‹ La question polonaise. Traduction du polonaisChapitre 7 sur 32 · PRÉFACE XIII · texte numérisé non relu

PRÉFACE XIII

quence était si criante qu'elle faisait le scandale des peuples. Pour rendre à la politique russe l'unité et l'harmonie, qui lui ont si longtemps manqué, comme pour lui ramener la confiance et le respect des peuples, il suffirait d'un peu de loyauté, d'un peu d'équité vis-à-vis de ses sujets polonais.

Autrefois, le gouvernement des tsars russes pouvait justifier ou excuser ses procédés de dénationalisation de la Pologne, en représentant à l'Europe les Polonais comme les ennemis opiniâtres de la Russie et les fauteurs de son démembrement. Aujourd'hui cela ne lui est plus permis. Le temps est passé où la Pologne, éblouie des mystiques visions de ses poètes, s'épuisait à poursuivre vainement le fantôme de miraculeuses restaurations. Les dures leçons de l'histoire n'ont pas été perdues pour elle. Instruits par leurs longues souffrances, les Polonais ont pris le sens des réalités. Ils sont devenus, à leur tour, des politiques, et parfois des politiques plus pratiques et plus raisonnables que leurs maîtres de Russie. La résurrection nationale que leurs grands-pères n'attendaient que de la rébellion contre les tsars russes, les Polonais du siècle nouveau nel'espèrent plus que d'une entente avec leurs frères slaves de Russie. Les fils des insurgés de i863 et des exilés de Sibérie ont fini par

XlV PRÉFACE

prêter l'oreille aux conseils que leurs meilleurs amis de France leur avaient longtemps donnés en vain.

Il est loin le temps où l'on nous reprochait, à Varsovie, d'avoir osé écrire qu'en refusant de se réconcilier avec la Russie, les Polonais commettaient un suicide national.

La politique allemande et les visées pangermanistes leur ont ouvert les yeux. Ils comprennent aujourd'hui que, pour sauver leur nationalité, il faut l'appuyer au grand empire slave. N'a-t-on pas vu, à la seconde Douma russe, les députés polonais, sous la conduite de M. Dmowski, être unanimes à voter les dépenses pour l'armée ? A-t-on pu oublier la déclaration de ces généreuses victimes d'une séculaire oppression, le jouroii, sous la coupole du Palais deTauride, ils ont annoncé qu'ils étaient prêts à tous les sacrifices pour maintenir ou rétablir la puissance militaire de la Russie, afin qu'elle fût assez forte pour assurer l'indépendance de sa politique ? Ce langage nouveau sur des lèvres polonaises avait été bruyamment applaudi.

De Prague et d'Agram à Belgrade et à Sophia, catholiques ou orthodoxes, toutes les nations slaves en avaient félicité la Russie comme de la plus glorieuse et la plus noble des victoires. Il semblait que, pour leur bien com-

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