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CHAPITRE IX

Goethe

Jusqu'à ce que Timagination allemande rencontrât, son expression artistique, elle devait rester sans influence sur le mouvement de l'opinion. Frédéric dédaignait le savoir et la langue de son pays. A ces soupers de Potsdam, où l'ironie gauloise, la verve italienne de ses convives s'égayaient aux dépens des Dieux, le Julien de la Sprée fermait l'oreille aux lourdes disquisitions de la science indigène. Disciple d'Arouet, il méprisait les pédants précurseurs de Goethe. Déjà pourtant était né Kant, ce jacobin de l'Idée, dont Heine compare la logique meurtrière au couteau des terroristes français.

Frédéric II a dit néanmoins le mot prophétique ; 4( Il faut détrôner Sa Majesté le Hasard. »

Œuvre de synthèse, dont le roi -philosophe ne vit pas que TAUemagne posait les bases à sa manière. Frédéric est Franifais par Tesprit, par la sagacité vive et mobile, comme Diderot est Allemand par la profondeur un peu confuse de son génie. L'auteur de la Religirnse n'assistait pas sans larmes au spectacle imposant de la Fête-Dieu. Il devinait, à travers ses haines, la poésie du Moyen- Age. Diderot se plaçait par avance au point de vue d'où la science plane sur toute manifestation religieuse de THumanité. Dominant la complexe unité de l'histoire, l'âme, sur ces hauteurs, s'abandonne à l'extase d'une contemplation supérieure.

Cette divination perce dans Tœuvre si mouvementée de Diderot, dans ses paradoxes gros de vérités n'attendant pour éclore bientôt, pour se vulgariser, qu'une méthode nouvelle en philosophie, et dans l'art, une esthétique plus large. L'auteur du Père de Famille^ du Supplément à Bougainville devina l'une et l'autre. Ses aperçus le portèrent au-dessus, et du point de vue classique en littérature, et du système encyclopédique formulé par d'Alembert et par lui-même. Le progrès des sciences entamait déjà ce système tout artificiel, fondé sur la division de nos facultés, non sur l'échelle ascendante des sciences. Entre les Mathématiques et la Physiologie

sociale en germe dans les travaux de Condorcet, la Physique, la Chimie, la Biologie, soumises à l'esprit positif, se constituent, s'enchaînent, pour rattacher un jour au sommet la base du savoir humain. Déjà l'histoire emprunte à la biologie sa méthode analogique. L'étude de sosiétés embryonnaires récemment découvertes, éclaircit l'origine de nos civilisations. Diderot entrevoit nos plus lointains ancêtres dans les misinges du monde austral.

De tout système de sciences naît une Philosophie, mère à son tour d'une Poésie et d'un Art. Enchaînement fatal démontré par la logique abstraite, vérifié par l'observation historique. Qu'est la science, en effet? — Une explication plus ou moins rigoureuse d un ordre défini de phénomènes. — Et la Philosophie? — Une hypothèse générale reliant ces explications; notion nécessaire, qui participe du caractère des notions antérieures qu'elle achève et couronne pour nous, car il nous est impossible de rien concevoir audessus. Causç suprême dans l'état mental où le monde étant considéré comme un ouvrage, la pensée s'arrête au Créateur; Nature ou Loi suprême dans une phase supérieure, quan^ l'esprit concevant la série illimitée des rapports, affirme à la fois par une abstraction dernière, et ses propres bornes et l'indéfinité des phéno-

mènes. Alors la Poésie symbolise Tldée, issue de lobservation positive. Enthousiaste et sceptique, elle satisfait aux deux tendances de l'âge qui s'ouvre : la foi raisonnée ou démontrable, et, par-delà, un doute qui n'exclut pas les rêveuses aspirations...

Puissances inconnues, qui, par-delà l'observation, continuez la série sans terme des existences, soit que des bas-fonds, où la vie, en consciences obscures, s'ébauche peu à peu, vous montiez jusqu'à nous les degrés laborieux de rÊtre ; soit qu'épanouies en nous, après ces initiations successives, vous vous élanciez sans trêve dans la spirale d'un infini développement, du plus loin, au plus liant, que la pensée vous saisisse^ à quelque altitude que notre ascension s'arrête parmi vous, l'idéal nous porte au-delà sur son aile. Nous communions avec vous : soumis ensemble aux lois immodifiables de l'Univers, nous implorons votre aide comme nous vous prêtons le nôtre contre des nécessités moins absolues dont peut triompher notre commun effort !

Je rêve un autre Fatisty éclos du Doute et de la Fantaisie, aux caresses d'une muse allemande, sarcastique et tendre comme Heine, idéale et

symbolique comme Novalls. Plus grand qile le héros de Goethe, mon type, dans son voyage éternel, dépassé Fhmnanité passionnée et penssâitè, il est tout à tour la fiêfè et moing que la Bête, TArigé et plue que l'Ange dont Pascal voyait en iious lè ^afesager conflit.

Au prologue, il n'y a qu'un singey Zâpék ; un homme, le musicien Franz ; — Pour théâtre, Taire du génie avant la gloire^ la mansarde voulue, pleine d'idéal et de* fûméè de tabac.

« Franz teiiiet sort vibtoif stif ûri0 tôM»^ i côté de sa chope à moitié pleine. Il porte à ses lèvres la brune et mousseuse liqueur, puis, sans les ihouiller, pose fe vëfi'e, i^eéèaisit l*irisifutiient. D'une mairi fiévreuse, inspirée, il fait chanter Tàitie du Str'adivâriiis.

4( Il entame la Symphonie pathétique ^ onë de ces oeuvres-maîtresses oi Beethoven fait vibré» à son tour chaque corde du sentiment.

H Complexe d'abord, ôonfus comme un murtoure d'impersonnelle douleur, le prélude semblé conter la souffrance coinmuné, înommée, — • l'arbre qui cric, déchiré des vents, l'oiseau plen-

rant son nid emporté par l'orage ; toutes clameurs de Nature en travail ; — puis le thème se dépouille, s'accentue, grandit dans un crescendo tragique. C'est Roméo pleurant Juliette, Rachel, qui ne veut pas de consolation... C'est vous, c'est moi, qu'importe! C'est l'Humanité qui s'affirme par la douleur»

« L'artiste s'inspire... Les cordes vibrent, mordant l'air de leur cri plaintif... Et l'archet, en mélodiques échos, répercute les effluves nerveuses qui jaillissent des doigts de Franz.

« Le bois mort criait la douleur, ou plutôt sur l'aile des ondes sonores, le fluide humain pénétrait, vivifiait l'inerte matière... L'invisible source de vie, prolongeant ses canaux, semblait couler par les nerfs de l'instrument sous ces tablettes résonnantes, animées comme jadis l'amante de marbre de Pygmalion.

« Matière inerte! Comment te nommer ainsi, substance universelle! Où commence, où finit la Vie! En quel de tes aspects? Et qui sait ce qu'il y a de vouloir dans la sujétion de la matière à l'esprit. — Où es-tu. Esprit, et toi, Matière, eii

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ce commerce des êtres dont nul n'est exclu, où l'humble peut-être prête au puissant?

« Or, pendant qu'ils chantent tous deux, Franz et son violon, — Zapek pleure, Zapek, le sapajou, dont raffollent les belles dames, qui mange le sucre de leur main, et les friandises, — adoré deLisbelh, sa blonde maîtresse, malgré les griffades dont parfois il paie ses caresses... Griffade bien placée ne blessa jamais Tamour.

« Qui dira le mystère du singé, cet aspirant à l'homme? — Zapek peut-être,.. Bercé par la mélodie, grimaçant l'extase, il a Fair d'un dilettante. Perché sur le dossier d'un siège, il tressaille, il se démène, puis, tout à coup, se penche en avant, tend les bras, et deux larmes, deux vraies larmes perlent de ses yeux de singe sur le rose duvet de ses joues.

« Zapek a pleuré! Il est effroyable. Sa mélomanie s'exalte aux plus risibles contorsions... Attaquée d'une main magistrale, la corde pleure aussi, stridente, galvanique, et, à chaque coup de l'archet, qui n'eût senti vibrer toute fibre de son cœur, — emmaladi jusqu'à crier, aimant

son mal à en mourir, d'une folle jôié, soeur des douleurs sublimes.

« Donc, Zapek pleure ainsi, et les bestialités de sa face s^éclairent d'un rayon d'humanité. Il darde au plafond un regard fixe et doux... Et^ peu à peu, — miracle de nature! — ^ son geste fébrile, caricature des laideurs humaines, sa mobilité de quadrumane se fondent en un repos plein de pensée, dans la calme attitude d'un être supérieur.

« Où es-tu, Zapék, où te porte ce sursum corda que jamais Franz n'a mieux rendu ? — <c Plus haut, plus haut encore! » — Jer crois qu'il se répète ce cri du poète Longfellow... Un monde de sensations confuses afflue, se démêle dans l'âme du singe transfiguré. 11 écoute en lui et croit ouïr des voix...

« Que disent-elles? — Espère et souvienstoi? — Zapek, dans ce seul moment, perçoit peut-être une éternité... Serait-ce sa moitié perdue, sa Juliette à lui, qui l'appelle à la rejoindre dans une vie supérieure?... »

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Le poète le dirait Eciairàflt ITiistoire par la physiologie, tes annales des Sociétés pai* ceHes de la planète, les civilisations par les élabora^ tiens du Cosmos, il chanterait Zapek en traiih dé cteVeniFDiëti.

Lei^ ifitlltiences' miagAétiqties, ce fïmde^oomikîun àégàgé par le» foirtesétoues, o« nos m^ Vibrent d'aefeord dans \fi sentimeiït d'uile individualité collective^ le$ efButiBSi d'u©e ha&rmonie puissante étertdent leg limite^ de notre personne, ôu plutôt h! notion de Bes rapports avec le tout. Il hit estialofc éd&eé d'éprouver à qp^l foyef inextm^ guiWe la vie s'aHlwifte ennoua^ Ces instants eont à eux i^uls rimfiftoJptaHté concentrée. La raiMHti sobre peut réduire à cette meswe pour teft besoins d& l'imagination h vision ài^âique des vieux doctfeufôw Au coup d'archet d'Euterpe, la ^nde muse dûf siècle, l'âme s'éktnce dans lejs régions vaguas où plane Faost enfin réconcilié avecFIdiéal..* Beethoven seul eût rendu ce qui dépasse ici toiite formule concrète, complété par la symphonie, Finexprimable conclusion de l'épopée. Tout ce qui reste d'aspirations ultramon*dainesne peut plusse traduii^que par l'algèbre du son. « Entourez-moi de fleurs et de musique^ » criait Mirabeau* mourant. La^ Musique est le

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Verbe universel, Técho de Téternelle harmonie dont chaque vie n'est qu'une note fugitive. Elle est l'art religieux entre tous, la voix de Pan dans les âmes.

Ainsi, sous la Raison suzeraine, l'Imagination reprend son empire : le domaine éternel du rêve et du sentiment. Faut-il l'en chasser ? Faut-il en croire tels adorateurs de la Raison, trop jaloux peut-être, car leur passion ne veut plus à leur idole une rivale, même soumise et à sa place. Ils envoient au désert la folle de la maison. — Aussi bien, dit-on, stérile à l'avenir, cet Agar fit trop longtemps des siennes... Et quel temps prend-elle pour produire une chimère de plus, avorton métaphysique, après les mythes splendides dont elle peupla l'infini aux jours de sa fécondité? — L'heure même où la science dissipant les fantômes restitue au Néant ses droits.

Devant le progrès de la physiologie, que devient l'hypothèse de l'immortalité personnelle? La conscience lumineuse du monde et de soi ne semble-t-elle pas l'attribut des combinaisons supérieures^ mais passagères, fojmées par le concours d'impérissables atomes? Dans l'éternel laboratoire des Bières, l'œil divinateur de Faust pénètre de mystérieuses ébuUitions, Thymen incessant des germes. Du sein de la substance, s'élancent en spirales sans fin tous les modes vi-

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taux. Mais Euphorion^ l'esprit sublime, miracle de la nature en travail, sillonne comme un éclair le cahos, symbole de ce qu'il y a d'éphémère dans les hautes quintessences de la vie.

Le poème de Goethe est vaste comme un hymne à la Nature, fatale et progressive à la fois. Réconciliant toute tradition dans une synthèse suprême, — nef gothique et temple grec, — double sanctuaire ouvert aux Déités du passé, aux saints espoirs de l'avenir, — le Faust symbolise bien la pensée de notre âge. Le génie plastique des anciens n'a pas surpassé la puissance créatrice, l'idéale pureté de forme qui brillent dans l'exécution de cette œuvre. Aux vues d'ensemble, aux profondeurs du génie allemand, Goethe joint le sentiment de la vie, la mesure de l'art grec. Rien d'indécis dans ses contours. Si l'idée générale flotte, c'est que tout, par nature, est flottant et sans limite dans la conception que le moderne Lucrèce se forme de l'univers. Sous la baguette 4^ Tinfernal cicérone^ démons et furies, gnomes et pygmées, scolastiques et sages de la Grèce, le pape et l'empereur, le peuple grotesque ou extatique des légendes et le monde hiératique des théogonies apparaissent tour à tour à Tœil sceptique et passionné de Faust.

Jusqu'à ce qu'il atteigne au foyer d'amour d'où s'échappent à flots nos périssables existences.

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lui, qui méconnut Marguerite, cherche en vain de sphère en sphère le mot à jamais scellé des destinées. Ce mot, il ne le trouve pas, mais, ce qui vaut mieux, il s'élève à k: vohipté suprême de se confondre dans ToniverseL

Là gît la moralité du poème. Vivre pour vhnre, eomnfie vit la Nature, mais d'une vie toujours plus large, plus parfaite que d'autres cmitinuci^ ront pour nous, -^ voilà le but. Le prix eét «a nous, dans nôtre safâsfection. Mais rien ne nous révèle df^autre éternité que la joîe itiomentsnbéé de comprendre, de sentir FimpérissaMè Tout, de s'identifier à l'Univers, d'en évoquer parle souvenir, d'en anticiper par l'imagination les moralitfe antérieures ou futures. Consolation misérable pour un Candide, mais' doiit se cèhJ tente Tâme philosophique d'unPangloss ou d'un Martin.

Dans son Méphistophélès, diable bonrhomme au fond, l'auteur de Faust figure peut-être le côté glorieusement satanique de Voltaire. H prête volontiers à ses héros-symboles des traits empruntés aux grands acteurs du drame contemporain. Euphorion, le flamboyant génie, qui s'élève et tombe comme un météore, ne ràp* pelle-t-il pas Byron, le moderne Tyrtée ?

On est frappé de la prédilection dont Satan se voit l'objet dans notre littérature. Goethe a mis

â la Tïîode^rarchange maudit à qui Milton rendit sa beauté foudroyée. Bien que restitué à sa laideur antérieure, le démon aventureux de , Goethe intéresse plus que celui de l'épique anglais. N*est-îl pas le grand martyr du Moyen- Age? Dieu des sorcier^, des alchimistes, des âi^ cêtres de la science, révoltés de l'esprit pros* crits paria superstition, Satan n'est plus pour nou^qu*ùn réformateur, aigri parfois par sa dis^ grâce. Le Très-Haut s'iiumanise à son égard : il daigne Tadmettre à ses conseils et causer fami* lièrement avec lui, comme les rdsaveé Voltaire. « J'ai plaisir à voir le vieux père, et Je irie^ gàrife de rompre avec lui. Unsî grand Seigneur parler si humainement avec le diable, c'est très-beau, n^ En Goethe, le poète était doublé d'un savant* Il corintft cette nalui^ dont il chante la communion avec l'homme. L'édifice encyclopédique atteignait son couronnement, la physiologie éclairait la science sociale-, quand l'Homère dû Panthéisme lança son surge^ âur l'ossuaire des générations. A sa voix, sortirent du linceuM' Antiquité dans sa majesté sereine, le Moyen-Age avec sa pittoresque effervescence. Ils prirent dans Timagination la place des spectres décolorés que l'art donnait pour eux. On revit là cour de Ménélas et celle deBarberousse, on ^ivit sur le coursier ailé Méphisto et son pâle côm-

pagnon, questionnant avec eux la lèvre énigmatique du sphyiix, les Cabires mystérieux, le peuple des Olympes déchus et les Dieux maudits du Harz, et dans les réhabilitées, Hélène et Marguerite, tous les cœurs adorèrent la femme sous son double aspect de Déesse et de Sainte. L'amour vainqueur des anciens, Tamour pénitent des modernes s'incarnaient en deux types d'une idéale perfection. Gretchen, autre^Béatrice, domine pourtant l'épopée ; elle en donne la conclusion. Tranformée dans TEternel Féminin, Marguerite représente le triomphe suprême de l'amour.

Mais c'est avant cette tranfiguration, que l'héroïne nous touche. Quand il peint la victime, ses joies naïves et ses épouvantes chrétiennes, Goethe atteint le faîte de son génie, il inaugure une httérature nouvelle.

Cette histoire de la séduction si naïvement poignante, il en fait, si je puis dire, l'épopée du prolétariat féminin. L'antique poésie, celle du moyen-âge, ne descendaient pas à idéaliser les contrastes d'infirmité et de grandeur que l'analyse moderne s'attache à saisir dans la vie des individus et des classes. Tout un monde s'est ouvert depuis le dix-huitième siècle à l'œil du penseur et de l'artiste. Parmi les tableaux qu'il présente et que rend dans leur diversité ce

poème encyclopédique, quelle variété, quelles antithèses! Double idéal grotesque et sublime! Dialogue où la clameur sauvage alterne avec la mélodie. Ainsi, dans la nature, dont le poète reproduit l'exubérant contraste, les coassements du Marécage répondent aux chants de la Forêt. Tendresse, sympathie profonde, chastes élans ! Souveraine indifférence, passion hautaine et dévorante! Quelles oppositions! L'orgie impériale après le sabbat du Walpurgis ! Mais, triomphales ou sinistres, ces splendeurs n'éclipsent pas la petite lampe de la veillée, la lueur qui tremblote près du rouet de Gretchen.

Le symboUsme germanique dépouillait ses brouillards. Concentrant dans ses types les caractères communs sous lesquels se groupent les individus, d'ailleurs si diVters, Goethe, toujours iVivant dans ses peintures, échappe au juste reproche adressé aux Allemands. Il n'est pas de ces poètes algébristes se jouant en d'arbitraires abstractions. Ses formules vivent ; elles sont des hommes de chair et d'os, comme Valentin la vaillante épée ; de labeurs étroits et de billevesées comme Wagner. Le père d'Homunculus est le savant sans idéal, l'utile manœuvre de l'atelier intellectuel ; type rêvé par notre époque, rare en philosophes, féconde en spécialités^ et en vue duquel Voltaire semble avoir tracé ce

portrait : « Tel qui sera d'ailleurs un bon cultivateur, un savant chimiste, un astronome exact, croira cependant que Mahomet a mis la moitié de la lune dans sa manthe. » Goethe prévoyaitil tous les Wagner que dresse l'éducation pr6fessionnelle, ce dada des habiles et des Béotienâ d'aujourd'hui? Wagner, inventeur, potirra ftire fortune, ne fut-ce qu'à exhiber sort phéHdrtièttC; il ne èera ni fera jamais un pehséur, un ditdyéri, un homme.

On s'oublie parrhi ces merveilles. La valeur esthétique du Pauèt est ici toutrfôfe d'UM importance secondaire. Ce qui intéressé^ 6*681 ndéé dont il fut Texpression, lé temps ôtf il parut, surtout Finflûeûce exercée par uim(»Uvfe signalant" la maturité déjà avancée des conceptions germaniques.

Elaborées d'après une méthode particulière^ celles-ci s'accordaient avec les résultats de la pensée française : nous l'avons montré. Il reste à voir ce que produira dans la sphère religieuse la réunion de ces deui courants intellectuels. Mais il faut dégager auparavant les idées dont l'un et l'autre de ces courants sont l'expansion extérieure, montrer le confluent de toutes, et de chacune l'origine et l'aboutissant.

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