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KAUL MARX ET LE TRAVAIL

Nous venons de voir que la valeur naturelle des objets est le coût de la production, telle que nous l'avons précisé. Karl Marx a une autre théorie. Pour lui cette valeur est uniquement le travail moyen que ces objets ont imposé, c'est-à-dire le temps qu'un ouvrier de force et d'habileté moyennes et dans des conditions normales a consacré à les produire. Il y a là une grave erreur, puisque, nous venons également de le voir, il existe bien d'autres éléments dont il faut tenir rompte. Gonséquemment, le raisonnement de Karl .Marx manque de bases solides, lorsque, s'inspirant de la pensée de Proudhon, il tend à établir que l'ouvrier est spolié par le capital, parce qu'avec la rémunéra-

COMPLÉMENTS 'UVA

tion de son travail l'ouvrier ne peut se procurer le produit de ce même travail.

Karl Marx prend encore pour guide Proudhon, quand il traite ce qu'il appelle la plvs-value (1). La pius-yait<c est ce qui, dans le prix de vente, excède le prix d'achat. Ainsi, vous achetez des marchandises 100 francs et vous les vendez 110 francs. Les 10 francs de bénéfices sont la plus-value. L'économiste allemand se prononce contre ces bénéfices : c'est une conséquence de son système. Pourtant, toute peine mérite salaire.

Mais ce n'est pas précisément à ce point de vue que se place Karl Marx. Il voit dans ces opérations commerciales des opérations de capitaliste. Or, pour bénéficier, ceux-ci ne s'y prennent pas comme il vient d'être dit; car s'ils adoptaient cette méthode, les autres commerçants agiraient de même dans la sphère de leur action, et alors on n'obtiendrait pas le résultat désiré. Les capitalistes suivent une autre voie. Ils se rabattent sur l'ouvrier; et voici comment.

Il y a à distinguer entre le travail et la force du travail. Ce n'est pas le travail que l'ouvrier vend au maître ou capitaliste, mais bien la force du travail pour un temps déterminé. Le prix de cette force n'est autre que ce qui est nécessaire à la subsistance de l'ouvrier, en d'autres termes à l'entretien de cette force elle-même. Et c'est là que se trouve la source < les bénéfices pour le capital. En effet, le prix de la

(1) Sismondi avait employé, dans le môme sens, l'expression : mieux-value (M. Ott, TraildiVécon. soc..., Paris, 1892, tom.i, p. 451)).

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force du travail est inférieur au prix du travail moyen et c'est d'après le travail moyen que se règle la valeur d'échange. D'où bénéfice pour le vendeur. Un exemple va jeter la lumière sur ce point. Un objet est façonné en douze heures de travail. D'après la valeur d'échange, ces douze heures de travail sont estimées six francs ; mais, si l'on pense que trois francs suffisent à l'ouvrier, ce qui est le prix de la force du travail, ces douze heures ne sont réellement payées que trois francs. Reste donc pour le maître ou capitaliste une plus-value de trois francs. Tout cela est injuste ; car il y a encore là spoliation de l'ouvrier par le capital.

Mais, avant d'admettre la conclusion, il faut s'assurer de la valeur des prémisses. Or les prémisses sont fausses.

En effet, la première assertion est purement gratuite. Gomment Karl Marx a-t-il pu dire que, dans des cas particuliers ou dans une branche d'industrie ou de commerce, le prix de vente ne pouvait s'élever au-dessus du prix d'achat, parce que, tous les autres producteurs et marchands haussant également leurs prix de vente, il y aurait nécessairement compensation et, dès lors, absence de bénéfices? D'abord une pareille élévation dans le même temps et dans la même proportion est impossible : il suffit de réfiéchiri pour le comprendre. Ensuite, il existe «un certaine nombre de consommateurs, les rentiers, les em-| ployés à appointements fixes, tous les ouvriers qui] ne vendent aucun produit et pour lesquels il ne saurait être question de profits et de bénéfices » (1).

(1) M. ou, Op. cit., tom. I, p. 486.

D'autre part, cette distinction entre le travail et la force du travail, cette différence entre le prix de l'un et celui de l'autre ne reposent absolument sur rien. C'est vraiment le travail que veut le maître et que cède l'ouvrier, c'est vraiment le travail que l'un paie à l'autre. La force du travail est une idée abstraite ; elle ne saurait entrer pour rien dans les traités.

Que deviennent donc les capitales injustices découvertes par Proudhon et par Karl Marx (1)? Puisque Karl Marx à emprunté à Proudhon la base de son système, l'on se demande d'oii vient au premier sa grande renommée? Sans doute, Karl Marx a donné des développements particuliers, émis quelques idées nouvelles, fait surtout connaître les procédés de l'industrie anglaise. Mais nous estimons qu'il a principalement grandi de l'oubli de Proudhon (2).

(1) Voir : K. Marx, Le Capital, ouvrage traduit en français par M. J. Roy, Paris, s. d. ; M. G, Deville, Le Capital de Karl Marx résumé et accompaijné d'un aperçu sur le socialisme scientifique. Paris, s. d. ; M. ¥.. <ie Laveleye, Le Socialisme contemporain, Bruxelles, 1881, pp. 75 et suiv. ; M. Ott. Op. cit., tom. i,pp. 482 et suiv, tom. u, pp. 308, 313 ; M.Leroy-Beaulieu, Le collectivisme, Examen critique du nouveau socialisme, Paris, 1885, pp. 236, et suiv.

(2) Parlant de l'invasion allemande sous le couvert de la juiverie, après nos désastres de la dernière guerre, M. Drumont a écrit ces lignes: « A partir de 1870, il n'y a plus de socialisme français; tous les « grands écrivains socialistes français, Proudhon en tète, tombent dans « le troisième dessous. Karl Marx est salué grand homme; que dis-je ? « grand homme, il est presque pape, presque demi-dieu ; on ne jure

que par Karl Marx » {La libre Parole, 27 mai 1892).

Karl Marx, d'ailleurs, vint à Paris dès 1843, et il y revint en 1848. Il y connut nos socialistes et, en particulier, Proudhon. Il se fixa à Londres en 1849, y étudia les théories socialistes de ce pays et son état industriel. Ce fut là, en 1867, qu'il publia son ouvrage. Le capital.

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