‹ La question ouvrièreChapitre 65 sur 83 · DÉPOPULATION · texte numérisé non relu

DÉPOPULATION

En France, hélas ! il semble bien que nous n'ayons pas à craindre un trop plein de population.

Précédemment, nous avons indiqué quelques causes de la dépopulation dans notre pays. Une des principales était le malthuséisme (1).

(\J Tlicmas-Robeit Malthiis, né en ITfitî à Kookerv dans le comiti- Snrrey, est mort en 1834.. C'est dans son onvragc: Essai sur le principe de population, public en 17'J8, qu'il expose sa triste théorie. Le livnliarul sous une nouvelle forme en 1817. Mais c'étaient les mêmes idées ijui s'y trouvaicntcxprimécs. L'autenrélail membre de la Société royale de Londres et devint associé de notre Académie des sciences morales et politiques.

La théorie de Malthus rencontra d'ardents contradicteurs, mais elle suscita aussi, et en plus grand nombre, des partisans, i. En Anglelern' M surtout, dit M. Oit, la grande majorité des disciples d'Adam Smilli « l'accepla comme démontrée ». Et même on renchérit all'reusemenl sur la doctrine du maître. « Malthus qui était un homme de mœurs sé- " véres, dit encore .M. Oit, n'avait eu en vue, (|uand il parlait de con- « trainte morale, que l'abstinence chaste et voloulaire. Ses disciples ( .-ijontèrent à la liste des moyens prévenlifs : l'interdiction du ma- .< riage au\ classes pauvres, le développement de la débauche .. et de la prostitution, l'avortement des femmes, l'étouffemenl .. des enfants nouveaux-nés, la castration et d'antres moyens en «. cote pour lesquels il n'y a pas de nom. Encore aujourd'hui il exist. .. en Angleterre des sociétés privées qui se proposent la propagation (!■ w ces diverses pratiques et de toutes sortes d'infamies ». [Traité d'èc"

;t:H. II. — KCLAIHCISSKMKNTS 295

Il en est une autre : c'est la guerre ; et nous la sii^nalons ici, parce que ce fléau atteint tout particulièrement le peuple.

Au commencement de cette année 1893, M. le docîur Lagneau présentait à VAcadémie des sciencefi .morales et politiques un savant rapport sur ce triste sujet. Il établissait, par des calculs estimés exacts, les pertes que, depuis un siècle, les guerres ont causées à la nation française.

D'après ce rappport, par exemple, trois cent soixante mille hommes ont trouvé la mort sur les champs (le bataille de Crimée, d'Italie, du Mexique; et, dans l'année terrible, un million trois cent mille êtres humains sont tombés sous le fer ennemi ou victimes de la maladie et de la misère. Depuis, que de soldats ont |)éri en Tunisie, au Tonkin, au Dahomey ! Nous devons nous borner à cette phrase exclamative, car, sur ce lamentable chapitre, celui du Tonkin surtout, nos Liouvernants sont accusés, et non sans une apparence «le raison, de garder le silence ou d'user de dissimulation. Mais ce qui est su de tous, ce qui est un objet de pitié pour tous, ce sont les ruines vivantes qui nous arrivent de ce pays d'Orient, ce beau pays qui devait offrir un placement de pères de famille ! Quand

' nomie sociale, l'aris, WJ'2, tom. ii, p. Aiu). L'éi.rivaiii renvoie à un article publié i)ar lui dans ht Journal des économistes, eu aoùl 1888, sur une lirochiue allemantic qui abondait dans ce sens. Qui le croirait ? A rheurc présente, il se publie encore, à Londres, un journal qui a pour titre : Le MiHhusien !

2ÎH) I,A (JLKSTIUN urVllIKMK. — LIV. III

Jes balles des piralfs n'alleit'ueiit pas nos soldats, (juand le climat ne les lue point, ce même climat se charge de les anémier, de les rongei- par la fièvre.

La guerre ou mémo la perspective de la guerre entraîne une auti-e désastreuse conséquence. L'armée, pour se recruter, enlève les hommes forts et robustes et laisse aux infirmes, rachitiques, malsains, pleine et entière liberté pour le mariage. Alors, c'est tantôt l'impuissance, tantôt la transmission niorhide. Comment voulez -vous que, dans ces conditions, la race ne dégénèi'c pas, que les populations ne diminuent pas?

L'on dira sans doute que les autres nations foui aussi la guerre. Nous en convenons. Mais la vérité nous force d'ajouter que la France l'a faite et la fait encore plus que les autres nations. C'est ralfeslalion de l'histoire. C'est aussi l'attestation du prè^cul : [)endant que les puissances européennes sont en. paix, et, en particulier, l'Allemagne, notre inq^lacable eimemie, la France, elle, ne cesse de guerroyer ! Spectacle qui s'offre à nos yeux depuis quelque vingt ans !

De l'histoire, cependant, se dégage une terrible leçon pour nous. La voici résumée en une plirase et en deux ou tiois traits. Les peuples guerriers ont trouvé la mort ou la décadence dans l'épuisement : Sparte disparut (piand elle ne compta plus de Spartiates ; l'empire romain devint la proie des bai'bares, quand ses aigles n'abritèrent plus de citoyens ; l'Espagne, si rcdoulal)le sous Charles-Quint et Philippe II, est tombée aujourd'hui à l'élat de puissance secondaire.

en. II. — i':claiucissivMi:nt.s 297

Des faits analogues — tant il y a là une vérité qui s'impose par son évidence ! — étaient jadis constaté.-; par Tite-Live et Tibérius Gracchus. Le premier écrivait : « Une multitude innombrable d'hommes libres «a existé dans ces lieux qui maintenant, fournissant « à peine un petit nombre de soldats, ne sont plus a peuplés que par quelques esclaves». Le second liouvait ces accents émus sur la solitude qui régnait <'ii certaines contrées: «Les bêtes sauvages ont leur «tanière oi^i elles peuvent se retirer, et ceux qui ver- « sent leur sang pour défendre l'Italie n'y ont à eux « que la lumière et l'air qu'ils respirent. Sans demeu- « res fixes, ils errent de tous côtés avec leurs fem- « mes. Ils ne combattent et ne meurent que pour eu- « tretenir l'opulence et le luxe d'autrui. On les appelle «les maîtres du monde, et ils n'ont pas en proprié- « té une motte de terre » (1).

Serait-ce, un jour, l'affreux sort réservé à la Franco, le châtiment dont elle paierait sa gloire militaire?

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