C'est à vous, lecteur, de décider, si ces desti
(l)AUard, L'esclavage^ p. 31.
DESTRUCTIONS ÉCONOMIQDES ET SOCrALES 213
nées de la classe moyenne de la Rome des Césars, qu' s'empirèrent au point que vous savez, malgré le célibat malgré l'avortement — ressemblance nouvelle avec l'en actuelle — doivent être revécues par les classe: moyennes de nos civilisations occidentales!
26. — Nous voulons être moins alarmistes, et chercher dus maintenant, s'il n'y a pas une légère teinte à l'hori zon, présageant une évolution meilleure, — si, dans cei grands magasins et ces grands ateliers, considérés jusqu'ici comme destructeurs de la classe moyenne, ne st cache pas un agent de reconstitution, qui fera revivn celle-ci sous une forme nouvelle. C'est avec cette pen sée qu'il faut nous engager dans la plus célèbre de cei organisations économiques et sociales, le « Bon Mar chê. >
NOUVELLES ORGANISATIONS ÉCONOMIQUES. — GRANDS MAGASINS ; GRANDS ATELIERS.
Sommaire. — Grands magasins et grançls ateliers doivent être analysés de front, car le grand magasin seul en face de la petite industrie est évidemment destructeur. — I. Description du « Bon Marché » (vente au comptant), tableau d'ensemble, organisation occulte ; le rayon de jouets, a) la vente, b) Tachât ; les bénéfices. — II. La Société des « Lunetiers >. Histoire détaillée d'une organisation industrielle moderne. — Grands magasins et grands ateliers constituent des organisations d'une structure plus complète au point de vue économique.
1 . — Nul sujet n'a plus besoin de préambule que cette irritante question des Grands Magasins^ qui décidément prend place au premier rang des sujets de lutte et de contradiction, où se complaît notre époque. Pour eux, des plaidoyers éloquents, habiles, sont publiés, comme celui que M. Georges Michel, le secrétaire de V Economiste français^ a fait paraître dans la Revue des Deux-Mondes, le 1®"^ janvier 1892. (1) Contre eux aussi se prodiguent par cetemps-ciles réquisitoires virulents, impitoyables, comme au siège de la Ligue de la défense des intérêts de Vindustrie et du commerce (99, rue Montmartre), la Ligue de 80.000 membres fédérés sur toute la surface de la France contre les Grands Magasins.
Il faut donc, avant même d^effleurer la question, prendre nettement position et ne pas laisser d'équivoque sur le sentiment auquelon obéit. La précision nous est d'autant plus nécessaire, que notre enquête sur les Grands
(1) Une évolution économique. Le commerce en grands magasins, par H. Georges Michel.
Magasins semble avoir pour précurseurs des opinions erronées du public. Au moment où ces lignes ont été écrites, un économiste fort distingué, qui lui aussi écrit dans la Revue des Deux-Mondes ^ nous exprimait par une lettre très aimable la plus grande terreur de nous voir attaquer à la Faculté de Droit ces < grands magasins, qui sont une conséquence de notre civilisation et surtout du développement des transports >. Il estvrai que quelques jours auparavant, nous avions reçu de M. Christophe, le très sympathique et très intelligent président de la Ligue, un mot de reproche au sujet d'une critique anonyme de son association, que bien à tort il nous attribuait. Cette impression complètement divergente de deux hommes éminents, chacun à leur point de vue particulier, nous dispense d'insister longuement sur la sincère, la complète impartialité, qui ici comme pour le « Sweating System » nous fera constater les faits sans faiblesse, sans souci — quel souci pourrait nous entraîner nous qui, la méthode mise à part, avons la prétention de ne nous rattacher à aucune école ? — de heurter les systèmes et de renverser les utopies.
2. — Mais au surplus, ce point pourrait aisément se passer d'explication. Ce qu'il nous faut étayer avec force, c'est autre chose: la marnera du tableau que nous allons tracer. Cette vue d'ensemble des Grands Magasins sera divisée en deux parties un peu inégales : le Grand Magasin, le Grand atelier, le « Bon Marché » — car le colossal entrepôt, bâti sur le sol des Petits Méiiages et développé par le génie de Tancien employé du Petit- Saint- Thomas restera toujours le type le plus fortement et le plus socialement organisé de Tespèce — et la « Société des Lunetiers », du 6 de la rue Pastourelle, l'association coopérative de 1848, fondée par sept pauvres lunetiers du Marais, grandie au point de posséder des usines à Paris, dans l'Oise, la Meuse, le Jura, d'exercer la souveraine maîtrise sur l'industrie des lunettes ou instrunients d'optique, et de figurer à une place honorable dans l'industrie du jouet, croquets et tabletterie. Jamais les partisans, jamais les adversaires des Grands Magasins n'avaient ainsi posé de front les deux orga-
nîsmes : le second restait quelque peu dans l'ombre. M. Georges Michel l'avait fait entrevoir — il ne pouvait guère agir autrement dans l'établissement des prix d'achat', — mais pour lui l'intérêt, on le voit, se concentre sur la lutte des Grands Magasins et des petits, du grand et du petit commerce. Quant à la Ligue, malgré un titre qui la prépose à la défense du commerce et de l'industrie, elle a livré le haut bout aux commissionnaires et aux détaillants, il n'y a pas à le contester. Nous, au contraire, dès le volume de Tan passé, alors que nous n'avions sur les grands magasins de vente au comptant ou de vente à crédit « Bon Marché > ou « Grespin-Dufayel > — ces deux types synthétisent l'ensemble — qu'une idée très incomplète, nous avons enseigné, que le point capital de cette éclosion de puissantes maisons de vente au détail n'était pas leurs rapports avec le petit commerce, mais avec la grande et petite industrie. Aujourd'hui, après une nouvelle enquête de cinq mois^ et une suite de bonheurs ininterrompus, qui nous ont permis d'en saisir le fonctionnement caché au grand public — parmi lequel il convient de chercher certains économistes — nous venons redire: «N'étudiez jamais la transformation économique, objet du présent chapitre, la transformation sociale^ thème du chapitre suivant, sans placer face à face le nouveau mode de vente et le mode actuel de production. Ce que vous avez à résoudre, c'est le problème suivant. Oui ou non, le Grand Magasin vient-il anéantir simplement la classe moyenne, ou ne substitue-t-il pas aux ruines qu'il entasse autour de lui, et qui sont niées bien à tort par certains de ses partisans maladroits/ une classe moyenne nouvelle, différente de l'ancienne en ce sens que vous n'avez plus devant vous la juxtaposition de chefs de comptoirs et d'ateliers égaux, que présentent les Bazars d'Orient, mais la hiérarchie disciplinée et savante que nos grandes compagnies de commerce ont pour la première fois tentée au XV? siècle. Or comment arriver à la démonstration de l'un ou l'autre de ces théorèmes, sans envisager en bloc la production et la circulation dans leur ensemble. Que vous dit le Grand Magasin seul?
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Il peut reconstituer la classe moj^enne des marchands et plonger celle des industriels dans la plus complète des servitudes ? Ce n'estdonc pas en réduisant votre champ d'observation sur la moitiéde l'organisation économique, que vous découvrirez votre but définitif : Vexistence ou la non-existence (Tune proportion ? »