PRÉFACE VII
regarde uniquement les Russes et ne concerne en rien l'étranger, c'est méconnaître toute l'histoire du dernier siècle, c'est oublier que la politique et la diplomatie russes ont été presque constamment dominées par cette question polonaise; que c'est elle qui a fait et maintenu si longtemps l'alliance' de Pétersbourg et de Berlin, elle qui a permis à la Prusse de Bismarck d'élever le nouvel empire allemand, elle encore qui, aujourd'hui même, en dépit de l'alliance officielle de la Russie avec la France, donne à Berlin une prise sur la politique du tsar. La Pologne (est-il vraiment nécessaire de le rappeler?)aété,pendantplusd'un siècle, lelienoumieux la chaîne qui, malgré de réciproques antipathies nationales, a tenu la politique russe unie et comme rivée à la politique prussienne. La Russie ne recouvrera la pleine liberté de sa politique que le jour oîi elle saura briser cette chaîne en se conciliant ses sujets de la Vistule, en faisant de ses provinces polonaises, aujourd'hui pour elle une cause de faiblesse et de dépendance vis-à-vis de la Prusse, une force et un rempart en face de l'Allemagne et du pangermanisme qui se souviennent encore que, avant léna et Tilsitt, le Prussien régnait à Varsovie.
A ce titre, la question polonaise est essentiellement une question européenne dont aucun
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Européen, dont aucun Français surtout, ne peut se désintéresser, car d'elle dépend l'avenir de l'Europe, le maintien ou la ruine de ce qui reste de l'équilibre européen, la balance des pouvoirs et le sort des alliances.
Que de fois, depuis 1871, n'avons-nous pas répété que la question de PAlsace-Lorraine dominait la politique de l'Europe ! L'historien, j'en ai plus d'une fois fait la remarque, en pourrait dire autant de la question polonaise. N'est-ce point par elle, par ses complaisances intéressées envers la Russie durant l'im politique rébellion de i863, que Bismarck s'était assuré la partialité bienveillante du grand empire voisin, pendant ses trois guerres de Danemark, d'Autriche , de France ? Et ce qu'on ne se rappelle pas assez, c'est que, durant l'insurrection de Pologne, il a été conclu entre Berlin et Pétersbourg une convention sur les affaires polonaises qui est restée une des bases de la politique prussienne, convention qui a peut-être été renouvelée entre Nicolas 11 et Guillaume II, à Swinemunde ou ailleurs. On a plus d'une fois affirmé que durant la guerre de Mandchourie ou pendant la période révolutionnaire qui a suivi, l'empereur Guillaume II, en cela le fidèle élève de Bismarck, avait offert au tsar Nicolas II l'appui de ses uhlans et de ses gre-