‹ La question ouvrièreChapitre 66 sur 83 · XI · texte numérisé non relu

XI

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Plusieurs fois, nous avons fait appel au budget de l'iltat pour aider à la réforme sociale. Mais n'était- < ■ pas trop demander? La dette de l'État français nost-elle pas énorme? Sous ce rapport, nemarchons-

(1) Cit. dans Elémend) iCéconomie politique, \*ar M. K. di- Lave- Irv,., Paris, 1890, p. r>T-r.8.

LA C>l'i:STlON OUVRIKEil-:.

uv. 111

nous pas à la tèle des puissances? Voici, eu elTc' le tableau des dettes respectives des principau. Ktats :

France ....

milliard

mi 11

Angleterre. . . .

id.

id.

Russie ....

id.

id.

Espagne . . .

id.

id.

Autriche-Hongrie

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Italie ....

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États-Unis . . .

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iX)

id

Turquie . . .

id.

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.MIemagne . . .

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Portugal . . .

id.

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Pays-Bas . . .

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id.

Belgique . . .

id.

id.

Kst-ce donc qu'il peut entrer dans notre pensée d'augmenter cette dette française de 20 milliards 625 millions? Non assurément. Mais, comme tout le monde, nous demandons des économies ; et, comme les hommes les plus sérieux et qui ne se laissent pas égarer par l'esprit de parti, nous estimons que 1» économies sont possibles.

Certes, nous n'entendons pas faire, pour les discuter, une revue des articles de notre budget des dépenses. Nous laissons ce soin à des hommes plus compétents que nous. Nous nous arrêterons seulement à deux

(1) M. K. (itî I.avcleyc. Eléments d'économie politique, Paris, iWMK

cil. II. — KCLAIHGlSSKMtNTS 291)

points, estimant que ce sera assez pour notre thèse.

Nous visons, d'abord, les palais scolaires. Depuis quinze années, franchement, sous l'inspiration de nos gouvernants et sur tout le territoire français, l'amour des palais scolaires ne va-t-il pas jusqu'à la manie, pour ne point dire la folie? L'édification de ces palais scolaires ti'est-elle pas la ruine des communes, une charge extraordinairement onéreuse pour les départements et pour l'État? Et pourquoi? Pour le plaisir d'avoir un palais scolaire.

Le fait que nous allons raconter n'est certainement pas unique dans l'histoire de ces constructions. Nous pourrions désigner la petite ville. Nous préférons en taire le nom.

Cette petite ville a une annexe qui compte huit ù neuf cents habitants. Le conseil municipal voulut gratifier cette annexe d'un palais scolaire, ce qui est revenu à la minime somme de .'300. 000 francs. L'annexe, fière sans doute de l'édifice, l'a baptisé des noms de Cathédrale, de Préfecture, d'Hôtel de ville. Mais, en présence de cette quasi-merveille, les édiles ont juré de ne prendre de repos qu'autant qu'ils auraient complété leur œuvre. Jugez donc : l'annexe possède un palais scolaire, et la ville, la commune proprement dite, n'a que de modestes écoles ! Il est vrai que ces écoles, qui datent d'une vingtaine d'années, sont en parfait état et plus que suffisantes pour loger la population scolaire. Mais comment ne pas donner à la commune ce qui est donné à l'annexe? Ce serait plus qu'une anomalie : ce serait, à l'heure présente, une faute, un crime dont les édiles ne veulent pas charger

IKK) LA <,»LKSTIC»N OUVHIKKK. — LI\ . 111

leur conscience. 11 faut, coûte que coûte, un palai bcolaii-e! Aussi, un terrain a-t-il été acquis poui* l.i modique somme de 70,()00 francs ; et si l'on veut et on le voudra — que la ville ne soit pas moins magnifiquement traitée que l'annexe, il faudra ajouter 5 à 600,(300 francs. Assurément, ce sera payer un peu cher un huco inntiU'.

Ajoutons à tout cela la fameuse gratuité de l'enseignement primaire, autre manie qui conline aussi à la folie et, de plus, prend le caractère d'iniquité.

Nous le demandons, n'est-ce pas folie d'exem|)terd>' payer les rétributions scolaires et les fournitures classiques les parents qui peuvent le faire? N'est-ce pa> chose inique d'exiger du pauvre, qui avait et doit avoir la gratuité pour ses enfants, qu'il contribue par ses impôts à l'éducation des enfants appartenani à des familles aisées et riches?

Il fallait arriver au dernier quart de notre siècle pour voir de ces travers-là! C'est bien, afin d'employer !<• langage à la mode, c'est bien fin de siècle! Une réfoi'ine s'impose. On semble déjà le reconnaître. Fasse le ciel que l'attente ne soit pas trompée !

La conclusion est facile à tirer. Que la manie des palais scolaires s'arrête, s'il est temps encon? ; que la gratuité absolue de l'enseignement primaire prenne fin ; et les communes, les départements, l'Ktat trouveront des ressources assez abondantes pour coopérer efficacement à des réformes sociales justes et nécessaires.

CHA1>. ir. — ÉCLAIHCISSKMKNTS .'>0I

Qu'en France aussi l'on songe à favoriser les écoles libres et non à les combattre, à employer, comme jadis, dans les écoles publiques, des religieux et des religieuses, et nos finances s'en trouveront encore mieux. Sous un autre rapport, nous serions en droit d'affirmer et de prouver qu'agir autrement, c'est souvent exercer sur la volonté des citoyens une détestable tyrannie. Mais cette thèse demeure en dehoi's de notre sujet (1).

(I) Notre langage s'animerait d'une sainte indignation, s'il nous était donné de parler ici des écoles sans Dien.

Néanmoins, nous ne pouvons ne pas rapporter celte histoire racontée par M. Anatole de Ségur. C'était à l'époque du décrochage, dans I - icoles, des crucifix.

Dans une école d'un fauhonrg populaire, l'enlèvement s'était l'ait un

, « matin de lionne heure, avant l'arrivée des élèves; mais, en entrant

« dans la cour, les pauvres petits rencontrèrent la brouette chargée des

•« débris de l'image divine. Ce qu'ils pensèrent, ce qu'ils se dirent en-

" tre eux, je l'ignore; mais je sais ce que fit un des plus jeunes, celui

liiiit je raconte l'histoire.

« Pâle, d'apparence chétive, c'était un de ces enfants du siège, c'est- , « à-dirc de la faim, de la terreur et de la souffrance. Il s'appelait Emile. « Le père était indifférent, la mère chrétienne, tous les deux honnêtes, « laborieux, mais malheureux. La guerre cl la commune avaient chan- « gé leur aisance en misère. Faute de ressources, ils avaient mis leur « garçon à l'école laïque, les frères, dans ce quartier, ne pouvant se « passer de rétribution scolaire. L'enfant, docile et intelligent, appre- K nait bien et était fort aimé de ses camarades.

\ l'aspect du crucifix brisé, brouetté avec des ordures, il s'arrêta

lurt, demeura un moment immobile, pâlit, rougit, balbutia quel-

« ques mots qui ne purent sortir de ses lèvres tremblantes: puis tout à

« coup, tournant le dos à l'école, il s'élança dans la rue et arriva chez

« lui les poings fermés, rouge de chaleur et de colère, les yeux jetant

:J(>2 la QCKSTION OLVlilKiU:. — LIV. ill

!■ dos larni'js et (les éclairs. Le péri: lacciiimiiuil.iil df \ieilies chausu sures, la mère taisait le ménage.

» — Je ne veux plus aller à l'école, s'éciia l'eiilaiit sans reprends «' lialciiir .. . Ih ont décroché les crucifix des classes . . . J'ai ru l< « morceaux daus une brouette . . . Le maître est une brute . . . Je / i< déteste, je ne lui obéii'ai plus jamais. Et se jetant au rou de > 1' mère: N^esl-ce pas, maman, que ta ne me renrerras plus r/(P:- <ii' méritant homme <> ?

" Kii l'entendant, le père avait levé la tète, et, le siuinil fioncé, il " i;iommcla entre ses dents sériées; Les ntisérahles \ Mais il ne ré- 1' pondit pas à l'enlaiit et reprit son travail.

" La mère joignit 1rs mains et, pi'essant son liis euntrc elle ccumii'' " pour le défendre, elle dit, se pariaiil à elIc-mèiiH' : C/csl trop ! Aprr u le sié'je, après les Prussiens et la commune, aftres la )-uine et / « misère il faudra encore qu'ils nous volent l'âme de nos enfants ! .1 <i leur ai arraché des mains mo?i. homme qu'ils entraînaient de foie v aa.rhiirricailcs, cl vnilti mainlenant qu'ils renient me gâcher mon " (jarron dans leur école sn/is crucifix ? Non ! non ! plutôt l'enroijer 0 dans les rues (pie de le rcnroijcr clie< ces bourreau. r ! Puis, inler- " pi'llani hriisipiemeut son mail: l'arle donc, lui! Pourquoi ne dis-tu •I rien ? ExI-ce qu'il n'a pas raison le pelil ».

H L(! mari haussa les épaules el, renfonçant son éniolion ; /"ok/ fff, V c'esl (les parttles pei'dues. Le ])i'hl n'ira pninl mendier, il faut qu'il « apprenne, el puisque nous n'acnns pas le mifi/cn ilc l'enroi/er che:- « les frères, il retournera à son école, el huit ih- saile. Les paurres « sont (les pauvres, et les gredins sont des (iredins. Tu entends, Emile. >. l'rends les litn'es, file droit vers la clas.te, et plus de pleurnichaye il J'ai assez d'embêtement couime ça.

" La mère se lut, embrassa son garçon qui ne ]deniait plus et Ir 1' pons-;a (ioiicemenl vers la porte avec, ces douces paii)l(;> : Il faut (' idiéir au père ; couraije, mon Emile, le bon Dieu t'aidera.

" Emile retourna sans Itroncher à l'école, fut puni pour son absem ■ (' (i(uit linstituteur ignorait la cause, et se remit à la besogne, mai « sans goût el sans énergie. La brouette du crucilix avait emporté >,i i. boni»; volonté, son resjiect el sou obéissance. Il bavardait avec seu voisins et ne se gênait pas, en sortant de classe, pour dire ce qu'il « pensait du crucifix brisé et de l'école sans Dieu. Les autres, niontc> « par lui, faisaient chorus, et cela tournait à l'orage.

cil. H. — Kf.LAIHCFSSEMKNTS 80;{

(• Lu mafin, avant de commencer la classe, l'instituteur, debout a» « milieu des enfants assis, promena sur eux un regard dramatique, el, « d'une voix ((u'il chercliail à rendre terrililc, il dit : Je sais qu'il y en « a parmi vous qui se permellent de blâmer mes actes et qui s'insur- « (jent contre renlèvement des crucifix. Je les engage, s'ils ne sout •I pas des cafards, à se lever el à me répéter en face ce qu'ils disent (( de ntoi quand fai le dos tourné <>.

« A l'instant même, Emile se lève, croise les bras, et. les yeux dans 'i les yeux de l'instituteur, il lui jette en plein visage cette réponse : Je « suis un de ceu.r-lù, M' sien, et je vous répète en face que je trouve ce i< que vous «re; fait dégoûtant ».

c< Qui rendra l'indignation, la stupeur du pédagogue ainsi bravé par « ce gamin, devenu son juge, devant toute la classe qui jubilait tout (1 bas ! Il s'élança sur l'enfant qui esquiva le coup, et lui cria pendant

V qu'il gagnait la porte: Sors, petit misérable, et si tu oses jamais le « présenter devant moi, c'est à coups de pied que je te jetterai à la (1 porte comme une ordure! — Comme le crucifix ! répliqua l'iiéroïque « gamin, et il disparut.

« Une fois dans la rue, Emile sauta d'abord de joie et entonna un « chant de victoire et de délivrance. Mais bientôt sou ton baissa, sou « pas se ralentit, il rétlécbit, ce qu'il avait oublié de faire jusque-là, et « il se demanda avec angoisse quel accueil il recevrait de son père « a[)rès cette belle équipée. C'était un entant pieux. Se souvenant « des leçons de sa mère, il entra dans une église et pria ; et, au bout «d'un quart d'heure, il ressortit d'un j)as résolu, se dirigeant vers « l'école des frères du quartier. — (tJe veux voir le frère directeur.

V — Impossible, c'est l'heure des classes. Il insiste, le concierge résiste « et fmit par lui fermer la porte au nez; mais le parti du mioche était j pris, et il ne se découragea point pour si peu. Il resta debout ou « marchant vers la porte de l'école jusqu'à l'heure de la sortie des en- '< fauls, batailla de nouveau pour entrer, fut repoussé avec perte, re- « jeté dans la rue pour la troisième fois de la journée, et il était sur le « point de perdre courage, quand le frère directeur, attiré par le « bruit, parut sur le seuil.

(' A son aspect, le brave petit champion du crucifix se jette en pleine << rue aux pieds du bon religieux, lui prend les genoux, le supplie en « pleurant de le sauver, de le recevoir gratuitement, et lui déclare

;'<>i I.A nlKSTIdN OlVlUKHi:. - LIV. 111

N'oiiJ)lions pas (lue l'Élat seul a vu décupler, dans le dépai'tenient de l'instruclion publique, les millions de son budget (1) !

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