BOISSONS NON HYGIÉNIQUES OU NUISIBLES
Nous avons demandé, à défaut de la suppression des octrois, une réglementation, proportionnelle à la qualité, en ce qui regarde les boissons hygiéniques, j comme le vin, le cidre, la bière. Nous formuleron? ' un jiOHtulaUnn analogue relativement aux boissonnon hygiéniques, comme les boissons alcoolique Dans ce second cas, comme dans le premier. "''
(1) M. A. Carlir>r, La lU'puhliqiie américaine, Ltalx-Unis :>. (n <lans La Séparation de VKiilim et de l'Etal en France, au point rue financier, jiar M. Yves «lus Biiiycios, jtiriscoiisullo, l'aris, 1892, p. 26.
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spécialement la classe ouvrière que nous avons en vue, c'est son bien que nous voulons. Si, à cette fm, nous avons réclamé une diminution de droits sur les boissons hygiéniques dont le peuple fait usage, nous réclamons ici, et à la même fin, une augmentation de droits sur les boissons non hygiéniques auxquelles l'ouvrier est trop souvent tenté de faire appel. Cette seconde assertion n'est pas moins évidente que la première. En effet, si les boissons hygiéniques fortifient la santé, celles qui ne le sont pas la ruinent. Je me rappelle avoir reçu un jour la visite d'un paroissien venant commander un service religieux. Après le règlement, désirant faire plus ample connaissance avec lui, je me permis de lui poser quelques questions ; et à une de ces questions, celle de la profession, il me répondit sans la moindre hésitation: « Emet poisonneur » ! Gomme je paraissais étonné, il ajouta : « A notre époque, débitant de liquides et empoi- « sonneur, c'est la même chose, avec cette différence « que la première profession est avouée et non la se- « conde ». Ce langage, franc et net, était bien quelque peu vrai en généi'al — car mauvais les produits débités, — plus largement vrai, en particulier, surtout si l'on vise les boissons spécialement désignées sous le nom d'alcooliques.
Notre Chambre des députés s'est occupée, ces derniers temps, de l'élévation des droits sur l'alcool. Elle a agi sagement, malgré les protestations qui se sont élevées non-seulement dans son sein, mais en certains
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départements où l'alcool, dit-on, est trop en honneur. « Étendu tl'eau et pris en petite quantité, l'alcool ex- « cite les forces momentanément, tandis qu'à plus « haute dose il les détruit et produit l'ivresse. L'usa- «ge ti'op fréquent de l'alcool à l'état d'eau-de-vie de- « vient presque toujours une source d'irritation chro- « nique et de lésions organiques les plus graves. L'al- « cool se répand promptement dans tous les organes « qui en restent imprégnés. Quelques médecins attri- « buent àcette imprégnation générale de l'économie les «combustions spontanées qu'on observe surtout chez «ceux qui abusent des liqueurs fortes» (1). Conséquemment, diminuer laconsommation des boissons alcooliques est un bien, et un des bons moyens pour arriver à ce résultat est incontestablement, surtout dans la classe ouvrière, l'élévation de l'impôt sur l'alcool.
Nous signalerons tout particulièrement une de ces boissons malsaines : Tabsinthe. Qui ne sait les ravages qu'elle fait dans tous les rangs de la société '.Me compte sur ma paroisse la célèbre maison de Gharenton. Que de fois ai-je été à même de savoir que, sous l'influence de cette teinture alcoolique, tels et tels officiers avaient perdu leur intelligence et leur situation, prenant ainsi place et trouvant la mort parmi les aliénés ! Les statistiques civiles feraient des révélations analogues. Aussi, de nos jours, on ne cesse de construire des maisons de santé et elles suffisent à peine aux besoins communs. Il serait fort désirable qu'on
(1) M. Kouillet, Diction, iniirerfi. r/c.v srieiic. , des lettr. cl des ails, art. Alcool.
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l)ùt interdire chez les débitants la vente de l'absinthe. A défaut d'une interdiction, impossible, dit-on, qu'au moins l'on en restreigne la consommation par la mesure indiquée.
L'on dit que, en France, il y a un débitant de boissons par quarante habitants. Mettons-en soixante. (Vest déjà trop. Diminuer les débitants serait également bon ; et, pour cela, l'élévation du droit de licence ne serait pas mauvais. Voilà aussi un point, ]r le dis ;i son honneur, qui a attiré un instant l'at- I (Mil ion (le notre Ghaml)re des députés, mais que malheureusement elle a abandonné. Elle s'est laissée influencer par des considérations à peu près semblables à celles qu'à formulées un des députés, M. Cliché: « Ce droit de licence, disait-il, est déjà « profondément injuste. Il est en quelque sorte une (( seconde patente plus lourde que la première. « Cet impôt inique n'a plus de raison d'être de- «puis que nous possédons la liberté commerciale ; « et, loin de l'atténuer, la commission du budget ne « craint pas de proposer de l'augmenter en deman- (( dant d'ajouter au droit fixe, qui existe déjà, un (( droit proportionnel. Mais, si la Chambre votait une « proposition semblable, ce serait la ruine d'une fonce le de débitants. Il ftiut songer que ceux qui vendent «accidentellement des boissons les jours de fête se- « raient tenus de payer un droit de vingt quatre francs, '( et les marchands en gros un droit de deux cent qua- « rante francs» (1). M. Cliché se plaçait au point de
(1) La Libye Parole, Il décembre lîi92.
ni2 LA (H KSTIU.N ol \ UIKHK. — LIS. 111
vue désintérêts particuliers. Nous, nous nous plaçons au pointdevue de l'intérêt général. D'ailleurs, s'ils étaient en moinsgrand nombre, les débitants, gagnant plus, seraient mieux eu mesure de faire face aiLK nouvelles charges (1).
DROIT A L'OISIVETK
En fait, pareil droit existe. Peut-on dire qu'il soit légitime?
Après ce que nous avons dit de la propriété et des modes de l'acquérir, de la rente foncière et de l'intérêt de l'argent, nous pensons qu'il est impossible de
(1) Voici la consommation de l'alcool en Fiance d'api es un rapport lu au Sénat en 1887: « De 070, 591) hectolitres, à iOO degrés, en 1874, elle « est montée, en 1885, à 1,444,321 hectolitres, et à 1, 4(58, (K)0 hecto- « litre en 1888^ sans compter l'alcool consommé en fraude des droit>i. Et il paraitrait que cette dernière consommation s'élèverait à l,07!2,()(Kt hectolitres. « La consommation totale de la France représente une dé- « pense de 1, CM), 000, 000 de francs au minimum qui est supportée (( presipie exclusivement par la classe ouvrière ».
Si la consommation est d'environ quatre litres par habitant, il est néanmoins une diiïérence à noter. « La consonunation r(!stc très « inférieure à quatre litres dans le Midi et le; Centre, tandis qu'elle est (( de huit à neuf litres dans l'Eure, l'Oise, l'Aisne, le Calvados, de neuf (■ à di.t dans la Somme et de treize dans la Seine-Inférieure ».
Ce qui accroit le dauffer, c'est que, « à l'exception de quehpies i< millions d'hectolitres d'eaux de vie de vin, tous les alcools employés » par l'industrie sont toxiques; car elle néglige les procédés coûteux i< nécessaires pour les rectifier ».
( .M. Cl. Jannet, Le socialism. d'État.. . Paris, 1892, p. 553-554).
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répondre négativement d'une façon absolue. En effet, si les possessions immobilières et mobilières exploitées par d'autres, fécondées par d'autres, produisent, en cet état, assez de revenu pour se suffire à soi-même, on ne voit pas comment alors le repos ne serait pas licite. Qu'il s'agisse de possessions acquises par soi ou laissées par des parents, peu importe, puisque l'héritage, nous l'avons établi, est légitime ainsi que l'acquisition personnelle.
Pourtant, le travail est imposé à l'homme comme devoir et, disent très bien les théologiens, comme peine. Comme devoir: la nature de l'homme est essentiellement active. Comme peine d'une faute primitive : Tu mangeras ton pain à la sneui' de ton front (1). Du reste, la justice ne saurait permettre, selon la pensée de M. Ott, ce à un certain nombre de l'orsonnes de vivre sans travailler, c'est-à-dire de vivre du travail d'autres personnes qui, du même coup, sont privées d'une partie du fruit de leur travail ))(2).
Quel est donc le point de conciliation ?
(I) Genès. , m, l'J.
{t) Trait, d'écon. social. , Paris, 1892, tom. i.
M. A. Ott, dont le nom s'est souvent rencontré sous notre plume, est lié à Strasbourg en 181-4. Le Traité d'économie sociale ou l'économie politique coordonnée au point de rue du progrés eut une première édition en 1851. Nous nous sommes naturellement servi delà seconde qui vit le jour l'année dernière. Le judicieux économiste est encore auteur <le ces deux ouvrage: Des conséquences de Véyoïsme en politique et en industrie, 1840; Dictionnaire des sciences politiques et sociales, ISôô. Il parait être ou, du moins, avoir été disciple de M. Bûchez qui I ^a place marquée dans l'histoire du socialisme chrétien.
Mi LA OUKSTIOX ULVIUKKi:. — I.IV. (H
Assui'ément, profiter de ces revenus pour se livrer l'xclusivenicnt aux plaisirs, voire à la débauche est une chose indigne. Si Thistoire est sévère pour les i;rands seigneurs d'autrefois qui se croyaient en droit <le se donner, même aux dépens de la morale, toutes les satisfactions du corps, elle aura de plus grandes sévérités encore pour nos richissimes bourgeois qui, laissant loin d'eux ces grands seigneurs, trouvent des centaines de mille fivmcs pour l'entretien d'une maîtresse (1) !
Nous voudrions que les législations humaines eussent également des sévérités pour ces ignobles sybarites. Notre qualificatif n'est pas trop fort. N'est-ce pas vraiment ignoble de gaspiller dans le libertinage de pareilles sommes, quand tant de misères étreignent,
^1) Les jouiiianx ont roproduil le relevé des dépenses faite par le fanu'iix Alton, toujours cherché et jamais tronvé, pour sa maîtresse on une de ses maîtresses, appelée Léoiitine, voici le petit compte:
IJijonx Fr. . '.»0. (KHI
Meubles :}(). (X)U
Chevaux 18. 000
Voitures 0. 000
IJouclcs li. OtM)
Bioches ;21. OtM»
La Chartrouillc (couturière) 1:2. 000
Pigoury (d") 1. 000
Layette (Mille et Une Nuits) 10.000
Kaptômc -20. 000
Livret à l'enfant lU. tllM)
l>anama 50. 0(K)
.Vnieublement de. . . (ici un terme qu'on ne peut imprimer 11. 000
Total l'r. 302. 000
en. [(. — KC.LALUCÎSSK.MKNTS 315
(juand tant de pauvres ouvriers peuvent à peine, par leur travail, se procurer le nécessaire? Il y a là une oisiveté que la raison réprouve et que les lois devraient réprimer. Mais comment? Nous sommes forcé de laisser subsister ce point d'interrogation. Cependant, lorsqu'on songe à l'interdiction pour prodi- !4alité, on se demande pourquoi l'on n'appliquerait pas, dans le cas présent, la loi pénale? Au moins, un conseil judiciaire serait de la plus grande utilité.
A côté de cette lamentable et déshonorante oisiveté, il s'en présente une que nous n'hésitons pas à proclamer légitime: c'est le repos fortuné qu'on consacre aux affaires publiques ou aux œuvres de charité. Nous usons du langage ordinaire; car nous avons vraiment là une oisiveté active, s'adonnant généreusement au bien des autres. Voilà la noble et la seule oisiveté qui se présente sous le caractère d'un droit inattaquable.