PRÉFACE XV
mun, allait s'ouvrir, devant les Russes et devant les Polonais, l'ère nouvelle, l'ère de la conciliation si longtemps rêvée en vain par l'élite des penseurs des deux peuples. Hélas! peu de semaines plus tard, les mauvais jours étaient revenus.
La seconde Douma était dissoute, un oukase impérial enlevait au royaume de Pologne les deux tiers de ses représentants. Varsovie, avec ses 800.000 habitants, n'avait plus qu'un seul député, ou si elle en gardait un second, ce devait être l'élu des seuls Russes, de façon que sur la Vistule une voix russe orthodoxe pèse autant que cent voix polonaises, catholiques ou Israélites. Les écoles polonaises, un moment tolérées, étaient de nouveau fermées, la langue polonaise de nouveau proscrite de l'enseignement. Et comme si la Pologne n'avait pas été assez de fois partagée, démembrée, on préparait un projet pour enlever au « royaume » du Congrès toute une partie de son mince territoire.
Au loyalisme des Polonais et de leur représentants élus, le Gouvernement impérial, après une courte période d'accalmie, a ainsi répondu par la reprise des rigueurs et des vexations anciennes. Les Polonais, il est vrai, avaient osé prononcer le mot d'autonomie. Ce qu'ils réclamaient, ce n'était pourtant ni ce que leur avait solennellement promis, au nom de l'Europe, le Congrès