‹ La question ouvrièreChapitre 50 sur 83 · BOURSES DU TRAVAIL · texte numérisé non relu

BOURSES DU TRAVAIL

L'Encyclique sur la conditio)i de;^ ouvriers recommande de « pourvoir d'une façon toute spéciale à ce qu'en aucun temps l'ouvrier ne manque de travail ». L'on entrera certainement dans l'esprit de la recommandation pontificale en offrant à l'ouvrier des moyens faciles et économiques pour s'en procurer. Or, les bourses du travail se présentent comme un de ces moyens, le principal, peut-être. Voilà ce qu'un industriel de Liège, M. Van den Born, a exposé au congrès de Malines en 189L

En conséquence, un double vœu a été voté dans la même assemblée: d'abord, le vœu « de voir s'établir des bourses du travail dans les locaux » des « associations ouvrières » et des « patronages », et, autant que possible, formées de patrons et d'ouvriers ; ensuite, celui c( de voir les catholiques accorder leur patronage aux bourses mixtes, créées ou à créer dans les grands centres industriels, lorsqu'il est reconnu que leur concours peut assurer le succès de semblables institutions » .

Ces deux conditions très rationnelles, très opportunes étaient apposées: on devra « faire exclure la politique » des programmes des l'éunion» et « exiger que les patrons et les ouvriers catholiques soient admis à participer dans de justes proportions à l'administration de l'œuvre ».

LA QLEST. Ol'V. — U.

Puisque les bourses du travail sont une lionne œuvre, il faut s'appliquer à leur donner une honneorganisation. A ce sujet, on peut en appeler déjà à l'expérience.

A Bruxelles, comme cela a déjà été signalé dans ce même congrès de Malines, on a récemment créé une bourse du travail qui est « entièrement livrée au> mains des syndicats ouvriers ». C'est une organisation défectueuse. On peut en dire autant, et pour la même raison, de la Bourse centrale du travail à Paris. Elle est môme plus exclusive que celle de Bruxelles, car elle n'admet pas tous les groupes ouvriers: pouiavoir l'honneur de l'admision, il faut être dans le mouvement socialiste révolutionnaire. Cette « Bourse dv a travail, écrit M, Cl. Jannet, appartient à peu près « sans partage aux syndicats de la FédéraUon soc'udhc( te des travailleurs ... ; on y admet au besoin les délé- « gués des cercles d'études sociales et des groupement^' « corporatifs, c'est-à-dire des groupes socialistes qui « ne prennent même pas la peine de se constituer en « syndicat légal. Toute l'influence résultant delà pos- « session d'une institution officielle est donc livrée (( à une faction qui s'en sert pour opprimer la mino- (( rite et souvent même la majorité » (1).

(I) Le Socialisme d'État . . . , Paris, 1890, p. 582-583.

L'écrivain ajoute cette note, d'après le journal Le temps: « Au moi- « do mars 1888, un groupe corporatif de peinture a envahi la lioiirsi « du travail à Paris et a expulsé par la force la chambre siudicaii- « qu'y avait installée le conseil numicipal. Dans sa session de déceni- « bre 1889, le conseil a essayé, mais vainement, d'établir un modu^- « Vivendi entre les groupes rivaux et de déterminer les conditions (\<

Par contre — ceci a été également signalé au congrès de Malines — à Liège, V Œuvre des chauffoirs peut être considérée comme un modèle. L'on est en droit de formuler le même jugement sur la Maison des ouvriers de Bruxelles et aussi, d'après M. Claudio Jannet, sur la Maison des métiers de Louvain (1). Les bourses du travail trouvent leur principe de prospérité en ce qu'elles sont ouvertes aux patrons comme aux ouvriers, à ceux-ci pour demander du travail, à ceux-là pour demander des bras, à tous pour s'entendre. Il y a, croyons-nous, une autre cause de succès pour la Maison des ouvriers de Bruxelles et la Maison des métiers de Louvain: elles ont une base confessionnelle, c'est-à-dire catholique.

On ne saurait jamais trop appuyer sur le point suivant: la politique devra toujours et absolument être bannie de ces établissements; car la politique, telle qu'elle se présente aujourd'hui, n'obtient trop souvent que ce triste résultat : embrouiller les choses et diviser les esprits.

Ce n'est pas, en demandant l'organisation de ces bourses, que nous voulions, à l'exemple de M. de Molinari et de plusieurs économistes de la même école, considérer le travail comme une simple marchandise. Nous avons une plus haute idée du travail : à nos yeux, il y a en lui une fonction sociale.

Au congrès de Malines de 1891, on attachait une telle importance à la création de ces bourses, qu'on

•< consistance (existence sans doute) des syndicats qui prétendent l'administrer ».

{\)Ibid.,Y>. 587.

'il 2 LA QUESTION OUVRIÈRE

(•mit un troisième vœu — c'était surtout eu égard à notre état social de l'heure présente — celui « de pro- (( téger et encourager la création de bourses du travail c pour femmes dans toutes les villes où les agences <i de placement n'inspirent pas une entière confiance « au point de vue de la moralité ».

Les agences ou les bureaux de placement î On en dil bien du mal. Mais, quoi qu'on dise et quoi qu'on fasse, ils sont appelés à subsister tant que les bourses du Iravail, organisées pour les diverses professions, ne se substitueront pas à eux. Les vo'ux, émis au congrès de Malines, devraient donc s'interpréter en ce sens et se multiplier dans cette proportion.

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