‹ La quéstion ouvrièreChapitre 7 sur 66 · ET ÉTRANGERS · texte numérisé non relu

ET ÉTRANGERS

Sommaire. — Point de vue général de Touvrage : y a-t-ilune reconstitution des classes moyennes? — Les deux industries rivales du jouet : France et Allemagne. — I. L'ancienne ville du jouet, c le Marais » ; la nouvelle ville du jouet, le Marais et sa banlieue. — IL Les centres producteurs allemands : le Tyrol ; Stuttgard et Sonnenberg; Nuremberg et Furth. — Traits généraux du centre, de faj^rication français.

1. — Avant d'engager le lecteur en ce pays nouveau pour les classes riches et lettrées : le monde ouvrier — disons mieux le monde des arts manuels envisagé dans ses multiples provinces et ses infinies subdivisions, — quelques lignes d'introduction — ou si Ton préfère d'orientation — ne seront peut-être pas inutiles. Les curieux, habitués de nos publications précédentes (1), y subiront sans doute une halte ; mais ceux qui en sont à leur première exploration, y gagneront un programme d'ensemble, qui dans tous les travaux similaires leur servira de guide et d'initiateur ; tous sauront y acquérir

(1) La question ouvrière : I. Charpentiers j compagnons et indépen^ dants. La question ouvrière : II. Ebénistes du faubourg « Antoine ». Arth. Rousseau, éditeur.

une notion plus ferme et plus exacte de l'objet spécial des recherches de Tannée présente, du lien qui les rattache à ce qui précède, des enseignements précurseurs qui en résultent pour ce qui suit.

2. — Le but que vise cette série d'ouvrages, résumé de renseignement d'une chaire libre de question ouvrière (1), est clairement posé dans son lointain même : c'est l'étude de la Question ouvrière agrandie jusqu'à devenir la question sociale ; non plus seulement l'analyse de ces rapports entre patrons et ouvriers, toujours placés au premier plan par des formules d'idées incomplètes, mais celle de tous les rapports économiques et sociaux qui surgissent, depuis l'extraction de la matière première jusqu'à la consommation du produit fabriqué. C'est cette étude poursuivie à travers tout un ensemble de corporations, prises comme exemples, dont le relevé, la carte économique, promènera le lecteur, depuis l'antique métier presque historique des charpentiers encore enserré dans les rites compagnonniques, jusqu'à la dernière étape, caractéristique de ce XIX® siècle, celle des banquiers, des marchands d'or, parmi toutes les variétés du grand et du petit commerce, de la grande, moyenne et petite industrie. C'est de plus dans chacun de ces pays distincts, une idée directrice, qui se détache et ressort en relief comme lien de groupement des faits. Si bien que cette suite de descriptions peut être définie : un recueil de voyages d'économiste, dont chacun converge autour d'un point central, capital, dominateur.

3. — Le point de vue du précédent volume et de ce volume-ci — car l'union entre eux reste intime — ne transparait pas avec une netteté moindre : c'est la question, prédominante à l'heure actuelle, des Grands magasins et du Sweating-System, de ce « système de la sueur », par lequel les grandes maisons de commerce, ou de commerce et d'industrie mélangées, pèsent sur le faible, l'homme isolé, la femme surtout, non plus en ces vastes agglomérations des usines, où l'attention et la surveillance publiques ont un continuel accès, mais

(l) A la Faculté de droit de Paris,

dans le silence des chambres retirées, des mansardes, le soir, la nuit, en tout temps, sans qu'aucune curiosité protectrice vienne soulever ce côté obscur d'un irritant problème. Or grands magasins et Sweating-System offrent deux faces et par suite nécessitent deux enquêtes distinctes. D'une part, ils apparaissent comme opérant mathématiquement leur œuvre de dissolution des classes moyennes, soumettant de plus en plus au grand marchand rindustriel rapetissé et affaibli, bâtissant des forteresses féodales entourées de serfs ( « il faut que les artisans deviennent des serfs » enseignent certains politiciens allemands) et cette fonction destructrice ne semble en nul autre point plus terrible, si l'on néglige l'industrie du vêtement, qu'en cette Ville du meuble, qui à Torient de Paris couvre le faubourg Saint-Antoine de ses cent mille travailleurs. D'autre part ils se présentent sous un jour différent, complaisamment contemplé par certains observateurs, uniquement aperçu même par nombre d'entre eux; à la place des classes moyennes qu'ils anéantissent, ils reconstruisent tout un ensemble d'individualités soumises, hauts employés^ auxiliaires et journaliers, tout un système de bonnes volontés annexes et concourant à l'œuvre commune, patrons bien vus, ouvriers privilégiés, parmi lesquels on croit distinguera première vue, grâce à des salaires élevés et à des garanties empruntées aux administrations publiques, une nouvelle classe moyenne çw^emôZg r^na/^r^ sur les ruines de l'ancienne. Et ce phénomène est frappant surtout dans cette industrie du jouet, si éminemment parisienne, d'autant plus instructive qu'elle rassemble en une seule toutes les industries : couture, céramique, ameublement, carrosserie, métallurgie, etc., etc., car ce peuple de figures chimériques créées pour l'amusement de l'enfance reproduit, en quelque sorte à l'état lilliputien, toute la complication de notre vie même.

4. — Une tendance, à laquelle jusqu'ici nous n'avons jamais désobéi, nous pousse — le lecteur le sait — à rechercher sans cesse le nouveau dans ces enquêtes sur

la vie ouvrière, non pas seulement le nouveau du détail, mais aussi le nouveau de l'ensemble, du point de vue. Jusqu'ici le préambule de ces monographies de métier — tel est, on ne Ta pas oublié, le nom de notre procédé méthodique — la préface bâtie avec les souvenirs historiques, les notes antérieurement publiées, les monographies ou statistiques, le résumé de tous les travaux antérieurs qui doit servir de point de départ à l'œuvre personnelle et originale, se bornait à l'inventaire des pièces relatives à l'industrie choisie comme champ d'études, à Paris, môme dans un quartier déterminé. Le panorama était assez restreint, et surtout, au moment de la discussion incessamment rebattue et jamais épuisée de la concurrenee étrangère, on se mettait à regretter de n'avoir pu étendre ses regards jusqu'aux lointains, d'où les centres producteurs ennemis préparent et soutiennent la lutte contre le centre producteur national. L'an dernier seulement, le < tour d'Europe » (1) de Tébéniste belge avait permis d'entrevoir, en face de la ville du meuble parisienne, les villes du meuble étrangères, d'où partaient incessamment des attaques et des actes de guerre — nous entendons de guerre économique — ; mais le trop grand nombre des agglomérations de fabriques d'ébénisterie, aussi bien que le défaut de documents, interdisaient tout essai de description d'ensemble. Or ici deux pays seuls luttent pour la production du jouet, deux pays que les hasards de la politique ont condamnés à se trouver éternellement face à face : la France, l'Allemagne ; et certains voyages, certaines études particulières, certains rapports de consuls, nous permettent de découvrir la situation avec une netteté, que les circonstances ne nous avaient pas jusqu'ici permis d'égaler.

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