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V PRÉVISIONS POUR LE CHOMAGE

Nous n'avons pas à nous occuper du chômage régulier, point qui a été touché dans le chapitre des salaires. Nousvison| les chômages qui résultent d'une trop grande production ou d'un défaut de débouchés.

Dans notre état social, il est assez ordinaire de congédier, alors, les ouvriers : l'on n'a plus de travail à leur donner et tout est dit. Mais de là de grands malaises, de noires misères. C'est une grosse lacune dans notre ordre économique ; je ne veux pas aller jusqu'à dire que c'est une injustice. Mais il faut la combler, cette lacune.

L'association se présente, en premier lieu, comme un excellent moyen pour atteindre ce but. « Sous le c( régime del'associalion, dit M. Ott, la périodicité des «chômages disparaîtra certainement pour toutes les (( industries où elle n'est pas absolument nécessai- « re ; car si les entrepreneurs aujourd'hui n'ont au- « cun intérêt à répartir le travail sur toute l'année, (( les ouvriers associés, au contraire, y auront un très grand avantage » (1). Le mot: certainement, est peutêtre de trop. A part cela, la réflexion est surtout vraie en ce qui concerne les sociétés coopératives, soit entre maîtres et ouvriers, soit entre ouvriers seule-

(1) Traite d'économie sociale, Paris, t8'J2, tom. ii, p. 418. Lire les pages suivantes.

en. IV. — l'avenir des oim^iERS assuré 177

ment. Toutefois, les associations entre patrons peuvent avoir aussi quelques bons résultats. Ainsi les syndicats, appelé Kartelle, entre les grands industriels allemands pour régler la production : Ces associations (( tantôt se bornent à fixer la production de chacune (( des usines associées, tantôt elles y ajoutent une « fixation du prix minimum au dessous duquel au- « cun des membres du syndicat ne pourra vendre. « D'autres fois, elles répartissent les commandes entre (( les associés et allouent des indemnités aux usines « qui consentent à cesser provisoirement ou à res- (( treindre leur production ». Elles font quelquefois plus : (( Certains syndicats ont pour objet le partage « géographique des débouchés tant à l'intérieur qu'à « l'étranger » (1). Grâce à cette entente, le chômage complet pourra être conjuré. Ces Kartelle ou Carteh se nomment Trusts aux États-Unis. 11 est juste d'ajouter qu'ils se sont parfois proposé un autre but, but moins noble assurément. C'était, de la part de grands industriels, de ruiner les petits par des sacrifices momentanés, afin de devenir maîtres du marché et de réaliser de gros bénéfices (2).

Une institution de direction et de prévoyance est, en second lieu, un moyen plus utile encore. Heureusement, ici, nous n'avons pas à formuler de postulalum. La loi du 21 juillet 1891 a créé VOffice du travail, lequel est chargé « de rassembler, coordonner et

(1) M. Gl. Jannet, Op. cit., p. 373-371. (i) M. OU, Op. cit., tom. ii, p. '262-263.

LA QUEST. Ol'V. — 12.

vulgariser tous les renseignements concernant la statistique du travail », ce qui renferme assurément les renseignements sur l'état de la production, ce qui doit, à peine de n'être pas complet, embrasser l'étranger comme la France (1). Si VOffice du travail remplit bien le programme, il rendra de grands services au point de vue qui nous occupe; car les renseignements qu'il publiera feront connaître exactement la situation, et, par là, rendront les producteurs et les capitalistes plus réservés, les uns pour produire, les autres pour prêter.

En tout état de choses, ne serait-il pas désirable, pour parer aux éventualités, que patrons et ouvriers formassent un fonds de réserve, les premiers prenant sur leurs bénéfices, les seconds sur leurs salaires dans les proportions qu'ils fixeraient d'un commun accord ou qu'établiraient des hommes compétents ? Pour nous, c'est très désirable, en attendant que l'avenir se charge de mettre à l'abri des chômages, si jamais cet avenir se lève sur nous.

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