et les réjouissances du foyer domestique, en faisant naître en lui, comme principe générateur et conservateur de tout cela, le respect et la pratique de la religion ; œuvre admirable bien souvent difficile quand il s'agit de l'adulte, mais facile quand il s'agit de l'enfant. C'est dire qu'il faut placer notre grande espérance dans l'éducation des jeunes années.