DANS LE ROYAUME DE PRUSSE
1° Le Grand-Duché de Posen, qui est une partie de
1. Statistique des provinces polonaises annexées à la Prusse :
Population kilom. carrés totale polonaise
Posnanie 28,963 1.985.000 1.21fi.206
Prusse occidentale . 25.523 1.664.331 567.318
Prusse orientale . . 36.982 2.032.272 294.355
Haule-Silésie . . . 13.216 2.039.316 1.216.20G
rancienne Pologne, fut annexé par la Prusse lors des partages, appartint ensuite au duché de Varsovie; il fut réuni une seconde fois à la Prusse sous cette dénomination par le Congrès de Vienne, comme pays distinct, et ensuite incorporé à la Prusse comme partie intégrale sous le nom de province de Posen. Cette terre polonaise, la plus ancienne de toutes, où est né l'État des Piasts, est située plus à l'ouest que toutes les autres. Elle est donc géographiquement fort incommode pour la Prusse, et c'est pourquoi elle constitue le principal théâtre des exploits de la germanisation. La situation des Polonais en présence de la politique du Gouvernement y est d'autant plus difficile que cette politique trouve un point d'appui dans la population allemande locale ; une partie de cette population, en effet, s'est établie dans ce pays avant les partages, par une colonisation incessante qui a fait de notables progrès après la chute de la Pologne. D'après la statistique officielle, sur les 42 districts du Grand-Duché, il y en a 11, situés à l'ouest et dans la vallée de la Netze, qui font partie de la régence de Bromberg et où la population polonaise n'atteint pas 5o p. 100, alors que dans les 3i autres elle va de 00 à 91 p. 100. La question polonaise consiste donc, dans ce pays, à savoir si le gouveraement réussira par les moyens employés aujourd'hui à assurer à la population allemande la prépondérance numérique, et à rendre l'existence impossible aux classes polonaises instruites, en réduisant ainsi les Polonais au rôle de race sans culture supérieure.
1° La Prusse occidentale est formée en majeure partie de l'ancienne Prusse Royale [moins la Warmic etplusquelquesarrondissementsdela Prusse Ducale]. Elle appartenait avant i466à l'Ordre teutonique; elle passa à la Pologne, mais conserva toujours une notable proportion de population allemande; elle possède une culture surtout allemande, avec Dantzig pour capitale. Ce territoire fut enlevé presque tout entier à la Pologne dès le premier partage (1772). La population polonaise ne louche que sur une petite étendue à la mer Baltique (dans cette partie, elle parle le cachoube, dialecte de la langue polonaise, et figure pour cette raison dans la statistique officielle sous le nom de Cachoubes). Elle se concentre surtout près de la frontière du grand-duché de Posen et du Royaume de Pologne. Cette province sert de trait d'union entre des territoires depuis longtemps prussiens, à savoir la Prusse orientale, la Poméranie et le Brandebourg; sa germanisation est d'une grande importance pour l'État prussien. Aussi vient-elle au second rang dans les préoccupations de la politique germanisatrice.
3° La Prusse orientale. Outre la Warmie, détachée de la Prusse Royale, cette province comprend la principale partie de l'ancienne Prusse Ducale, territoire teutonique, devenu plus tard duché distinct de Prusse, vassal de la Pologne ; il échut par voie d'héritage aux électeurs de Brandebourg, et ceux-ci lui empruntèrent plus tard le nom qu'ils donnèrent au royaume de Prusse. Les Polonais de la Prusse orien-
taie se divisent en deux groupes à peu près égaux en nombre : l'un, catholique, habile la partie méridionale de l'ancienne Warmie polonaise; l'autre, qui longe la frontière du Royaume de Pologne, dans l'ancien pays teutonique, est luthérien et porte dans les recensements officiels le nom de Mazoures, pour la raison qu'il ne parle pas la langue littéraire polonaise, mais un dialecte provincial appelé le mazoure. 4° La Haute- Silésië (régence d'Oppeln de la province de Silésie). Sous les Piasts, la Silésie tout entière était une province polonaise. Au douzième siècle, elle fut en même temps que les autres territoires partagée en petites principautés. Lorsque la Pologne fut reconstituée en un seul État, elle ne lui fut pas réunie de nouveau; elle tomba sous l'influence tchèque. En i355, Casimir le Grand renonça aux droits qu'il avait sur elle au profit des rois de Bohême; au seizième siècle, elle passa avec toute la Bohême sous la domination des Habsbourg. Au milieu du dixhuitième siècle, elle fut enfin conquise par la Prusse. Depuis sa réunion à la Bohême, la Silésie avait subi de plus en plus l'influence de la culture allemande; avec le temps, les villes et la noblesse s'étaient complètement germanisées, et dans les territoires marécageux de la Basse-Silésie, beaucoup moins peuplée, s'étaient établis des colons allemands. Cependant, la population paysanne de la Haute-Silésie resta polonaise, et, sous l'influence de la persécution religieuse, elle prit conscience de son polonisme lors duKulliirkampf.
En dehors de ces quatre provinces, les Polonais constituent un fort noyau de population dans la régence de Breslau, en Silésie, notamment dans les arrondissements de Sycow (Wartenberg) (44 P- loo), et de Namyslow (3o p. loo). Enfin, il y a encore des Polonais dans la province de Poméranie, principalement dans les distri(îts détachés de la Prusse royale : Bytow (i5 p. loo) et Lembork (6 p. loo.)
DANS l'empir]-: d'Autriche ^
1° La Galicie, partie intégrante de l'État polonais, réunie à l'Autriche lors du premier partage de la Pologne (1772) sous le nom de Royaume de Galicie et de Lodomérie, auquel on annexa, en 1846, le Grand- Duché de Cracovie. Depuis 1867, ce pays possède des institutions autonomes et est administré par des Polonais.
La partie occidentale de la province, la moins
1. Statistique des provinces polonaises annexées à l'Autriche.
kilom. carrés populaUon
Galicie 78.532 7.725.223
Silésie 5.153 727.153
Recensement de 1905. Le chiffre des habitants de Galicie qui se sont déclarés Polonais dépasse 4 millions, mais il comprend quelques centaines de milliers de Juifs, dont la langue maternelle n'est pas polonaise (une partie des Juifs déclarent comme langue maternelle l'allemand ouleruthène).
Dans la Silésie autrichienne, il y a environ 2.50.000 Polonais, concentrés dans la principauté de Teschen, limitrophe de la Galicie.
U l'A QUESTION POLONAISE
étendue, est purement polonaise; dans la partie orientale, la prépondérance numérique appartient à la population ruthène qui compte plus de 3 millions d'habitants. Mais ce sont les Polonais qui ont la majorité dans les villes; c'est à eux qu'appartient la grande propriété foncière; enfin, dans la plupart des districts, ils constituent un pourcentage plus ou moins grand même de la population des campagnes. Depuis une quarantaine d'années, il se forme une couche instruite de population ruthène, dont la lutte contre les Polonais constitue la principale question politique dans cette province.
2° La Silksie autrichienne est la minime partie de la Silésie laissée à l'Autriche après la conquête par la Prusse du reste de la province, au dix-huitième siècle. Elle se compose de deux parties entièrement distinctes qui ne sont pas même réunies territorialement: la principauté de Troppau et celle de Teschen. La première, qui longe la frontière prussienne et touche la Moravie, a une population tchèque et allemande avec un faible pourcentage de Polonais.
L'autre, la principauté de Teschen, limitrophe de la Galicie, est aux deux tiers polonaise, le troisième tiers se composant d'Allemands dispersés dans le pays et habitant surtout les villes et de Tchèques concentrés sur un territoire peu étendu dans la parlie occidentale du pays. Il y a dans la principauté de Teschen environ 25o.ooo Polonais.
LA QUESllON POLONAISE ACTUELLE 35