‹ La question ouvrièreChapitre 67 sur 83 · XII · texte numérisé non relu

XII

COLOSSALKS FORTUNES.

Nous venons de montrer que la classe ouvrière, trop nombreuse pour vivre sans trop de gêne sur le sol de la patrie, a la ressource de lémigration et de la colonisation. La pensée de cette pénible ressource — les contrastes s'attirent quelquefois — réveille

« (lu'il lie se relèvera pas avant d'avoir obtenu son consentement. Le i< frère ému le relève, écoule son histoire, le gronde un peu iiour la <• forme, l'embrasse pour le fond, et l'admet sur l'heure an nombre de u ses élèves. Kt voilà comment le jeune Emile passa, du jour an lende- (' main, de l'école sans Dien à l'école conjçréganiste.

"Quand il rentra chc/, lui ce jour-là, porteur de la grande nouvelli", .1 il semblait grandi d'une coudée; on eût dit David leiitrant au camp M d'Israël, la tèle de noliath à la main ».

(Le Dimanche caUtolique, février I8'.)3).

(1) Une certaine école politique demande, aujourd'hui, que toutes fonctions soient rétribuées, à commencer par celles de maires, adjoints, conseillers nuinicipaux, conseillers d'arrondissement, conseillers d(! département. L'on dit que c'est démocrati(|uc, parce qu'ainsi les diverses fonctions sont accessibles à tons. Démocratique on théorie, c'est possible; mais, en pratique, ce serait la mine même iln peuple. Comment, en effet, trouver assez d'argent pour payer tons ces fonctionnaires, sinon en augmentant, et d'une façon démesurée, les impôts déjà si lourds pour tous, plus lourds encore pour le peuple que pour la bourgeoisie? Nous ne croyons pas et nous ne pou\ons croire que cette école rêve jamais cette iniquité sociale de décharger coin|ilètement l'un pour charger exclusivement l'autre.

en. [f. — Ér.LAIRCISSEMEXTS .'305

<tans mon esprit la pensés des colossales fortunes qui trônent parfois au sein de la même patrie.

Dans le chapitre précédent, à l'article Concurrence^ nous avons donné, d'après M. de Varigny, le tableau <les plus grandes fortunes du monde. M. de Varigny t'iM-ivail en 1889. Ces fortunes ont eu naturellement, (lu moins quelques-unes, de notables accroissements. Le plus riche de la terre, l'Américain Jay Gould, pos- >i'dait alors 1. 375.. 000. 000 de francs. La nouvelle df sa mort vient de parvenir en Europe au commen- . cnient de décembre 1892; et les feuilles publiques ■annoncent qu'il laissée milliards. Elles annoncent en même temps que son compatriote, C. Yanderl)ilt, dont le capital était évalué en 1889 à 625 millions de francs, laissera, à son trépas, plus encore que Jay Gould.

Que le lecteur se reporte au tableau indiqué et veuille bien nous suivre dans une sorte de réquisitoire que nous dressons en quelques lignes.

On se demande pourquoi de pareilles fortunes, quand la patrie ne peut pourvoir aux besoins de tous ses enfants? Pourquoi des milliardaires et de gros millionnaires, quand de malheureux compatriotes ne trouvent pas un coin de terre pour planter leurs tentes, un morceau de pain pour donner à leur famille ? Piiurquoi, sans que l'étendue et les produits du sol iiatal fassent rigoureusement défaut, se voir obligé d'aller chercher des moyens d'existence sous d'autres • limats.

On se demande ù quoi servent de pareilles forlunes?

l.A OtFlST. OLV. — "H).

;i06 ].A QUESTION orviuKHi:. — Ll\. III

D'après la loi évangélique, le superflu des richesse-^ doit être versé dans le sein des pauvres. Les possesseurs que nous visons, le font-ils? Évidemment non: car, alors, les fortunes ne pourraient s'accroître dan de pareilles proportions. Ces fortunes neserventdonr pas ou ne servent que faiblement aux pauvres.

Ces derniers mots me rappellent les générosités de M. Rothschild de Paris aux approches de l'hiver, générosités qui vont jusqu'à émerveiller certaines âmo candides. M. de Rothschild donne, à Paris, aux hii reaux de bienfaisance, jusqu'à dix mille francs. Maiqu'est-ce que ce don pour un homme qui [lossèdc peut-être autant que le Rothschild anglais, c'est-àdire un milliard de capital, cinquante millions de i-cvenu?

Ces grandes fortunes servent-elles aux posscsscmeux-mêmes?

Sans doute, elles leur procurent la salislaction il paraît que pour certaines âmes c'est une vraie satisfaction — de contempler de l'or, de l'argent, debillets de banque, d'immenses domaines. Mais est-ci pour cela que la terre et ses richesses ont été don nées aux hommes par le Créateur? Est-ce pour qu'il y ait, parmi les hommes, quelques richissimes n( sachant que faire de leurs millions, pendant que l plus grand nombre n'aura en pai'tago (pie le labeur la gêne, la panvi'elé?

Nous venons de dire ((uc'ces richissimes ne s.miil conuiieni emi)loy(M' leurs millions. Kn cl!' '

CH. II. — ÉCLAIHCISSE.MENTS llOl

chissimes jetteraient-ils leurs millions à tous les vents de l'ambition et des plaisirs — ce qui serait déjà un crime — ils n'arriveront jamais à les épuiser; conséquemment — ce qui est un second crime — entre leurs mains restent des capitaux complètement inutiles pour eux, complètement inutiles pour les auties.

Sous un autre rapport, il peut y avoir un danger social. Supposez une entente entre ces richissimes d'un pays il l'effet d'en devenir les seuls propriétaires. Avec leurs écus, ils se rendront possesseurs du sol et, en devenant possesseurs du sol, ils deviennent les maîtres du pays même. On prête aux Juifs — gratuitement sans doute — une idée semblable surtout relativement à l'Irlande et à la France.

Ces colossales fortunes, qu'on nous permette d'exprimer toute notre pensée, sont des monstruosités sociales. Sont-elles irréductibles pour le présent '? Sontelles inévitables pour l'avenir? Non, pourvu qu'on sache prendre de salutaires mesures.

• Nous étions tout à l'heure en Amérique. Hé bien ! dans ce pays de liberté, le droit d'association est abl^solu. Cependant, l'on n'hésite pas à imposer une limite à l'avoir de certaines associations. Ainsi, relativement aux associations chrétiennes ou paroisses, «en 1875, cette limite était de douze mille dollars pour «le revenu annuel elïectifdes biens meubles et im- « meubles; le revenu provenant de la location des i« bans ( pews ) n'est pas compris dans ce chittre ; elle « a été portée à deux millions de dollars en valeurs «et à cent mille dollars de revenu par un acte du

«25 avril 1889 » (1). Les motifs du législateur soiil ccrtainemeut les suivants : des possessions supérieures seraient inutiles pour le but de l'association ; et il y aurait peut-être lieu de craindre pour l'état social.

L'on est en droit, nous le répétons, d'en dire autant des fortunes individuelles : exagérées, elles sont inutiles précisément dans la mesure de leur exagération, et elles peuvent cacher quelque péril social. Aussi, ne serions-nous pas éloigné de tirer cette conclusion : La loi aurait le droit et même le devoir de poser de sages limites aux fortunes des particuliers aussi bien qii;^ des associations.

La lutte contre le rcau (Vor poun*ait-elle ne pas être légitime?

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